Boycott…Quand la bien-pensance fait échec à la pensée.

 


 


Le cinéma Utopia, qui avait pris l’initiative de déprogrammer le film israélien A cinq heures de Paris, de Léon Prudovsky, pour protester contre l’assaut israélien sur la flottille « humanitaire » et le blocus de Gaza, persiste et signe. Face aux nombreuses protestations reçues, l’un des représentants de la direction des cinémas Utopia a déclaré jeudi 10 juin, qu’il ne s’agissait pas de censure, mais plutôt d’une « déprogrammation ponctuelle » et d’un « geste symbolique et limité dans le temps. »

 Une telle attitude ne peut que laisser perplexe. En admettant même qu’elle soit justifiée par une protestation « citoyenne » face à la politique israélienne, en quoi boycotter les tenants de la culture de ce pays pourrait-il avoir une quelconque base logique ?

 En quoi se tromper de cible, pourrait-il servir la cause des Palestiniens ou même celle de l’intelligence?

 Protester démocratiquement contre la politique d’un Etat, et le lui faire savoir, c’est s’adresser directement aux instances officielles de cet Etat par tous moyens démocratiques à disposition d’un démocrate. Mais tenir pour responsables tous les citoyens d’Israël, au motif qu’ils auraient exercé leur vote (autre argument présenté par la direction d’Utopia) c’est réagir de façon aussi absurde que le boycott des produits français par un certain nombre d’Américains, après la grandiloquente intervention de Dominique de Villepin aux Nations Unies…

 Par ailleurs, s’en prendre à la culture ou aux intellectuels d’Israël, n’est-ce pas revenir  à considérer que la culture et les intellectuels de cet Etat sont à sa solde, et qu’ils sont mandatés par lui pour propager dans le monde son idéologie ? Et même si cela était ? Aurait-il fallu boycotter en son temps Maiakovski, le plus grand poète soviétique, pour protester contre la politique de Staline ?

Israël n’est pas l’URSS aux pires temps de son histoire.

Israël est une démocratie, la seule du Moyen-Orient, avec une politique qu’il est loisible à chacun, à commencer par ses propres citoyens, de discuter à l’infini. Ses intellectuels sont engagés, exigeants, critiques, et libres de l’être. Quiconque omet de prendre en compte cette réalité essentielle de la vie publique israélienne, est déjà particulièrement mal fondé intellectuellement à se mêler de politique israélienne…

A présent, remettons en cause la vérité qui précède. Considérons, avec certains défenseurs les plus acharnés de la cause palestinienne, qu’Israël n’est pas la démocratie qu’elle prétend, et même qu’elle a instauré un régime d’apartheid, comme on peut le lire ça et là. Oui, allons jusque là, et admettons l’espace de deux minutes l’idée qu’Israël, c’est l’Afrique du Sud au temps de l’apartheid…

Du temps de l’apartheid, l’Afrique du Sud faisait l’objet de divers boycotts instaurés très officiellement par la communauté internationale, et en ces temps de Mondial en liesse sur le sol sud-africain, il n’est pas inutile de rappeler qu’elle était exclue de la plupart des évènements sportifs mondiaux.

Mais fallait-il aussi boycotter Nadine Gordimer, prix Nobel de Littérature en 1991 ?

Une telle idée n’était évidemment venue à l’esprit d’aucun tenant de la culture en France, et dans le monde, bien au contraire. Fallait-il boycotter Johnny Clegg ? Myriam Makeba ? En un mot, fallait-il boycotter tous les intellectuels sud-africains au temps de l’apartheid ?

Et fallait-il boycotter tous les intellectuels chiliens sous Pinochet ? Tous les intellectuels cubains actuels ? Tous les intellectuels Nord-Coréens non officiellement dissidents, si tant est qu’il en existe et qu’ils soient en liberté ?

Retour à la réalité. Israël n’a aucun point commun, de près ou de loin, avec l’Afrique du Sud au temps de l’apartheid, ni avec aucune des dictatures précitées. Le boycott des idées, et de la culture, est une pratique que n’aurait pas reniée Torquemada…

Les excès de bien-pensance sont parmi les pires, car ils se font en toute bonne conscience.

Pourtant  lorsqu’on s’est trompé, lorsqu’on a commis une boulette, comme c’est le cas de la direction des cinémas Utopia, il n’est pas déshonorant de le reconnaître, et de l’effacer très vite.

Errare humanum est. Perseverare diabolicum.

 

Nadine Gordimer et David Grossman, l’un des plus grands écrivains israéliens, en 2007.

 

 

 

Le syndrome de Jerusalem, prix du public au 9ème Festival du cinéma israélien de Paris

le-syndrome-de-jerusalem

Il y a des mots, dans mes bulles, mais aussi beaucoup d’images.

Je vous ai parlé à plusieurs reprises du Syndrome de Jerusalem, ce road movie déjanté, réalisé par Stéphane Belaisch et Emmanuel Naccache.

Pour ceux qui n’auraient pas suivi, il est toujours possible de relire l’excellente interview que m’a accordée Stéphane Belaisch en août dernier, et de revoir la bande annonce du film.

Le Festival du cinéma israélien s’achève, avec l’affiche plusieurs films de grande qualité. Mais, signe des temps sans doute, les suffrages du public se sont massivement portés sur le Syndrome de Jerusalem, une comédie fraîche, avec un zeste de folie, mettant aux prises des personnages reflétant la complexité de la société israélienne. Les réalisateurs avaient entendu ne faire preuve que d’observation, sans aucun jugement, et avec une certaine loufoquerie.

Les acteurs, dont Lionel Abelanski, sont réjouissants, et le casting israélien permet de découvrir une brochette de jeunes acteurs particulièrement talentueux.

A leur tête, Liron Levo, beau ténébreux que j’avais personnellement beaucoup apprécié  dans Désengagement, le film d’Amos Gitai avec Jeanne Moreau et Juliette Binoche, et qui est souvent présenté comme l’un des acteurs israéliens les plus talentueux de sa génération.

Liron Levo et Juliette Binoche

Pari réussi donc, pour ce premier film déjà sorti en Israël, en espérant qu’il sera enfin distribué en France.

Je ne te dis pas adieu, Facebook…

facebook

…car je ne t’ai jamais, jamais dit bonjour…

De toutes parts, depuis peu, on entend et on lit que les meilleurs d’entre nous se désespèrent en constatant qu’ils ont toutes les peines du monde à supprimer leur profil sur Facebook, et que même lorsqu’ils y parviennent leurs traces seront scellées jusqu’à la fin des temps googuelisés dans le marbre de la Toile.

Mais moi je ne t’ai jamais cédé, Big Brother, et j’en retire un contentement quasi béat de moi-même.

Car en dépit des appels réguliers de mes vrais amis, qui m’ont tous régulièrement sollicitée pour que je rejoigne la liste de leurs 1245 faux amis, je n’ai jamais consenti à me placer à la merci de ton orbite, Big Face Brother, qui est terrifiant, ainsi que tous le constatent aujourd’hui.

Même l’excellent Frédéric Beigbeder, toujours à la pointe des tendances, explique dans le Voici de cette semaine pourquoi il arrache aujourd’hui son profil à tes tentacules.

La raison principale qu’il invoque est lumineuse, je me permets de la schématiser ici: il ne veut plus faire partie des “loosers frustrés”, il veut rejoindre la vraie vie.

Fallait oser le dire et le faire…

Fallait y parvenir, surtout.

Je ne veux pas me jeter des fleurs, mais je m’auto-congratule. Pardonnez à l’avance ce peu de modestie que j’assume, au demeurant.

En plein engouement pour Facebook, alors que je passais auprès de tous pour la fille naturelle de la mère Denis et de Monsieur Minitel, j’ai campé ferme sur mes positions. J’étais sûre de mon fait.

Quels étaient mes arguments?

Non, non et non, je refuse que mes photos de vacances, même sublimes, surtout sublimes d’ailleurs, puissent être consultées par mon voisin de palier, cet antipathique personnage que je salue à peine lorsque je le croise.

Et non, non et non, je ne laisserai à personne, ami connu ou inconnu, la possibilité de me pister plus efficacement qu’une meute de chiens de chasse affamés de gloire, le premier jour de l’ouverture de la saison. Soit dit en passant, mes seules connaissances en matière de chasse ont été acquises sur Chasse et Pêche entre deux et trois heures du matin une nuit d’insomnie, mais elles sont suffisantes pour illustrer mon propos.

Soyez honnêtes, vous, les lecteurs de ce blog, qui êtes tombés dans le panneau de l’ignoble Big Face Brother.

Qui n’a pas eu un jour la désagréable surprise de constater qu’un client/patron/ennemi/divers indésirables/, en le  googuelisant, était tombé directement sur beaucoup plus que son profil Facebook, le lui avait annoncé la bouche en coeur, et avait assorti cette annonce d’un sournois “ébé vous vous amusez bien, vous, le week-end…on croirait pas, comme ça, quand on vous connaît professionnellement hein…

Voilà. Inutile d’en dire plus et de noircir davantage le tableau de vos regrets.

Ah si, juste une dernière information pour enfoncer le clou. Facebook est devenu la principale source de renseignements de la police et des agences de détectives privés. Même si vous êtes tous blancs comme neige, c’est désagréable de le savoir, non?

Bonne chance à tous pour vos désinscriptions, et toutes mes condoléances pour la perte de vos 1245 amis.

Et si nous relisions tous un livre indispensable, le génial 1984, du visionnaire George Orwell?

1984

Un tag en images…

Pour les lecteurs de ce blog qui ne connaissent pas le principe des tags, je me dois d’en dire quelques mots.

La blogosphère est une communauté très sympathique, dans laquelle chacun essaie de faire connaître les blogs qu’il aime et qu’il suit régulièrement. L’un des moyens est donc de mettre le plus de liens possibles vers ces blogs là, de façon ludique et/ou instructive.

Alors Des Mots Dans les Bulles a été taggé, cette fois-ci, par GD Blog, un blog BD qui revisite avec humour et finesse l’actualité.

Merci GD, grâce à toi je vais m’atteler à:

- citer la personne qui m’a tagguée: Toi GD Blog, donc, c’est fait, et re-fait, avec plaisir et délectation car je suis fan de tes dessins,

- ensuite, ouvrir, au choix, le dossier images le plus récent de mon PC et publier la 6ème image sur mon blog,

ou

ouvrir le 6ème dossier images de mon PC, et en publier la 6ème image sur mon blog.

- Puis à mon tout tagger six autres blogs en plaçant un lien vers eux.

Après mûre et difficile réflexion, je choisis de publier la 6ème image du dossier le plus récent de mon PC.

Je joue le jeu et ça me fait bien sourire…

Il s’agit d’une vue de Stormwind, l’une des régions du jeu Word of Warcraft, le préféré de mon fiston…

stormwind

Et je choisis de tagger des blogs que j’aime tout particulièrement.

- Morbleu, le blog excellentissime d’Oscar Gnouros, qui traite de philosophie (et de tout, d’ailleurs…) avec humour, érudition et intelligence

- Cinéblog, un blog cinéma qui va au fond des choses, et qui présente des critiques de films inspirées

- AlterAltitude, un blog spirituel qui va dans les hauteurs

- Ginieweb, le blog sympa d’une fille sympa

- L’oreille en feu, un café musical de haute qualité

- Au coin du livre, un blog littéraire exigeant et de qualité

Passer son chemin…jusqu’où?

doisneauladentDoisneau, la dent

Je flânais dans le Monop de ma ville, à une heure de grosse affluence.

Et c’est arrivé sous mes yeux, et donc également sous ceux de la foule de dames bien comme il faut, qui affluaient…

Une jeune femme s’est soudainement mise à hurler contre les deux petits garçons âgés de trois ou quatre ans, qui l’accompagnaient, puis s’est violemment jetée sur l’un d’eux, en lui assénant une duo coup de poing-coup de pied, sur le visage et dans le ventre. Le petit avait eu le malheur de lui adresser la parole pendant qu’elle était au téléphone, ce “sale petit con”, cette “petite pourriture”

La dame comme il faut qui se trouvait géographiquement la plus proche d’elle, s’est écartée prestement pour ne pas recevoir le coup de pied à la place du petit garçon, puis s’est éloignée encore plus prestement, l’air hautement indigné par tant de vacarme.

Moi je n’ai pas réfléchi. Souvent, il m’arrive de réfléchir à toutes sortes de bizarreries plus ou moins intéressantes. Mais là, pas une demi-seconde je n’ai réfléchi à la situation, j’ai eu une réaction épidermique.

J’ai invectivé la furie avec un “Non mais, vous êtes pas dingue, vous?”

J’ai dû la vexer.

Le visage haineux, elle s’est approchée de moi très près, de plus en plus près, bien au-delà de ma distance de sécurité, l’insulte aux lèvres, visiblement prête à en découdre.

- De quoi tu te mêles connasse, hein? Je fais ce que je veux.

- Ben non, vous ne faites pas ce que vous voulez, vous n’avez absolument aucun droit de cogner ces enfants. Et décollez-vous de moi, vous n’avez pas non plus le droit de vous approcher de moi comme ça.

Soudainement confronté à une situation potentiellement explosive, voire dangereuse, nul ne sait comment il va réagir. S’il va répondre ou non. S’il va lâcher prise, ou au contraire, insister.

Et on ne se connaît, en pareille situation, que lorsqu’on y est confronté, jamais avant. Moi, j’ai pu constater, à plusieurs reprises déjà, que face à l’injustice ou à l’outrage immédiat, sans réflexion aucune, je me refusais à lâcher prise.

La furie a reculé de mon espace de sécurité. Mais elle a continué de me hurler dessus, tandis que les deux petits garçons, sans un bruit, étaient partis se mettre hors de sa portée juste en face, au rayon cosmétiques.

- De quoi tu te mêles, hein, de quoi tu te mêles? répétait-elle avec hargne. Je fais ce que je veux avec mes enfants.

La scène et les hurlements hystériques ont attiré le vigile du magasin, tandis que les dames bien comme il faut continuaient de passer, scandalisées.

L’air sévère, il s’est entreposé entre nous deux, m’a dévisagée de haut en bas, et a eu ces mots dont je ne me remets toujours pas.

- Laissez-la, m’a-t-il dit. Laissez-la, ce sont ses enfants, elle fait ce qu’elle veut.

La furie a eu un air de triomphe.

- Ben oui, a-t-elle enchéri, c’est ce que je dis, ce sont mes enfants. Et je fais ce que je veux avec eux.

- Vous avez le droit de les tabasser parce que ce sont vos enfants?

Elle a eu l’air sincèrement indigné. Les tabasser? elle? où ça? quand ça?

-Tiens, a-t-elle ajouté en allant chercher l’un des petits garçons toujours blotti contre le comptoir de rouges à lèvres. Il a l’air tabassé, lui? Il a l’air de pleurer?

Le petit bonhomme ne pleurait pas. Il ne disait pas un mot, se laissant trimbaler sans ménagements. Mais son regard résigné m’a transpercé le coeur.

- D’ailleurs, a continué sa mère, je suis sûre que t’as pas d’enfants, toi. Sinon tu comprendrais.

Le vigile a enfoncé le clou. “Allez, m’a-t-il dit. Laissez-la. Ce sont ses enfants, ça ne vous regarde pas. Elle fait ce qu’elle veut.”

Je me suis enfoncée dans le magasin, bouleversée.

Etais-je plus bouleversée par la violence et la maltraitance de cette jeune mère, ou par la légitimation de son comportement par le vigile?

Qu’est-ce qui était le plus choquant? L’indifférence de la foule bien comme il faut, ou le fait que ce soit moi la coupable, coupable de ne pas passer mon chemin comme tout le monde?

Bien sûr, je n’allais pas, à moi seule, éradiquer la violence de cette mère, ni même aider ses petits garçons. Mais la voir faire, et ne rien dire, n’était-ce pas lui envoyer un message faussé, celui que son comportement était acceptable?

Combien de silences ont été aussi responsables que coupables de drames?

Ultime ironie de la situation, le soir même, sur France 2, était diffusé un reportage sur les bénévoles du 119, le numéro d’urgence de l’Observatoire de l’Enfance en Danger.

La première assistance de l’enfance en danger, c’est de ne pas passer son chemin.

C’est s’émouvoir, encore et toujours, face à l’indifférence et à la bêtise. Pour que soit bannie, à jamais une argumentation aussi inique que “elle fait ce qu’elle veut, ce sont ses enfants.”

Comme souvent lorsque je suis secouée, une musique rejoint d’elle-même mes émotions.

Alors je dédie celle-ci aux deux petits bonshommes du Monop.

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Willy Ronis, la baguette

ronis10-la-baguette

Née un 4 juillet…

 

 

 

Thomas Beatie, 34 ans, dont le ventre rebondi aurait pu évoquer un excès de bière, était en réalité le premier “homme enceint” de l’histoire de l’humanité.

Il avait suscité des réactions très controversées en révélant en mars dernier sa grossesse de cinq mois.

Il a donné naissance, le 4 juillet, à une petite fille en parfaite santé, à l’hôpital de Bend, Oregon, après y avoir été admis sous un faux nom.

 Selon ses déclarations au magazine People, la seule chose qui le différencierait des autres accouchées, serait qu’il ne peut pas allaiter son bébé. “Mais beaucoup de mères ne le font pas, a-t-il ajouté. 

Thomas Beatie est né femme, de son vrai nom Tracey Lagondino, mais ne s’est jamais senti à l’aise dans sa peau de femme, malgré un physique plutôt flatteur, qui lui permit même de remporter des concours de beauté.

Après un traitement hormonal, il y a une dizaine d’années, son corps s’est progressivement transformé, il a subi une ablation des seins, laissé pousser sa barbe, changé légalement de sexe, et épousé la femme de sa vie, Nancy.

Les seuls attributs féminins qu’il ait conservés sont ses organes reproducteurs, avec, a-t-il admis, “l’idée de pouvoir porter un jour un enfant.”

Sa femme Nancy ayant subi une hystérectomie des années auparavant, le couple a décidé que ce serait Thomas qui porterait leur enfant.

Invité pendant sa grossesse au célébrissime talk-show d’Oprah Winfrey, l’homme enceint a notamment déclaré :

“Je n’ai pas l’impression que le désir d’avoir un enfant soit masculin ou féminin. C’est un besoin humain. Je suis une personne et j’ai le droit d’avoir un enfant biologique.”

Pour tomber enceint, Thomas Beatie a dû stopper ses injections de testostérone. Puis, sa femme et lui ont fait appel à un donneur de sperme anonyme, par l’intermédiaire d’une banque du sperme, mais rencontrant l’hostilité générale du corps médical, c’est Nancy qui a procédé à l’insémination “artisanale” à la maison.

En mars, Thomas Beatie a déclaré: “Je serai le père de l’enfant et Nancy sera sa mère. Nous serons une famille normale.”

Il faut croire que cette “normalité” a encore du chemin à faire, car comme l’a déploré l’heureux père, sa femme et lui se sont heurtés à l’hostilité générale, tant des médecins que de leurs amis et de leur famille.

Le frère de Thomas Beatie, lorsqu’il eut vent de sa première tentative de grossesse (qui avait abouti à l’insémination de triplés, puis à leur perte à la suite d’une grossesse extra-utérine), aurait notamment déclaré:

“C’est une bonne chose que la grossesse ait avorté. Qui sait quel genre de monstre ça aurait pu être?”

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Au-dela de l’évènement lui-même, la question reste posée…

Et au-delà encore de cette question, un peu brute de décoffrage, une foule de questions profondes, relatives à l’éthique, à la philosophie, au désir d’enfant, à l’identité sexuelle, et à l’équilibre psychologique des protagonistes, se posent. Le tout, ayant trait aux valeurs profondes que véhicule une société.

A-t-on véritablement un “droit à l’enfant”? Et au nom de ce droit, est-il admissible de franchir toutes les barrières sociales et éthiques, voire même éthnologiques datant des origines de l’humanité?

En considérant que, même devenu homme, Thomas Beatie avait le droit d’avoir un enfant, cet enfant n’est-il pas, par là-même, chosifié, ravalé au rang d’objet de surconsommation, au nom d’une course sans fin au bonheur obligatoire?

Et que dire de cette petite fille, née un 4 juillet, et dont l’anniversaire constituera un symbole plus discutable des libertés en Amérique ? Que dire à cette petite fille, d’ailleurs, sur ses origines, sur la façon dont elle a été conçue? Que lui expliquer de la parentalité, de la masculinité et de la féminité?

Etre parent, ça n’est pas un droit, ça fait ou non partie d’une vie, et dans tous les cas, ça donne des responsabilités envers l’individu propre et distinct de nous et de nos envies, à qui on a donné la vie.

 

Le psychisme est une matière fluctuante, périlleuse, hautement fragile. 

Jouer les apprentis sorciers sur la vie, en invoquant des droits, paraît de la dernière irresponsabilité. La démarche de Thomas Beatie, et dans une moindre mesure, celle de sa femme, procède à tout le moins d’une incapacité manifeste de faire des choix , c’est-à-dire de renoncer.

En devenant homme, Tracey Lagondino, alias Thomas Beatie, aurait dû assumer pleinement le choix fondamental que constitue un changement de sexe . Et, l’assumant clairement,  il aurait dû renoncer à tous ses attributs féminins sans exception, y compris les plus essentiels, comme ceux permettant de porter un enfant.

Le non-renoncement de Thomas Beatie  a ainsi contribué à créer un individu mutant, ni vraiment femme, ni tout à fait homme, avec toutes les dérives que ça pourrait entraîner par la suite.

Et à moi, à titre tout à fait personnel, cette expérience me fait un peu froid dans le dos…

Alors j’ai envie de revenir à des basiques, des essentiels.

Comme l’une de mes chansons fondatrices.

 

 

 

 

 

Elisabethh

 

 

Le prix de la vie

E.Goldwasser, E.Reguev et Guilad Shalit, encore otage du Hamas
Le 16 juillet dernier , deux cercueils noirs étaient remis à la frontière israélo-libanaise aux émissaires de la Croix-Rouge, en échange de cinq prisonniers vivants et d’apparence triomphante, dont le terroriste libanais Samir Kantar.
Après l’identification des corps et la confirmation par les israéliens qu’il s’agissait bien de ceux d’Ehud Goldwasser et d’Eldad Reguev, deux soldats enlevés par le Hezbollah en juillet 2006, les contrastes se sont faits encore plus frappants.

Côté libanais, aux termes d’une mise en scène savamment réglée, Samir Kantar, vêtu de l’uniforme du Hezbollah (dont il ne faisait même pas partie), accueilli par le cheikh Nasrallah, est apparu aux yeux d’une foule de centaines de milliers de personnes en liesse et criant victoire.
Côté israélien, seuls étaient perceptibles le deuil, les larmes et le recueillement aux obsèques des deux jeunes soldats, dont il a été établi que le décès remontait au jour de leur enlèvement deux ans auparavant. Depuis deux ans donc, le Hezbollah, après avoir enlevé puis assassiné ses deux captifs, maintenait cyniquement le suspense sur leur sort.
Et aujourd’hui, l’échange était présenté comme une grande victoire de la « resistance » libanaise.
Résistance à qui, à quoi, si ce n’est à l’humanité ?

La vie humaine a-t-elle un prix ?
Et ce prix est-il le même, selon que l’on est israélien, ou membre d’une organisation islamique libanaise ?
Quelles valeurs ont inspiré les israéliens qui échangent deux corps assassinés contre des vivants ? Et que penser des valeurs de ces vivants qui, dès leur retour, s’empressent de jurer qu’ils mourront « en martyrs », poursuivant en cela leur incessant combat contre la vie ?

Au-delà de l’actualité et des images, les révoltantes et les poignantes, nous touchons là, au travers du prix accordé à la vie, à la notion même d’humanité.
Car où est-elle, la part d’humanité d’un être qui glorifie la mort, la sienne et celle des autres, et l’utilise comme moyen de servir une idéologie ou un but politique ?
Et inversement, n’y a-t-il pas là une humanité bouleversante , presque désespérée, à accueillir des dépouilles pour les honorer et les rendre à leurs familles, au-delà de l’outrage suprême qui leur a été fait ?

Elisabethh