Olympia…

 

- Bonjour, vous tournez quoi, là?

- Un film sur Jacques Haïk.  Vous connaissez Jacques Haïk?

- (Grattage de tête)….Heu…C'est un comique, non?

- En quelque sorte, oui…

- Ah c'est super…Et il va bientôt passer là, à l'Olympia?

- Disons que…les gens qui font actuellement la queue à l'Olympia le connaîtront très bientôt.

- Ah c'est super…Et c'est quoi comme comique? Genre Dany Boon?

- Non…ca serait plutôt genre Charlie Chaplin.

- Ah c'est original, ça. Eh bien j'ai vraiment hâte de le voir en spectacle!

 

Voilà l'état des lieux.

Dialogue absolument véridique, alors que nous tournions devant l'Olympia, face à une foule de curieux faisant la queue pour entrer voir le spectacle du jour. Il ne s'agit évidemment pas de jeter la pierre à ce brave homme, qui situait Jacques Haïk entre Dany Boon et Elie Semoun, et qui, au moins, avait une vague idée de réponse. Je suis bien sûre que peu de gens en auraient fait autant.

Car il faut bien pointer la situation telle qu'elle est, sans se voiler la face et en regardant l'affreuse réalité. Personne, mais absolument personne, à part quelques obscurs initiés (groupuscule dont les lecteurs de ce blog mesurent la chance de faire partie, maintenant!) n'a jamais entendu parler de Jacques Haïk, bâtisseur de l'Olympia, du Rex, distributeur des films de Chaplin, producteur prolixe et fantaisiste, et infatigable montreur de rêves.

Bien sûr, en entreprenant l'aventure de la Bobine, nous savions que nous allions raconter l'histoire d'un illustre inconnu. C'était même l'un des enjeux du film, d'ailleurs. Mais tout de même, face aux vrais gens mis face à la question, très honnêtement ça fait sourire un peu jaune clair.

Sait-on que jusqu'en 1987, la façade de l'Olympia arborait, en lettres de feu, l'inscription "Théâtre Jacques Haïk"?

C'est sûr que, dit comme ça, ça fait son petit effet. D'autant que mes origines méditerranéennes me poussant naturellement à l'exagération, je ne suis pas certaine que les lettres étaient de feu. Elles étaient  cependant imposantes et parfaitement bien alignées.

Allez, je ne résiste plus et je fanfaronne, pour rattraper l'épisode comique.

Lorsque j'étais toute petite fille, je suis allée à l'Olympia assister à mon premier concert. C'était un concert de Michel Fugain et du Big Bazar, et nous étions assis, en famille, sur les fauteuils en velours rouge du premier rang. Au dos de ces fauteuils, une petite plaque en cuivre doré portait l'inscription "Haïk".

Des années après, ce concert et cette petite plaque sont très vivaces dans ma mémoire, et ils font sans doute partie de mes tous premiers souvenirs.

Pour moi la Bobine, c'est aussi une recherche d'enfance, et du lien originel qui me lie à Jacques Haïk.

 

 

 

 

 

Le tourbillon de la vie

Parce qu’il y a des jours où soudain, le temps s’accélère,

Parce que tout ce qui vient, et tout ce qui va, ne reviendra plus,

Parce que ce jour-là,  j’allais au tournage le coeur moins léger, mais toujours aussi pleine de foi,

Parce que ce matin rosé  avait un petit goût de larmes séchées,

Parce que  dans le cinéma, il y a aussi la vie.

Retour dans le quartier mythique de la dernière fois, pour faire quelques prises nouvelles et quelques raccords, mais la lumière du jour, elle aussi, avait le teint plombé.

Claudine, avec son enthousiasme habituel,  me criait des “supeeer ma belle, on la refait!” rassurants, et même des “supeeer, on la double!” enjoués. Petit aparté pour exposer ce que j’ai pu comprendre de la nuance entre les deux discours.  “On la refait” intervient quand ça n’était vraiment pas terrible, et “on la double” est plutôt l’espoir d’un monde meilleur…

A force d’alterner les “on la refait” et les “on la double”, le froid s’en est mêlé pour nous signifier la fin des hostilités.

Repli vers un café refuge, avec tout le matériel.

Nous réchauffons nos doigts bleus en philosophant avec résignation sur les aléas inévitables d’un tournage. Certaines fois, les images sont magiques, et d’autres fois elles sont tout simplement trop ordinaires pour être retenues. Tout est question de lumière, de température, d’humeurs, et même de syncronicités plus ou moins miraculeuses.

Claudine et Elisabeth rangent soigneusement le matériel, et nous passons en mode détente.

Mais soudain, une illumination jaillit des méandres de mon cerveau, et je me souviens que je dois appeler une personne censée me donner des renseignements inédits, et jusque ici ignorés de l’Histoire, en rapport avec un ou plusieurs Jacques Haïk.

Encore un aparté ici, pour rappeler à tous ceux et celles qui auraient des velléités d’interrogatoire à mon endroit, qu’il est inutile de tenter de me soudoyer, car  je ne parlerai que sous la contrainte d’une caméra.

Alors, telle un Zébulon sorti de sa boite,

zébulon

Claudine bondit de sa chaise, ressort sa caméra de son logement, et me dit, au comble du bonheur: “Appelle, appelle, nous allons filmer…”

Okou, un duo aux influences subtiles

Comme souvent lorsque je viens de faire une découverte musicale, j’ai envie de la partager.

Mon dernier coup de coeur porte le doux nom de Okou.

Elle est moitié ivoirienne, moitié française, il est un peu suisse allemand, un peu égyptien, et l’addition de toutes ces couleurs donne des notes folk, pop, soul, et même parfois orientalisantes.

Tatiana Heintz et Gilbert Trefzger se sont associés pour le meilleur, et leur musique est tout ce que j’aime, une subtile harmonie entre voix chaude d’une parfaite musicalité, et rythmes instinctifs . Et puis Gilbert pratique le slide, même à la cythare, ce qui  n’est pas sans  rappeler le génial Ben Harper…

Leur dernier album, Serpentine, est un bijou.

Morceaux choisis.

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Cinéma…

Les impatients et les sceptiques seront sans doute intéressés de savoir que les premières images de la Bobine sont enfin dans la boîte…

La météo parisienne de ces derniers temps ayant été sibérienne, et le tournage prévu ayant lieu en extérieurs, Claudine et Elisabeth F s’étaient équipées comme des moujiks, et m’avaient fortement incitée à faire de même. Elles ignoraient sans doute que je n’ai jamais su me “couvrir correctement”, comme le déplore encore ma mère, et que je ne suis que très rarement vestimentairement raccord avec la météo.

Mais qu’importe, puisqu’en cet unique jour là, la météo avait décidé d’être raccord avec nous, et que nous avons bénéficié du seul jour quasi printanier au milieu de toute cette Sibérie…

Rendez-vous au matin dans ce quartier très mythique de Paris.

Les deux pros arrivent, avec leur impressionnant matériel. Le plus impressionnant (et je ne sais pas pourquoi, hilarant) c’est le micro au bout de la longue perche, que tient très consciencieusement Elisabeth F, casquée et branchée de toutes parts.

Je ne sais pas si c’est la présence de tant d’Elisabeth dans le champ, mais ce micro étrangement coiffé m’évoque immédiatement un garde de Buckingham Palace. Ne pas rire tout de suite, garder son sérieux, se concentrer.

micro

Qu’est-ce que faire du cinéma?

Concrètement, ça donne à peu près ça.

Claudine, s’arrêtant brusquement au milieu du trottoir, caméra sur pied: Stoooop. Ooooooooh. Ooooooooooh.

Elisabeth F: T’as quelque chose, là?

Claudine, des paillettes dans les yeux, désignant un point dans le ciel: Ouuuuiii. Regarde, c’est merveilleux.

Elisabeth F, que rien n’étonne: Ok. Je suis prête.

A première vue, j’aurais donc dit que faire du cinéma, c’est déambuler dans des rues choisies, de s’extasier sur des cheminées qui fument sur fond de ciel bleu, puis de les capturer. Et même, de recommencer la prise quand mystérieusement, le temps de caler le matériel, la cheminée a cessé de fumer.

Autre moment choisi, et autre essai de définition. Qu’est-ce que faire du cinéma?

Nous déambulons toujours dans les rues, pour refaire un parcours qui m’est familier. Le décor m’appelle, et les images réelles rejoignent celles de mes souvenirs. Je m’imprègne d’un mot saisi au passage derrière une vitrine, je croise un regard qui me sourit, je retrouve une maison rose que j’aimais. A cette heure encore matinale, les lieux sont presque déserts, on n’entend au loin que les bruits du boulevard et, en résonance sur le bitume, le son de mes pas.

Stooooooop! Stoooooop ma belle, tu veux bien t’arrêter là?

Claudine a de nouveau posé sa caméra, et repris un air engageant.

Claudine: Voilà. Tu vas repartir exactement d’ici, et tu vas marcher exactement comme tu viens de le faire jusqu’au coin de la rue. Mais exactement le même pas, hein?

Moi: Exactement. Pas de problème.

Elisabeth F brandit le garde de Buckingham Palace dans ma direction, et me voilà repartie, exactement sur le même parcours de dix mètres. Je m’arrête au hasard, juste après une crotte de chien.

Claudine, à l’autre bout du parcours: C’était super! On va la refaire…

Faire du cinéma, c’est faire de chaque pas une scène d’anthologie, et rechercher la spontanéité de cette anthologie.

La Bobine est en train de se dessiner sous nos yeux, et chaque image tournée nous rapproche d’elle.

Anthologie encore, et c’est  mon petit cadeau à la réalisatrice qui, comme ce cinéaste pionnier qu’elle vénère, ne laissera jamais la moindre image au hasard.

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Eric Rohmer et moi

Eric Rohmer s’est éteint, et j’en ai eu un vrai serrement de coeur.

Eric Rohmer, c’était l’un des chefs de file de la Nouvelle Vague, l’ancien rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma devenu metteur en scène, un auteur de marivaudages modernes au verbe précieux et au charme parfois surané. Celui qui a révélé, entre autres, Fabrice Lucchini.

Mais pour moi, Eric Rohmer c’était celui des années 80, presque viscéralement les Nuits de la Pleine Lune, Pauline à la Plage, le Rayon Vert, et toute la série des Contes des quatre saisons.

Toute mon adolescence, j’ai regardé ses films avec ferveur et envie, oui envie d’en être un peu, tant ses héroïnes me semblaient parfois présenter une sorte de gemellité avec moi. Je n’étais d’ailleurs pas seule dans son culte, nous étions quatre, mes trois meilleures amies de l’époque et moi.

Béatrice, Sophie, et Fabienne, je vous embrasse avec affection.

Nous parlions Rohmer, nous jouions à jouer du Rohmer, notamment au cours d’une fameuse séquence que nous avions filmée en vacances à la plage, et dans laquelle nous nous prenions tellement au sérieux que c’en était positivement effroyable.

Car contrairement à ce que l’on pourrait croire, on est très sérieux quand on a 17 ans.

Et naturellement, nous cherchions partout le rayon vert.

Juste une bande annonce, avant de refermer le livre de mon adolescence.

http://www.dailymotion.com/videox2ox3c

La Bobine: dérouler le fil de la psychogénéalogie…

La Bobine est un film protéiforme, multi-directionnel et multi-pistes. Nous ne l’avons pas décidé ainsi, mais il s’avère que ça s’impose ainsi.

Film d’histoire et de mémoire, je n’y reviens pas. Pas encore, du moins.

Film d’une nébuleuse familiale hors du commun, voici une autre piste.

La configuration de la famille Haïk est complexe, voire ubuesque, et les plus fins limiers y laisseront des loupes, c’est certain.

Prenons mon cas personnel.

Elisabeth Haïk, ayant pour grand-père maternel Jacques Haïk, et pour grand-père paternel Jacques Haïk. (Ceci pouvant peut-être expliquer certaines curiosités de mon caractère…)

Mes deux grands-pères Jacques Haïk avaient pour cousin, l’un germain et l’autre issu de germain, Jacques Haïk le producteur.

Ces trois Jacques Haïk ne sont, si je puis dire, que des Jacques Haïk parmi tant d’autres de la même famille…

La quasi-totalité des Jacques Haïk,  ont ou avaient un frère nommé Joseph Haïk.

Cette situation en apparence absurde, n’est qu’une infime partie de ce qui nous attend dans l’absurde.

La Bobine est un film merveilleux, duquel l’absurde pourra surgir à tout moment.

Je goûte infiniment ces petites touches de fantaisie qui jalonnent l’histoire de ma famille, une fantaisie à laquelle se mêle parfois le tragique, parfois le romanesque, mais en tout état de cause toujours l’extra-ordinaire. Et c’est cette alliance de la fantaisie, du tragique et du romanesque, qui nous a lancées, Claudine, Elisabeth F, et moi, dans l’aventure de la Bobine avec le plus grand sérieux, mais sans jamais se prendre au sérieux.

Les bizarreries de la généalogie Haïk ne pouvaient que nous conduire à la psychogénéalogie.

La psychogénéalogie est une approche de la psychologie et de la psychothérapie développée dans les années 1970 par Anne Ancelin Schützenberger selon laquelle les événements, traumatismes, secrets, conflits vécus par les ascendants d’un sujet conditionneraient ses troubles psychologiques, ses maladies, et ses comportements étranges ou inexplicables. (Wikipédia)

Plus nous avançons dans les découvertes sur la Bobine, et plus il se trouve que certaines histoires semblent se reproduire de façon troublante dans la famille Haïk, de même que certains traits de caractère ou de personnalité. Ces histoires qui se reproduisent, sont toutes des histoires dans lesquelles le tragique, le romanesque, et l’extra-ordinaire sont liés. C’est l’histoire de Jacques Haïk le producteur, mais aussi d’autres histoires d’autres êtres de son sang, histoires parallèles ou anachroniques, mais toujours similaires.

Alors la Bobine devient un film dans lequel les personnages sont  réels et romanesques, fantaisistes et fantasmagoriques, familiers et pourtant encore si lointains.

Mais c’est  l’humanité de l’histoire, des histoires de la Bobine, qui trouvera un écho en chaque spectateur, Haïk ou non.

Alors chacun se surprendra à se demander quelle est la part de Jacques Haïk en lui.

L’art et la manière de se créer des problèmes

Voici une petite chanson pour mesurer l’état  d’esprit dans lequel je me trouvais la veille du jour de l’an.

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Et pourquoi, pourquoi était-je dans cet état? Moi qui suis habituellement zen…moi qui ne perds jamais mon sang froid…oui, pourquoi?

Parce que.

Parce qu’en cette veille de Nouvel An, j’ai expérimenté une sensation nouvelle. J’ai expérimenté et vécu l’horreur bloguienne, sorte de grand trou noir avec sueurs froides, incompréhension, et désespoir.

Tout de suite les grands mots, me direz-vous.

Et pourtant, comment qualifier autrement la mise à jour périlleuse de mon blog, mise à jour que je croyais réussie au prix d’un gros travail, mais qui s’est en réalité soldée par un message apocalyptique délivré par Firefox?

Après manipulation, dès que j’essayais d’accéder à Des Mots dans les Bulles, le vilain petit renard me délivrait un message d’erreur parlant d’une boucle de redirection infinie, et puis c’était tout.

Petit aperçu de ma perplexité cérébrale face au message d’erreur.

merci à l’Owni blog

Me voici donc lancée, en cette veille de Nouvel An, dans une entreprise effrénée de réparation de mon blog, sans rien connaître des problèmes de boucle de redirection (sans rien connaître de la plupart des problèmes informatiques, d’ailleurs), avec pour seul bagage une sorte de rage…

Et c’est ici qu’il faut faire une pause, pour la réflexion et le questionnement.

Pourquoi se créer des problèmes là où il n’y en avait pas l’année dernière?

Sacha Guitry a dit: “Le mariage, c’est l’art de ne pas résoudre à deux les problèmes qu’on ne se posait pas quand on était célibataire.”

Bien que cela demeure tout à fait vrai, ça n’est pas notre réflexion, pour l’heure.

En cette veille de Nouvel An, à moi les messages de détresse sur les forums spécialisés, sur les blogs autorisés, doublés de mails aux personnes de ma connaissance pouvant faire autorité informatique.

A moi, les allers-retours sur mon ordinateur en catimini pendant le dîner, entre deux bouchées avalées, pour vérifier la présence d’une éventuelle réponse salvatrice.

Je ne ferai pas durer le suspense plus longtemps.

La boucle de redirection, je l’ai pulvérisée toute seule, mais avec l’aide de Google.

Et le résultat visible, c’est ce nouvel habillage 2010 pour des Mots dans les Bulles.

Mais si je voulais tirer un enseignement de ce qui m’est arrivé, je serais assez tentée  d’adapter ainsi la maxime matrimoniale de Guitry:

L’informatique, c’est l’art de ne pas résoudre seul les problèmes qu’on ne se posait pas quand on avait un minitel.

Sur ces bonnes paroles, je  souhaite à tous une année 2010 pleine de bonnes surprises, d’émotions douces et fortes, de couleurs vives et pastelles, et en toutes hypothèses, de petits et grands bonheurs.

Le sel d’une larme

Tourner un film dont l’objet est une recherche de mémoire et d’histoire, est une entreprise à haut quotient émotionnel.

Et comment n’en serait-il pas autrement, lorsque sur le chemin de la quête, des rencontres inattendues se transforment en purs moments de vérité?

La route vers la Bobine continue de me remuer au plus profond, et les ombres, devant nous, nous poussent en avant.

Je ne sais toujours pas ce que je cherche, mais à chaque nouveau pas, à chaque nouvelle rencontre je le trouve, dans une parfaite évidence. Avec Claudine Bourbigot et Elisabeth Feytit, nous cheminons à notre exact rythme, et qu’on se le dise: je commence à aimer les repérages, ces déambulations en apparence à l’aveugle, et qui pourtant conduisent à une éclatante lumière.

D’accord, je cesse de parler par ellipses. Mais j’aime bien les ellipses sans éclipses, c’est-à-dire celles qui tournent autour du sens sans en masquer la clarté.

D’accord, je cesse.

Mais la technique de l’ellipse sans éclipse est, chez moi, un détour de la pensée qui intervient dans des circonstances bien précises. Appelons cela tourner autour du pot, pour faire enfin simple, et comprenons que lorsque je tourne autour du pot sans pouvoir dire les mots, c’est que je suis touchée au coeur.

Au fur et à mesure que j’avance dans l’entreprise de la Bobine, je m’aperçois de l’effet produit par le nom de Jacques Haïk sur les gens que je découvre, et ce quel que soit le Jacques Haïk, même celui qu’on n’attendait pas ici, pas maintenant.

“Jacques Haïk” devient un concept, presque un emblème, celui des gens qui se souviennent. “Jacques Haïk” fédère les mémoires de ceux qui sont partis de là-bas, un pas très beau jour sur un bateau, et de ceux qui sont partis d’ici beaucoup trop tôt.

Jacques a dit raconte-moi, et les yeux de ceux que j’ai croisés sur ma route ont pétillé.

Jacques a dit souviens-toi, et les yeux de ceux que j’ai rencontrés ont brillé, puis se sont embués dans les miens.

La Bobine, ce film que nous faisons avec nos rires et nos coeurs, est comme le sel d’une larme. C’est un cadeau de la vie qui continue, à tous ceux qui ont vécu.

Repérages, repérages… Est-ce que j’ai une gueule de repérages?

Les repérages pour la Bobine se poursuivent à une cadence régulière.

Avec Claudine Bourbigot et Elisabeth Feytit (toujours à la mitraille photo, pour son plus grand plaisir!) nous traversons même des endroits de plus en plus colorés et futuristes dénichés par mes soins. Sans doute mon côté Star Wars, tendance Goldorak…

Tunnel Vert

C’est joli, nous voyons du pays sans sortir de mes paysages, pour le moment. Avant Tunis. Avant New York, peut-être…

Mais bientôt, une question me taraude. Une question qui me semble cruciale, et dont la réponse, balancée sur un ton angélique par Claudine et Elisabeth F en choeur, me terrasse.

Apprécions ensemble l’innocence de la question.

- Dites, on va repérer comme ça jusqu’à quand? Parce que le tourna-geu, ça serait bien aussi maintenant, non?

Tout de même presque cinq ans qu’on en parle, de cette Poudre de Perlimpimpin que nous saupoudrerons un peu partout à la gloire de (des) Jacques Haïk…Alors quand, à la fin?

- Mais ma chère, on n’a pas encore fini de repérer, car nous en sommes en réalité aux pré-repérages!

Claudine a lâché cette bombe avec son sourire en embuscade, celui qui guette les réactions pour ensuite broder des images autour. Elisabeth y est allée de son “ben oui… hin-hin”.

Je tâche de rentrer mes yeux dans leurs orbites, et écoute presque sagement (c’est-à-dire sans que mes questions fusent trop vite) les explications.

Néophyte que je suis, j’ignorais tout à fait qu’avant les repérages eux-mêmes, établissant très officiellement les lieux de tournage, selon un plan fixé, il faut bien pré-repérer pour choisir où fixer les repérages précis.

(Il me semble que c’est ça. Quiconque aurait des explications supplémentaires à fournir est le bienvenu.)

Depuis hier, j’ai bien sûr eu le temps de remettre mon impatience dans mon tiroir à émotions, et je me suis fait une raison.

Nous continuerons donc de pré-repérer jusqu’à au moins les repérages.

Et puis nous n’avons pas pré-repéré en vain, hier. Car comme lors de chaque pré-repérage avec Claudine Bourbigot et Elisabeth Feytit, nous discutons à bâtons rompus avant, pendant, autour et après une tasse de café.

Les nouvelles et les idées sont excitantes, et celle que me communique Elisabeth F sera même dévoilée ici séance tenante.

Autour du film “La Bobine”, et lorsque le tournage (!) sera déjà bien avancé, nous mettrons en ligne un web-documentaire, cette forme nouvelle de communication du web 2.0.

Il sera conçu aussi bien comme une encyclopédie intéractive autour de Jacques Haïk et de son monde, que comme un reportage autour du film, mais aussi un jeu en ligne pour les internautes désireux de participer à l’aventure de la Bobine.

Mais chut. Il me semble que j’en ai déjà trop dit.

Et puis hier aussi, j’ai continué d’enclencher toute seule, dans mon coin, la machine à rêves.

La musique est pour moi un mode d’expression aussi fondamental et constitutionnel que les mots, alors j’ai à coeur de rechercher aussi, pour la Bobine, les plus idéales des notes qui accompagneront nos mots et nos images.

J’ai en tête, pour ce qu’il voudra, comme il voudra dans la bande son, un musicien d’exception, que j’admire profondément. Je voudrais, avec toute la force de ma volonté, qu’il accepte de collaborer avec nous.

Et là je n’en dis pas plus…

Hier encore, j’avais 10 ans, et des étoiles plein les yeux.

La Bobine: à la recherche des lieux de nos pas…

Le début du tournage de La Bobine est imminent…

Dans quelques toutes petites semaines, Claudine Bourbigot, la réalisatrice au regard onirique et Elisabeth Feytit, la technicienne magicienne touche-à-tout, m’emmèneront là où nous l’aurons pensé pas à pas, étape par étape, pour retrouver les traces des deux Jacques Haïk.

A l’ombre de nos pas, à gauche Claudine et à droite, moi…

Et moi, je pourrai enfin endosser l’un de mes costumes préférés de petite fille, celui de Sherlock Holmes tenant sa loupe.

Car il s’agira véritablement, avec La Bobine, de remplir quelques trous de l’Histoire,  et de retrouver les histoires des deux Jacques, grâce à l’enquête qui rassemblera les éléments du puzzle.

Qui était Jacques Haïk, bâtisseur du Rex et de l’Olympia, producteur de cinéma visionnaire et montreur de rêves? D’où venait-il, où est-il allé, et que reste-t-il de ses rêves aujourd’hui?

Et qui était son cousin Jacques Haïk, mon grand-père, pour que la vieille bobine soit parvenue jusqu’à moi?

Cette bobine, je la projette dans mon imaginaire depuis que je l’ai rencontrée, au détour d’un placard, à un âge si tendre qu’on entendait siffler le vent entre mes deux dents de devant…

Il est autour d’elle un tel mythe, que forcément, je ne peux m’en contenter.

Je partirai à la rencontre des lieux et des gens qui pourront m’en dire plus, en France et en Tunisie. Et je ramasserai tous les petits cailloux étoilés laissés sur la piste.

Phase de repérage.

Avec Claudine Bourbigot et Elisabeth Feytit, nous procédons en plusieurs fois.

Pendant plusieurs jours, nous arpentons les lieux de ma ville, ceux dans lesquels je me sens bien et qui me parlent, pour qu’ensuite, très bientôt je puisse faire par petites touches des révélations sur mon enquête à la caméra amie.

En résumé, à l’heure où commence l’aventure, je sais encore si peu de choses, que c’est inacceptable!

Très nouvelle pour moi, cette sensation de naviguer à vue, mais en toute confiance, seulement portée par la certitude du merveilleux.

Et très nouveau aussi, cet exercice de repérage.  Un exercice très concret, qui consiste à faire une sélection de lieux (j’aime bien là, j’aime bien cette table, ce café, ce petit coin éclairé, cette rue, cette vue…), sous la mitraille photographique d’Elisabeth F, lieux où nous retournerons ensuite en grande pompe, avec tout l’attirail pour filmer.

Mon stylo à gauche, celui de Claudine à droite.

Je me sens un peu intimidée par l’importance de la chose. Pas vraiment intimidée, pour tout dire, mais impressionnée et émue.

Je suis impressionnée et émue, même si je ne le montre pas lorsque nous marchons toutes les trois dans les rues, sous la pluie. Je souris à Claudine qui me pose mille questions, je fais mine de ne pas voir l’objectif qui crépite d’Elisabeth F.

Mine de rien…

Et pourtant, à l’intérieur de moi, en même temps que toutes ces mines, il y a une petite fille qui saute de joie à chaque mot, qui éclate de rire à la face de l’objectif, et qui se dit avec jubilation chouette chouette, j’ai enfin le droit de toucher à la bobine!