Raphaël Haïk, conteur d’émotions

 

“Le Miroir”

Avez-vous déjà rencontré un homme-orchestre ?
Si oui, vous êtes vernis.
Si non, tentez votre chance auprès de Rémi Bricka, entre deux dates de sa tournée avec Julien Doré.

Réflexion faite, sautez la case Rémi Bricka, et venez à la découverte de Raphaël Haïk, un vrai touche-à-tout auquel il ne manque que la grosse caisse.

Raphaël est trentenaire, ingénieur de talent, photographe d’émotions, comédien d’improvisation, et il exerce ces trois activités, qui sont aussi trois passions, avec autant de sérieux que de dérision.

Au cours d’un dîner fruité, il m’a raconté son univers coloré.

 

EH   Raphaël, j’imagine qu’on a dû te poser la question assez souvent mais j’assume, est-il nécessaire de faire des études d’ingénieur pour être photographe ? Ou si tu préfères, faut-il être un bon photographe pour être un ingénieur visionnaire ?

RH   Heureusement qu’il ne faut pas être ingénieur pour être photographe !
Moi en tous cas, je suis photographe à l’origine, par simple mimétisme. J’ai commencé parce que mon père avait un appareil, alors je voulais faire comme lui. Au début, je prenais des photos par jeu, et je les entassais dans des boîtes à chaussures.
C’est venu un peu plus tard en tant qu’activité artistique, mais quand ça vient en tant que tel, ça doit s’exprimer. En fait, on peut dire que le goût de la photo en tant que moyen d’expression artistique, est venu chez moi par explosions successives.

EH   Tu as donc toujours fait de la photo, ce n’est pas le numérique qui t’a amené à la photo ?

RH   Non, les prémisses de la passion ont commencé bien avant le numérique. Pendant mes études, je sortais pendant des longues soirées seul dans Paris, pour faire des photos. Je faisais des tirages, et je les agrandissais moi-même, ça me permettait de passer des heures à ne pas réviser mes examens. (Il rit de son rire tonitruant)

Lors de l’exposition que j’ai présentée dans le cadre des Ateliers d’Artistes de Belleville en mai dernier, j’ai mélangé une série de thèmes différents, pris à différentes époques, aussi bien argentiques que numériques, et je me suis rendu compte qu’au fond, même si les séries étaient très différentes, il y avait une véritable unité que je n’avais pas soupçonnée.

EH   Quand es-tu passé au numérique alors ?


RH   En l’an 2000. J’étais en Angleterre et j’ai acheté mon premier appareil numérique, un Canon G1, avec 3 millions de pixels, ce qui était beaucoup à l’époque. Cet appareil avait un écran pivotant, qui donnait des angles de vue incroyables, rappelant ceux des photographes des années 50. En deux ou trois semaines, j’ai fait des centaines de photos, que j’ai postées ensuite sur mon site internet. Elles ont cartonné sur les blogs, c’était très gratifiant pour moi.

EH  Peux-tu me parler de ta formation et de parcours professionnel ? En quoi est-ce de près ou de loin relié à la photo ?

RH   J’ai fait maths sup, maths spé, puis des études d’ingénieur Télecom. J’ai exercé des métiers de consultant en France et en Europe, et je travaille actuellement pour un grand laboratoire pharmaceutique français.
J’adore mon boulot, même s’il n’a en soi aucun lien avec la photo, si ce n’est le caractère parfois technique que ça demande. Humainement, je trouve très intéressant d’avoir à convaincre pour faire passer des idées, des projets, en fait ça m’amuse beaucoup.

EH  Tout t’amuse, non?

RH  (il rit encore de son rire énorme) Oui c’est vrai. J’ai une distanciation générale par rapport aux choses, même au boulot. Cela dit, je n’ai pas manqué d’exporter mon activité de photographe sur mon lieu de travail…Le département dans lequel je travaille est dirigé par un type génial, qui m’a commandé plein de photos pour la boîte. J’ai même fait un poster de tous les employés, qui a été affiché sur le lieu de travail, et distribué à chacun. Et puis surtout, j’ai pu faire une exposition itinérante de ma série sur le Vietnam, « Le Dragon », et cette exposition a été accueillie sur presque tous les sites de mon groupe.

 “Parole”

EH   Par rapport à une activité d’écriture, qui est plutôt une activité d’intériorisation de l’extérieur, puis d’extériorisation à nouveau, dirais-tu que la photographie suit le même flux intérieur-extérieur?

RH   La photo est complètement intérieure aussi, tout en se nourrissant bien sûr de l’extérieur. C’est une activité très pulsionnelle. Les photos qu’on prend quand on se balade, par exemple, on les prend en rafale sans avoir conscience de pourquoi elles nous plaisent. Au Vietnam il y a deux ans, j’ai pris 4000 photos sans savoir pourquoi.
Ensuite, lorsqu’on trie, on commence par jeter les ratées. Puis au fil des écrémages successifs, il en reste une petite poignée, un concentré de concentré de tout ce qui reste, la substantifique moelle en fait. Et au bout du tri, on finit par avoir un accès direct à ce qu’on cherchait au début sans le savoir, et c’est véritablement l’accès direct à notre inconscient. Comme dans une analyse, on est spectateur de ce qu’on découvre au final. Quand je prends des photos, j’expose mon intérieur, alors forcément je prend des risques.

EH   En fait, dans tout ce que tu dis là, on sent bien sûr le fils de maman- psy (de psychiatre-psychanalyste, et non de psychopathe, comme Raphaël me demande de préciser…). Toi tu as véritablement baigné dans un environnement où la verbalisation est importante. Alors dirais-tu que la photo, travail éminemment silencieux, est un petit contrepied à toute cette verbalisation ?

RH   Il est vrai que tout ce que je n’exprime pas par la parole, je l’exprime beaucoup par la photo. Mais au fond, verbalisation ou pas, s’exprimer par l’image procède exactement de la même démarche qu’un travail psy. Cela étant, il faut que je te dise quand même que je ne fais pas de photo pour faire mon analyse !

EH   Alors pourquoi fais-tu de la photo, au fond ?

RH  Avant tout, je fais de la photo pour moi, parce que je regarde les choses différement quand j’ai un appareil entre les mains, ça me permet d’avoir du recul. Quand j’ai mon appareil prêt à déclencher, et que mon esprit est “en mode photo”,  je regarde, j’analyse, je scrute, je cherche, et je déclenche…. sans but précis… en laissant faire mon instinct. Et je regarde avec fébrilité le résultat pour voir ce que ça rend, s’il y a une photo qui sort du lot.

C’est ce résultat que je montre, c’est du concentré de jus d’instinct.

Et puis je suis à la recherche de « la belle photo », de la photo forte. Je veux partager, donner aux gens les photos qu’ils aiment, qui les font vibrer, c’est très valorisant. L’un de mes slogans préférés, c’est « You can see more with one eye than with two » (on peut voir plus avec un œil qu’avec deux). Partager et être reconnu, c’est aussi le but de toute démarche artistique.

EH   Qu’est-ce qui t’inspire le plus ? Comment travailles-tu ?

RH   Ce qui m’inspire, ce sont toujours les émotions. Celles que dégagent les gens rencontrés au cours de mes voyages, mais aussi n’importe quelle émotion, l’humour bien sûr, mais également la tristesse.
Par exemple, je ne prends presque jamais un paysage seul, ça ne m’inspire pas. Mais si dans ce paysage, il y a un petit personnage dessus (comme sur l’une des premières photos que j’ai vendues), alors là le personnage et le paysage véhiculent une émotion et racontent une histoire.

Je détourne aussi beaucoup les objets de leur sens premier, comme par exemple dans une série que j’ai fait en 1997 sur les chaises.

 

“Les vieux amants”
En réalité, dans toutes mes photos, je suis dans la construction d’histoires.
Ma série sur le Vietnam est d’ailleurs complètement construite comme l’histoire de mes émotions ressenties.

EH   Qui sont tes grandes références en matière de photo ?

RH   Les premiers qui m’ont inspiré, ce sont Brassaï et Cartier-Bresson. Brassaï pour ses photos de Paris la nuit, et Cartier-Bresson parce que ses voyages sont magiques. Et comme Cartier-Bresson, je ne retouche pratiquement jamais mes photos. Dans les anciens, j’aime aussi beaucoup Eliott Erwitt (né en 1928) et ses photos à hurler de rire.(http://www.elliotterwitt.com/lang/fr/index.html)

Parmi les photographes plus contemporains, je peux citer un allemand, Andreas Gursky, Martin Parr, notamment ses séries sur les Américains moyens, sur les touristes dans les musées, Jeff Wall et aussi d’autres moins connus comme Philippe Gronon (né en 1964)…

EH   Raphael, tu es également comédien d’improvisation (tu pars d’ailleurs bientôt à Atlanta avec deux compères faire un spectacle d’improvisation NDLR en anglais, s’il-vous plaît !), parle moi de cette activité spécifique et comment, une fois de plus, faire le lien avec celle de photographe ?

RH   Au début, je voulais faire du one-man show. J’adore ce que fait Gad Elmaleh, par exemple. J’ai une vraie passion pour le one-man show, mais apparemment c’est une passion à sens unique, car c’est surtout moi qui l’aime…(rire énorme)
Puis en 2004 j’ai eu une révélation pour le théâtre d’improvisation. Un ami m’a emmené voir la Lifi (Ligue d’Improvisation Française), et j’ai trouvé ça absolument génial. Alors je me suis lancé à fond là-dedans, au point de prendre deux ans de cours, qui m’ont permis de faire deux ans de spectacles sur scène.
Dans l’improvisation, on saute sur scène et on invente une histoire.
Alors tu vois, c’est comme la photo, c’est exactement la même démarche d’inventer des histoires.
Tu me demandais quel était le lien entre les deux…C’est ça le lien, toujours le même, la construction d’histoires. Et de ce lien, j’en ai pris conscience il y a un an à peine, quand je me suis mis à réfléchir sur mon parcours de photographe.

EH   On en revient donc à l’unité dont tu parlais au début…

RH   Exactement, tout se rejoint et finalement, tout est cohérent.

EH   Quels sont tes projets ?

RH   Je peux te parler de mes projets immédiats, les autres sont un peu plus flous.
Du 3 au 30 septembre 2008, j’expose à la Galerie Associative, 13 rue du Cambodge à Paris 20ème. Cette exposition s’intitule Family Business, et présente des objets qui ont une âme et qui me parlent, tout en racontant l’histoire d’une famille.

Ces objets sont très divers et très familiers (il y a une théière, une brouette, des pâtes alimentaires, des poubelles, et même la grande Arche de la Défense), mais ils ont un très grand pouvoir de personnification.
L’impression générale de cette histoire est une impression de malaise et d’angoisse, toutes les photos sont des objets-personnages qui peuplent un univers pesant. Je te rassure, comme je ne peux pas faire autrement, il y aura quand même de l’humour, de l’ironie, et de l’espoir…

 

“Tante Alice”
Mais de façon générale, ces photos sont très métaphoriques, elles ressemblent à des cauchemars d’enfants, quand les objets familiers deviennent sources d’angoisse.
Cette exposition s’inscrit malgré tout dans la lignée des histoires que je fabrique, mais la dimension d’angoisse, qui n’était pas délibérée au départ, est ajoutée par rapport à ce que je fais d’habitude.

EH   Je crois qu’on va tous courir se faire peur en septembre rue du Cambodge…Bon j’ai une dernière question pour toi, et elle est cruciale.
On se connaît depuis un certain temps tous les deux…mais ce que j’ignore, c’est si tu sais toujours marcher des heures sur le sable avec des palmes…

RH   Ca peut s’improviser…Non en fait la seule explication que je trouve, c’est qu’à l’époque mon frère Greg et moi étions fascinés par l’Homme de l’Atlantide…

 

Précipitez-vous sur le site de Raphaël (lien dans la blogoliste).

Vous pouvez aussi le contacter par mail, il est possible qu’il vous réponde…(raphaelhaik@gmail.com)

 

 

 

 

 

 

 

Richard Le Boloc’h, co-auteur d’AOC, Assassinats d’Origine Contrôlée

Richard Le Boloc’h et ses compères, c’est-à-dire son frère Eric et leur ami Yann Marchesseau, sont les co-auteurs du très réussi roman AOC, Assassinats d’Origine Contrôlée (Michel Lafon), qui a fait à l’hiver 2007-2008 une entrée très remarquée sur la scène de la littérature policière française.

Tout en restant fidèles à la tradition et en revendiquant leur filiation avec le polar “à la française”, les auteurs ont entendu renouveler le genre et lui insuffler un souffle de modernité.
Si vous ne l’avez pas encore, procurez-vous d’urgence le livre.
S’il est épuisé (puisqu’il a été un vrai succès…), rongez votre frein jusqu’à la sortie prochaine du deuxième polar des frères Le Boloc’h.

Et dans toutes les hypothèses, connectez-vous sur le site AOC-le roman (lien dans la blogoliste) et, goûtez, à titre d’amuse-gueules, les bandes-annonces offertes ici.

Je fais mon Ardissonne, je vous donne un extrait du pitch officiel.

Célèbre pour ses vestiges médiévaux et la diversité de ses terroirs, la paisible petite ville de Saint-Emilion bascule dans l’horreur à l’approche des vendanges vertes.
Dans cette cité de vignoble où l’héritage ecclésiastique est des plus conséquents, l’assassinat du curé ne manque pas d’échauffer les esprits. L’appartenance de la victime à la confrérie viticole locale constitue-t-elle le mobile du crime?
C’est ce que paraît penser le capitaine de la DIPJ de Bordeaux, Thierry Cuche, pour qui les membres de cet ordre notoire représentent autant de suspects. Alibis fragiles, vieilles rancunes: tous semblent avoir quelque chose à cacher. L’enquête s’intensifie avec l’apparition d’un corbeau et la multiplication des macchabées.
Le cauchemar va commencer. Bientôt, Saint-Emilion sera plus connue pour ses crimes que pour ses crus.

Au prix d’âpres négociations, car il est âpre à la négociation, Richard a accepté de m’accorder une interview.

EH   Richard Le Boloc’h, est-ce uniquement parce qu’on a été à la fac ensemble, fait des jobs d’été ensemble et crevé ensemble une roue sur l’autoroute Paris-Deauville, que tu as accepté d’être mon invité dans les bulles, ou bien y a-t-il une meilleure raison?

RLB  En fait, compte tenu de notre passé calamiteux, ça me fait très plaisir d’être le premier invité de ton blog.

EH:  Tu es bien aimable, merci.

EH:  A ce jour, AOC, Assassinats d’Origine Contrôlée, coécrit avec ton frère Eric le Boloc’h et Yann Marchesseau, roman policier du terroir, est un vrai succès pour un premier roman, puisqu’il s’est écoulé à 28 000 exemplaires. Est-ce à dire qu’il existe un public pour les polars à la française? Comment définirais-tu ton lecteur-type?

RLB   Dans la littérature française, nous n’avons rien inventé, je crois que nous nous inscrivons dans la tradition directe des novelistes du XIXème siècle, genre qui a toujours rencontré un large public suivant les feuilletons publiés quotidiennement dans les journaux. Nous aussi, nous racontons des histoires évolutives. Aujourd’hui encore, il y a un public pour ce type de roman policier français, qui fait partie intégrante de notre culture littéraire. Nous avons remarqué, au cours des nombreuses signatures que nous avons pu faire dans toute la France, que notre lectorat était essentiellement constitué de femmes dans la tranche 35-70 ans.

EH   C’est plus large que la ménagère de moins de 50 ans, alors.

RLB   Oui. En fait je crois tout simplement que les femmes lisent plus que les hommes, et cette constante se retrouve aussi dans le lectorat-type de roman policier. Les hommes lisent plus l’Equipe. (Nous rions ensemble, car évidemment, tout le monde le sait, c’est faux.)

EH   Avec ton frère quasi-siamois Eric, vous travaillez toujours en binôme. Qui est la tête et qui est les jambes?

RLB   Personne, en fait, ou tous les deux. Car on forme vraiment un tout. On n’a pas le même caractère, ni le même vécu, même si bien sûr on a vécu beaucoup de choses communes. Mais moi je suis plus cartésien, Eric est plus intuitif, donc on se complète bien et notre duo est plutôt performant.

EH   AOC a pour scène du crime le vignoble bordelais. Tes coauteurs et toi, vous vous êtes naturellement rendus sur place à Saint-Emilion, pour la préparation de l’intrigue et pour parfaire votre documentation. Alors comme ça, à brûle-pourpoint, peux-tu me dire, Richard (et il y va de ta crédibilité d’auteur de polar de terroir) quel vin du Bordelais accompagne le mieux un coq au vin?

RLB   Epineuse question, car tu te doutes que des dizaines de vins conviendraient. Mais ma préférence, pour la catégorie des Saint-Emilion, irait peut-être au Château Bel Air. Sinon, je recommanderai aussi un vin de table qui s’appelle l’”R de rien”, assez âpre et que j’aime beaucoup, fait dans la tradition des vins bordelais sur le domaine d’un petit propriétaire, François des Ligneris.

EH   J’ai ouï dire (enfin, c’est toi qui me l’as dit…) qu’une adaptation cinématographique d’AOC était en préparation. Vous revenez donc à vos premières amours, puisque le roman était à l’origine un scénario. Avez-vous beaucoup retouché le scénario original depuis le succès du roman? Peux-tu d’ores et déjà nous faire des révélations sur le casting et le réalisateur?

RLB   Non, le scénario original n’a pas encore été remanié, car pour l’instant nous ne sommes pas définitivement fixés sur le support, cinéma ou télévision. Nous avons d’ores et déjà productions ciné et télé intéressées. Donc selon l’une ou l’autre hypothèse, le format sera différent (60 ou 90 minutes), et il faut qu’on attende de savoir quel sera le format adopté pour retoucher le scénario. Pour les mêmes raisons, nous n’avons pas encore le casting, mais des discussions sont en cours.

EH   Les LB Brothers ne tiennent décidément pas en place, puisque vous travaillez également en ce moment à l’écriture de votre prochain polar. Sans dévoiler l’intrigue, peux-tu lever un petit rideau sur le décor?

RLB   Bon, un tout petit rideau alors. C’est une histoire contemporaine qui se passe au sein d’une grande institution française. Baisser de rideau.

EH   Tu es plutôt chiche dans tes révélations. Alors quel pot-de-vin  me donnes-tu en échange de mon silence sur l’identité du ou des coupables, puisque tu es passé à table dernièrement et que moi, je sais?

RLB   Si tu ne veux pas être le premier personnage assassiné du roman, je te conseille de garder le silence. (Il hésite, puis ajoute à contrecoeur) Bon alors, d’accord, j’en dis un peu plus. L’un des personnages est un notaire dénommé Maître Folasse.

EH   Ben voilà! Richard merci vraiment, tu as été grand.

 

 

Méditation, discours et méthode

Tout à l’heure, en ouvrant le tableau d’admin du blog, mes yeux ont clignoté doublement.
La rubrique “Commentaires en attente de modération” affichait en lettres rouges le chiffre “2″.

Bien sûr – et c’était prévisible – les deux commentaires provenaient de la même personne, l’un de mes trois lecteurs…
Le second de ces commentaires, introduit par un cérémonieux “chère Madame”, visait sans doute, fort charitablement, à me faire croire qu’on ne se connaissait pas.
C’était très ingénieux, et ça aurait pu marcher, si l’auteur n’avait signé de ses nom et prénom complets.

Belle tentative, merci, mais cher lecteur, je sais que vous n’êtes toujours que trois-quatre, et je ne m’en offusque pas, je suis d’un tempérament optimiste.

A l’issue d’une longue réflexion, j’ai pris le parti de ne pas publier ces commentaires bidonnés.
Il n’en demeure pas moins que, celui introduit par le fameux “Chère Madame”, réagissant à mon texte L’énergie et la matière”, m’a fait réfléchir.

En effet, il me conseillait affectueusement de canaliser mon inspiration désordonnée, par une technique de méditation visant à m’ancrer les pieds sur terre, ce qui reviendrait finalement à clouer au sol mon discours et sa méthode.

Descartes, par Franz Hals

Oui, mais qu’est-ce que la méditation?

Spontanément, le premier concept qui me vient en tête, et que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, tient en deux mots: Petit Scarabée.

Cet homme, moine de Shaolin, avait un don. Il pouvait dérouiller un individu en trente secondes, puis lui tendre la main pour le relever, et lui proposer une méditation immédiate sur le sens de la vie.

Ou bien était-ce le contraire?

D’abord il lui proposait de méditer une phrase telle que:
Si la pierre tombe sur l’oeuf, malheur à l’oeuf;si l’oeuf tombe sur la pierre, malheur à l’oeuf,

puis si l’autre se montrait dubitatif, il lui expliquait le sens de la vie en le clouant au sol pour canaliser son inspiration.

Est-ce cela, lecteur de ma famille, que tu entendais par “médite pour fixer ton inspiration au sol”?
Tout ceci reste confus dans mon esprit.

Revenons à plus d’académisme.

Le terme méditation (latin meditatio) désigne une pratique mentale ou spirituelle. Elle consiste en une attention portée sur un certain objet de pensée (méditer un principe philosophique par exemple, dans le sens d’en approfondir le sens) ou sur soi (dans le sens de pratique méditative afin de réaliser son identité spirituelle). La méditation implique généralement que le pratiquant amène son attention de façon centripète (oui, source Wikipédia) sur un seul point de référence.

Méditer, serait donc centripéter son attention sur un seul point fixe.

Que nous enseigne cette phrase obscure?
Chacun bien sûr, peut y trouver son propre sens de la vie.

Personnellement, j’y verrai un enseignement fondamental.

Petit Scarabée, pour faire tes devoirs, rédiger tes articles, faire tes rapports, ou écrire tes lettres d’amour, ne copie-colle jamais aveuglément ce que Wikipédia te propose sans un minimum de vérification.

Car si le terme centripéter existe dans la langue française, et signifie:

En physique, qui tend à approcher d’un centre.
Un corps libre qui se meut circulairement est retenu dans son orbite par une force centripète.

En physiologie, en parlant d’un influx nerveux: Qui est transmis de la périphérie vers un centre nerveux
En botanique, qui s’épanouit d’abord à sa base et plus tard à son sommet,

tu t’exposes à beaucoup d’incompréhension en l’utilisant.

Il ne connaissait pas Claude François…

Depuis le malheureux accident qui coûta la vie à Claude François, tout le monde sait qu’il est dangereux d’associer matière liquide et engin électrique.
Enfin presque tout le monde.

Un instituteur polonais voyageant en Angleterre, a tragiquement perdu la vie le 23 juillet dernier à Londres, après avoir uriné sur un rail électrifié dans la gare de Vauxhall.

Les secours dépêchés sur place n’ont pas pu sauver la victime, et l’homme est décédé sur les lieux de l’accident.

Il semble que le touriste polonais ignorait que certaines lignes de chemin de fer anglaises sont électrifiées.
Il est à peu près certain qu’il n’était pas le seul ignorant, car chaque année plusieurs personnes, sans doute militants anti-trains (car comment expliquer autrement l’idée un peu étrange d’aller uriner exprès sur des lignes de chemin de fer?) s’électrocutent et décèdent Outre-Manche dans les mêmes conditions.

Certaines morts sont plus absurdes que d’autres, nous en voyons encore un triste exemple.

L’énergie et la matière

A peine Des mots dans les bulles en ligne, et je m’aperçois de la difficulté de l’entreprise: il faut produire.
Et produire tous les jours.
Et si possible des productions variées, originales, inédites, intéressantes, donc susceptibles d’intéresser un tant soit peu la toute petite planète de mes visiteurs. Lesdits visiteurs étant, à l’heure où j’écris, au nombre de trois, et faisant partie de ma très proche famille.

Produire, oui.
Mais de nature, je suis une personne un peu dispersée dans mes envies et mes centres d’intérêt.
Alors qu’il aurait été tellement plus facile et plus évident, pour moi, d’avoir une passion unique et ciblée autour de laquelle j’aurais fait tourner ma planète. La pêche à la mouche, la civilisation étrusque, la musique d’Adam de la Halle, ce genre d’obsession, si je l’avais eue, aurait sans nul doute résolu tous mes problèmes.
Au lieu de cela, je dois au contraire régulièrement trouver de la nouveauté pour alimenter mes bulles, ou plutôt faire une sélection dans toutes mes envies dispersées, ce qui, au bout du compte, revient au même.

Je me pose deux minutes, et je réfléchis à l’ironie de ma situation.
Mon premier article pour la catégorie Mes bulles intérieures (cette catégorie étant la plus “intime” de toutes), évoque le manque de matière né d’un trop-plein de matière. De vous à moi, je pouvais rêver mieux, comme entrée en matière.

D’ailleurs, il est désespérant de constater que même la phrase qui précède n’a aucun sens.
Sauf à considérer que matière et énergie sont équivalentes, auquel cas en appliquant à mon pauvre cas une formule qui me vient à l’esprit, E=mc², toute l’énergie que je mets à expliciter ma pensée serait, à elle seule, une vraie matière.

Je relativise ici mes propos, puisqu’il le faut.

Et je tiens à rassurer mes trois lecteurs.
Non, je ne suis pas déjà en panne d’inspiration avant même d’avoir commencé les choses sérieuses, c’est même tout le contraire:j’ai un excès d’inspiration qui m’obstrue l’inspiration.

Je me pose encore deux minutes de plus.

C’est fou, quand on y pense, ces obligations qu’on se crée alors même que rien ne nous y contraint, que personne ne nous y pousse, et que d’ailleurs tout le monde s’en tamponne le coquillard (j’adore cette expression).

Car au fond et en clair, que serait le monde sans Des mots dans les bulles?
Tout pareil. Le monde.
Et vous, que seriez-vous sans Des mots dans les bulles
Tout pareil aussi. Vous, tous autant que vous êtes.
Et moi?
Presque pareille. Les yeux qui clignotent en moins.

Et pourtant, pourtant…
J’ai déjà envie d’écrire un autre article, je ne dois donc pas être tout à fait normale.

Une amie qui écrit aussi, m’a dit, un jour: “j’écris parce que je ne peux pas faire autrement.”
Et moi?
Tout pareil.

Elisabethh.

Alex, l’un des plus grands spécialistes actuels de World of Warcraft

Animé d’un enthousiasme sans faille, riche d’innombrables heures de pratique assidue, Alex a acquis une expertise certaine du jeu en ligne World of Worcraft.

Il a tenu à être le premier invité des Mots dans les Bulles pour parler de sa passion.
Il en parle avec ses mots…

Elisabethh.

Yop tout le monde, je vais vous parler d’un jeu qui s’appelle World of warcraft.

C’est un MMORPG (jeu en ligne massivement multijoueur)dans une ambiance médiévale sur PC/MAC dont le but est de créer un personnage et de le faire évoluer. Tout d’abord, vous devrez choisir votre camp : la Horde ou l’Alliance.

La Horde regroupe 5 races de personnages: les Orcs, les Trolls, les Taurens, les Morts-vivants et les Elfes de sang.
L’Alliance regroupe également 5 races de personnages: les Humains, les Nains, les Gnomes, les Elfes de la nuit et les Draeneï. Vous pourrez choisir le sexe de votre personnage et vous pourrez choisir une coiffure, son visage etc… .

Ensuite, vous devrez choisir votre classe, c’est-à-dire quel type de combattant vous serez:

-Le chasseur (se bat avec un arc, un fusil ou une arbalète, il peut dompter une bête et il est assez résistant)
-Le guerrier (se bat avec une arme de corps a corps, ses coups sont lents, mais puissants et il est très résistant)
-Le voleur (se bat avec une arme de corps à corps dans chaque main, il tape très vite et fait beaucoup de dégats sur un long combat, mais il est assez fragile)
-Le paladin (se bat avec une arme à deux mains de corps à corps, il utilise des sorts de la lumière, il peut encaisser beaucoup de coups, il est très résistant, il peut soigner ses amis, mais il ne fait pas beaucoup de dégats, c’est une classe polyvalente)
-Le druide (peut se transformer en tigre ou en ours pour attaquer ou peut lancer des sorts à distance, et peut soigner ses amis, c’est une classe polyvalente)
-Le chaman (peut attaquer au corps à corps avec une arme à 2 mains ou une armes dans chaque mains ou bien il peut attaquer avec des sorts à distance et il peut soigner ses amis, il est assez résistant, c’est une classe polyvalente)
-Le mage (ne se bat qu’avec des sorts à distance, ce sont des sorts directs, il fait énormément de dégats, mais il a une défense pourrie)
-Le démoniste (ne se bat qu’avec des sorts à distance, ce sont des sorts sur la durée, il fait pas mal de dégats et peut invoquer un démon pour l’aider, mais il a une défense quasiment comme celle du mage)
-Le prêtre (il est fait pour servir de soigneur du groupe, dans les aventures, mais il peut aussi faire des dégats des ombres moyennement forts, mais il a une défense pourrie)
-Le chevalier de la mort (il sera disponible dans la prochaine extension de world of warcraft, vers novembre-décembre)

A partir du niveau 10, vous pourrez choisir une spécialisation pour votre personnage.

Il y a au total 70 niveaux (80 quand l’extension sortira) et de nombreuses quêtes pour faire monter l’expérience, et de nombreux donjons à explorer.

Oserez-vous vous lancer dans l’aventure?

Alex

Yaron Herman, un ovni sur la planète piano jazz


Lorsqu’on écoute le dernier CD de Yaron Herman, A time for everything, on se trouve plongé dans un univers parallèle qui n’appartient à aucune case.
A une liberté d’improvision qui n’est pas sans rappeler celle de Keith Jarrett (sa grande référence), Yaron, pianiste surdoué, ajoute de la pétillance, de l’humour, et se permet de revisiter des standards du rock et de la pop, tels que Message in the bottle de Police, ou encore Hallelujah de Léonard Cohen, et même, comme sa grande amie Yael Naim, un surprenant Toxic de Britney Spears…

Lorsqu’on assiste à un concert de Yaron Herman, ce mélange entre introspection et fantaisie, profondeur et auto-dérision permanente, se retrouve.
Et le sentiment d’avoir assisté à un véritable évènement, demeure.
Car Yaron Herman est un phénomène, comme il n’en existe qu’un ou deux par génération.
Il tourne en concert un peu partout en France cet été, c’est une occasion unique de découvrir un très grand jazzman, révélation de l’année 2007 en France.

Elisabethh.

Petit extrait de sa biographie telle qu’elle figure sur son site officiel (lien direct dans la blogoliste), qu’il faut impérativement visiter.

Yaron Herman est né le 12 juillet 1981 à Tel-Aviv.
Il commence le piano relativement tard à l’âge de 16 ans, ayant pour professeur le célèbre Opher Brayer, connu pour sa méthode d’enseignement basée sur la philosophie, les mathématiques, la psychologie…Deux ans plus tard seulement, Yaron gagne le prestigieux prix Rimon dans la catégorie « Jeune talent ».

Il s’agit là d’un cas unique dans l’histoire de la musique et du piano, d’une révélation et d’une fulgurance des plus étonnantes, certainement dû à la précocité, et l’intelligence d’un enfant surdoué. Yaron donne des concerts dans les plus prestigieuses salles de concert en Israël (Musée de Tel-Aviv, The Tel-Aviv Cinematek, The Camelot, Givataim Théêtre, Einav Center).

A 19 ans, Yaron part à Boston, où il compte bien fréquenter la Berklee College School of Music. Le jeune homme avide de connaissances et de découvertes n’y trouve pas la matière et l’inspiration, dans un système fondé sur la compétition au détriment de l’épanouissement individuel. Il décide de rentrer à Tel-Aviv deux mois après, et fait une brève halte à Paris lors de son voyage retour. Il rencontre, le soir même, quelques musiciens lors d’une Jam-session, et se retrouve immédiatement engagé le lendemain. Il ne quittera plus Paris dès lors. C’est une période de rencontres, d’échanges musicaux, et Yaron commence à se faire un nom dans le milieu musical parisien.

Il étonne par sa précocité, son talent, sa fougue, et devient vite le pianiste dont tout le monde parle avec admiration et stupéfaction. Il reçoit le Trophée « Nouveaux talents » du Sunside, à l’unanimité du Jury. A l’âge de 21 ans, il enregistre pour le Label Sketch son premier disque « Takes 2 to know 1 » aux côtés du batteur Sylvain Ghio, son compère et ami de toujours. Là encore la formule (piano/batterie) surprend, étonne et reçoit une critique unanime de la presse. Le disque est en play-list et en sélection sur TSF, est « un coup de cœur » sur France Infos, le concert inaugural est retransmis sur France Musiques. Là où les Majors débarquent avec une débauche de moyens publicitaires, de marketing et de promo, Yaron fait un pied de nez singulier, basé sur la seule musique pour séduire une presse parisienne pourtant très courtisée.

Georges Avakian, producteur de la session mythique « Kind of Blue » de Miles Davis, et des premiers enregistrements de Keith Jarrett, sollicité pour donner ses impressions sur la musique de ce prodige a la formule courte et percutante « Yaron is the real thing ».

Plus surprenante encore est la profondeur de la démarche du pianiste. Il développe une théorie musicale de l’improvisation appelée « Real Time Composition » qui lui vaudra d’animer un cycle de conférences à la Sorbonne, invité par Laurent Cugny.

La musique, la philosophie, les mathématiques se rejoignent sur le terrain où le musicien devient expert et un professeur très écouté. Il analyse brillamment la musique de ses maîtres, et notamment Keith Jarrett. On pourrait citer Paul Bley, John Coltrane, Lennie Tristano, mais aussi Bach comme des influences majeures de sa musique, sans oublier le folklore traditionnel de ses origines, et la musique pop de sa génération (Björk, Beasty Boys…).

Moon River

Hatikvah avec Michel Portal

Toxic

Les Indiens et moi…

…ça ne s’explique pas…
Déjà toute petite, lorsque je regardais un western, j’étais toujours du côté des Indiens, même s’ils étaient présentés comme les “bad guys” du film, même lorsqu’ils attaquaient les convois avec femmes et enfants. Toujours, je me répétais qu’à eux, les Indiens, on avait volé leur terre, on les avait trahis et massacrés, il y avait donc des raisons à leur colère.

Au massacre physique proprement dit, a succédé le massacre culturel, la tentative d’annihilation de toute identité culturelle indienne par l’assimilation de masse.
Dans les écoles indiennes, les enfants privés de leurs racines et coupés de leurs familles, avaient interdiction de parler la langue de leurs ancêtres, de conserver leur culture, leurs costumes traditionnels, de garder longs leurs cheveux, tandis que dans les réserves, toujours, régnaient la misère et le désespoir.
Ce n’est que dans les années 70 que les premiers mouvements pour la reconnaissance de l’identité indienne et la réhabilitation de leur culture, ont vu le jour.
Russell Means, en proclamant la république des Lakotas, a fait encore un pas symbolique en ce sens, même si cette initiative peut paraître utopique et isolée.

Les Etats-Unis sont une grande nation, la première grande démocratie moderne, admirable à de nombreux égards.
Mais de façon indélébile, la profonde injustice faite aux Indiens, premiers habitants du territoire, demeure.

De façon irrationnelle, presque viscérale, un élan m’a toujours poussée vers les Indiens d’Amérique, à l’origine fiers et libres, puis chassés de leurs terres, calomniés, incompris, victimes d’une insupportable injustice.

Je n’explique pas cet élan, mais je vibre avec eux.

Elisabethh

Russell Means et les Lakotas

Le 20 décembre 2007, un groupe portant le nom de Freedom Lakota, dirigé par Russell Means, a fait sécession avec les Etats-Unis et proclamé à Washington l’indépendance des Lakota (l’autre nom des Sioux). Dans une note remise au ministère des Affaires étrangères des États-Unis, ont été dénoncés l’ensemble des trente-trois traités signés avec les États-Unis, traités régulièrement violés par le gouvernement fédéral, dont un certain nombre est vieux de plus de 150 ans.
Cette République engloberait une partie du Nebraska, du Dakota du Sud, du Dakota du Nord, du Montana et du Wyoming, soit tout l’ancien territoire historique des Lakota.
La dénonciation des traités se fonde sur l’article 6 de la Constitution des États-Unis et sur la Convention de Vienne signée par les États-Unis.
Toutefois, la légitimité de Russell Means ne repose sur aucun mandat politique, son action est donc symbolique et vise à attirer l’attention nationale et internationale sur la grande injustice faite à son peuple depuis les débuts de la conquête de l’Ouest au XIXème siècle.

Russell Means a annoncé que la République des Lakotas délivrerait ses propres passeports et ses propres permis de conduire, et qu’en raison de la renonciation à la citoyenneté américaine, l’assujettissement à tout forme d’impôt émanant de l’état du Dakota du sud ou de l’état fédéral tomberait. A ce jour, le gouvernement américain n’a pas réagi à cette déclaration d’indépendance. Il semblerait aussi que le mouvement n’ait pas fait l’unanimité au sein de la population lakota.

Qui est Russell Means?

Russell Means, un Sioux Lakota Oglala, est né à la réserve de Pine Ridge (Dakota du Sud) en 1939, mais sa famille s’établit à San Francisco en 1942

En 1968, Means rejoint l’AIM (American Indian Movement) et devient rapidement l’un de ses leaders les plus influents. L’année suivante, Means fait partie du groupe d’Indiens qui occuperont l’île d’Alcatraz pendant 19 mois. Il devient en 1970 le premier directeur national de l’AIM, et organise, au cours des années 70, plusieurs occupations symboliques et spectaculaires, comme celle du Mont Rushmore(1970), du Bureau des Affaires Indiennes de Washington (1972), et en 1973 celle du site du massacre de Wounded Knee.
Dans les années 80, l’AIM connaît de grave divisions, Means, contesté, s’en éloigne, et se rapproche du Parti Libertaire, qui lutte pour les droits des minorités.

De façon générale, depuis la fin des années 70, Russell Means a souvent soutenu la cause d’autres minorités luttant pour leur indépendance, ce qui a pu lui être reproché par d’autres leaders de l’AIM. Ainsi en 1986, il fait le déplacement au Nicaragua pour exprimer son soutien aux indiens Miskito, qui étaient alliés des Etats-Unis et de la guérilla contre le gouvernement nicaraguayen. In 1987, Means fait campagne pour la présidence du Parti Libertaire,remporte un grand soutien, mais finit par perdre les élections au profit du membre du Congrès Ron Paul.

Pour Russel Means, être désigné par le vocable “American Indian” est préférable et plus juste que le politiquement correct “Native American.”, car “quiconque est né en Amérique est un Native American, dit-il. Selon lui, l’utilisation du mot “Indien” ne proviendrait pas, comme on l’a cru, d’une confusion avec les habitants des Indes, mais de l’expression italienne “indios”, qui signifie “en Dieu” ou “ainsi que Dieu les a faits”. Il considère également que, dans la mesure où les traités et autres documents légaux se réfèrent aux “indiens” et non aux “native americans”, toute procédure judiciaire visant à dénoncer de tels documents se doit de reprendre les mêmes termes.

On peut reprocher parfois à Russell Means ses positions extrêmes, et même parfois ses sympathies.
Il n’en demeure pas moins qu’en tant que porte-voix de la cause indienne, il a largement sa place au Panthéon des héros de ce peuple. Il est d’ailleurs considéré comme l’indien le plus célèbre depuis Sitting Bull, ce qui lui a valu d’être immortalisé par Andy Warhol dans ses American Indian Series de 1976 (tableau de la collection du Dayton Art Institute).

Russell Means, acteur
Russell Means entame une carrière d’acteur en 1992 dans le Dernier des Mohicans, avec le rôle du chef Chingachgook. Il a également participé à la mini-série évènement produite par Steven Spielberg, Into the West.

L’histoire des Lakota, de la souveraineté à la dépossession. (source Wikipedia)

Les Lakotas (ou Lakhota ou Lak’ota), sont une tribu autochtone américaine mieux connue en français sous le nom de Sioux. Ils forment un groupe de sept tribus (“la Grande Nation Sioux”).

Les Lakotas vivent dans le Dakota du Nord et le Dakota du Sud (États-Unis). Les sept branches lakotas sont : Brulé, Oglala, Sans Arcs, Hunkpapa, Mnikowoju, Siksika (Pieds-Noirs et Chaudière).

Les Sioux ont adopté le cheval au début du XVIIIe siècle. Leur société était centrée autour du bison. Il ne restait que 20 000 Lakotas au milieu du XVIIIe siècle. Leur nombre est maintenant 70 000, dont 20 500 parlent leur langue ancestrale.

Les Lakotas ont connu avec l’arrivée des Blancs des épidémies puis des massacres. Plusieurs traités ont été signés au fil du temps entre leur Nation et les colons, mais ceux-ci ne les respectèrent pas, et le territoire attribué aux Lakotas ne cessa de diminuer, cette diminution, ajoutée au massacre des bisons, entraînant des famines.

Aujourd’hui, les Lakotas vivent pour la plupart dans les cinq réserves du Sud-Ouest du Dakota : Rosebud (où vivent les Sicangu ou Brûlés), Pine Ridge (où vivent les Oglala), Lower Brulé (où vivent les Lower Sicangu), Cheyenne River (où vivent plusieurs autres des sept tribus Lakotas, dont les Pieds-noirs et les Honkepapa), et Standing Rock (qui est aussi peuplée par plusieurs tribus).

Mais on trouve aussi des Lakotas dans le Nord dans la réserve Fort Peck du Montana, celle de Fort Berthold du Nord-Ouest du Dakota du Nord, et dans plusieurs petites réserves de la Saskatchewan et du Manitoba, où leurs ancêtres arrivèrent après la guerre des Collines Noires. Un grand nombre de Sioux vivent aussi à Rapid City et autres villes des Collines noires et dans la région de Denver.

Étymologie: Le mot lakhóta signifie à l’origine « sentiment d’affection, amitié, unité, allié ».

Historiquement les Lakota ont 7 “sous-tribus” divisées en communautés et sous-communautés.

Le massacre de Wounded Knee
Le massacre de Wounded Knee eut lieu dans le Dakota du Sud le 29 décembre 1890. Environ 200 indiens de la tribu Lakota Minneconjou des Sioux (dont plusieurs dizaines de femmes et d’enfants) furent décimés par l’armée des États-Unis. Le terme de “massacre” fut employé par le Général Nelson A. Miles dans une lettre du 13 mars 1917 au commissaire aux affaires indiennes.

Cinq cents soldats du 7e régiment de cavalerie des États-Unis, appuyé par quatre mitrailleuses Hotchkiss encerclèrent un campement d’indien Lakota avec ordre de les convoyer en train vers Omaha dans le Nebraska. Le commandant du 7e avait reçu l’ordre de procéder à un désarmement préalable. Il existe différentes versions du massacre mais les historiens s’accordent sur le fait que les tirs ont commencé pendant le désarmement des Indiens. Un coup de fusil a retenti et les Indiens, désarmés et encerclés, ont été mitraillés. Vingt-cinq soldats de la cavalerie ainsi que 153 indiens Sioux ont alors été tués, y compris 62 femmes et enfants. Les cadavres indiens furent enterrés dans une fosse commune sur le lieu du massacre. D’autres Sioux sont morts de leurs blessures ultérieurement. Les soldats tirant de quatre cotés à la fois, certaines des victimes militaires ont probablement été touchées par leurs camarades.

Le contexte avant Wounded Knee
En février 1890, le gouvernement des États-Unis avait rompu un traité passé avec les Lakota en divisant la Grande réserve Sioux de l’État du Dakota du Sud (qui englobait la plus grande partie de l’État) en cinq réserves dont la totalité était plus petite. Cette trahison intervint dans le but de satisfaire les intérêts des propriétaires de l’Est et était conforme à la politique clairement affichée du gouvernement “de rompre les relations tribales” en obligeant “les Indiens à se conformer au mode de vie de l’homme blanc, pacifiquement si possible ou sinon par la force”.

Une fois les réserves “ajustées”, les tribus furent séparées en unités familiales sur des parcelles de terrain de 320 acres. En raison de la sécheresse, les récoltes de 1890 se révélèrent insuffisantes pour assurer l’alimentation des Sioux, et ce alors même que le gouvernement avait réduit les rations de moitié. Le bison ayant été pratiquement éradiqué de la plaine quelques années plus tôt, les Sioux furent affamés.

La Danse des esprits (Ghost Dance)
En 1890, Jack Wilson, un chef religieux indien connu sous le nom de Wovoka déclara que pendant l’éclipse totale du soleil du 1er janvier 1889, il avait reçu la révélation d’être le Messie de son peuple. Le mouvement spirituel qu’il créa devint connu sous le nom de “Danse des esprits” (Ghost Dance), mélange syncrétique de spiritualisme Paiute et de christianisme Shaker. Bien que Wilson ait prédit la disparition des hommes blancs, il a également enseigné que jusqu’au jour du Jugement dernier, les amérindiens devaient vivre en paix et ne pas refuser de travailler pour les blancs.

Chez les Sioux, les deux premiers convertis à cette nouvelle religion furent Kicking Bear et Short Bull, de la réserve de Pine Ridge.
La danse des Esprits se propagea rapidement chez les Sioux, démoralisés et affamés. Effrayés, les agents indiens demandèrent l’aide de l’armée. Bien que la majorité des Indiens de la réserve de Pine Ridge ait été convertie, le chef Sitting Bull n’en faisait pas partie. Cependant, ayant garanti la liberté religieuse, il s’attira les foudres du Général Miles, qui ordonna son arrestation. 43 policiers indiens essayèrent de l’arrêter le 15 décembre 1890 à la “Standing Rock Agency”. Pour des raisons peu claires, une fusillade suivit et Sitting Bull fut parmi les douze tués.

Après la mort de leur chef, 400 Hunkpapa Lakota fuirent à la réserve indienne de Cheyenne River des Lakota Minniconjou. 38 Hunkpapa Lakota du village de Sitting Bull trouvèrent refuge au campement des Lakota Minniconjou de Big Foot dans la réserve de Cheyenne River. Miles ordonna aussitôt l’arrestation de Big Foot mais l’armée temporisa, espérant que sa réputation de pacifiste préviendrait les hostilités. Quand les Hunkpapa arrivèrent, apeurés par l’arrivée de nombreux soldats dans la réserve, les 300 Minniconjous décident d’abandonner leur village et de rejoindre le chef Red Cloud (qui ne faisait pas partie du mouvement de la Danse des Esprits) à l’agence de Pine Ridge.

Ignorant les intentions des Indiens, et craignant que la destination de Big Foot ne soit le bastion des danseurs des Esprits dans les Bad Lands, le général Miles déploya le 6e et le 9e régiment de cavalerie pour bloquer les Minniconjou.

Le clan de Big Foot fut intercepté par le Major Samuel Whitside et environ 200 hommes du 7ème régiment de cavalerie (massacré à Little Big Horn par les Sioux 14 ans auparavant). Whitside transfèra Big Foot (qui souffrait d’une sévère pneumonie) vers une ambulance de campagne et escorta les Lakota à leur camp pour la nuit à Wounded Knee Creek. L’armée fournit aux Lakota des tentes et des rations. Les Indiens furent comptés : 120 hommes et 230 femmes et enfants.

Le matin suivant, les Lakota trouvèrent face à eux le reste du régiment, avec son commandant, le colonel James W. Forsyth, arrivé pendant la nuit, ainsi qu’une batterie de canons Hotchkiss du 1er régiment d’artillerie. Les armes étaient disposées sur une petite colline surplombant le campement. Forsyth informa Whitside que les Lakota devaient être transférés dans un camp militaire à Omaha dans le Nebraska.
Le massacre eut lieu au matin.

Conséquences
Une fois la tempête de neige calmée, les militaires embauchèrent des civils pour enterrer les victimes Lakota. 146 Lakota ont été ainsi enterrés dans une fosse commune : 84 hommes et garçons, 44 femmes, et 18 enfants. De plus, 7 blessés Lakota sont morts à l’hôpital de Pine Ridge des suites de leurs blessures.

Le Colonel Forsyth, désavoué par le Général Nelson Miles, fut immédiatement relevé de son commandement. Une enquête militaire approfondie menée par Miles critiqua les dispositions tactiques prises par Forsyth tout en l’exonérant de sa responsabilité. Le Secrétaire à la guerre rétablit alors Forsyth dans son commandement du 7e régiment de cavalerie. La cour a jugea que, pour la plupart, les soldats de la cavalerie avaient essayé d’éviter les atteintes aux non-combattants. Néanmoins Miles continua à critiquer Forsyth qui selon lui avait délibérément désobéi aux ordres. C’est du général Miles que vient l’opinion selon laquelle Wounded Knee est un massacre délibéré plutôt qu’une tragédie provoquée par des décisions malheureuses (l’opinion publique américaine étant alors généralement favorable à Forsyth).

Vingt “médailles d’honneur” furent attribuées à des soldats du 7e de cavalerie pour leur conduite durant le massacre.
Aujourd’hui, les Indiens réclament toujours leur requalification en “médailles du déshonneur”.

Bury my heart at Wounded Knee

A la fin du XXe siècle, les critiques se firent plus vives. Beaucoup considèrent l’évènement comme une des plus grandes atrocités de l’histoire des États-Unis. Il a été commémoré par la chanson engagée “Bury My Heart at Wounded Knee” (“Enterre mon cœur à Wounded Knee”) écrit par Buffy Sainte-Marie. Il est aussi le sujet d’un livre à succès de l’historien Dee Brown publié en 1971 :”Enterre mon cœur à Wounded Knee : la longue marche des Indiens vers la mort” (Bury my heart at Wounded Knee, an Indian history of the American West). New York : Holt, Rinehart & Winston.
En 2007 a été tirée de ce livre la mini-série évènement de HBO, 17 fois nommée aux Grammy Awards.
A voir également sur l’histoire de la conquête de l’Ouest, l’autre mini-série évènement produite par Steven Spielberg, Into the West.

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Et parce que la musique, au-delà des mots, reste, Johnny Cash a, avec ses notes graves et sa voix, raconté Wounded Knee…

Le prix de la vie

E.Goldwasser, E.Reguev et Guilad Shalit, encore otage du Hamas
Le 16 juillet dernier , deux cercueils noirs étaient remis à la frontière israélo-libanaise aux émissaires de la Croix-Rouge, en échange de cinq prisonniers vivants et d’apparence triomphante, dont le terroriste libanais Samir Kantar.
Après l’identification des corps et la confirmation par les israéliens qu’il s’agissait bien de ceux d’Ehud Goldwasser et d’Eldad Reguev, deux soldats enlevés par le Hezbollah en juillet 2006, les contrastes se sont faits encore plus frappants.

Côté libanais, aux termes d’une mise en scène savamment réglée, Samir Kantar, vêtu de l’uniforme du Hezbollah (dont il ne faisait même pas partie), accueilli par le cheikh Nasrallah, est apparu aux yeux d’une foule de centaines de milliers de personnes en liesse et criant victoire.
Côté israélien, seuls étaient perceptibles le deuil, les larmes et le recueillement aux obsèques des deux jeunes soldats, dont il a été établi que le décès remontait au jour de leur enlèvement deux ans auparavant. Depuis deux ans donc, le Hezbollah, après avoir enlevé puis assassiné ses deux captifs, maintenait cyniquement le suspense sur leur sort.
Et aujourd’hui, l’échange était présenté comme une grande victoire de la « resistance » libanaise.
Résistance à qui, à quoi, si ce n’est à l’humanité ?

La vie humaine a-t-elle un prix ?
Et ce prix est-il le même, selon que l’on est israélien, ou membre d’une organisation islamique libanaise ?
Quelles valeurs ont inspiré les israéliens qui échangent deux corps assassinés contre des vivants ? Et que penser des valeurs de ces vivants qui, dès leur retour, s’empressent de jurer qu’ils mourront « en martyrs », poursuivant en cela leur incessant combat contre la vie ?

Au-delà de l’actualité et des images, les révoltantes et les poignantes, nous touchons là, au travers du prix accordé à la vie, à la notion même d’humanité.
Car où est-elle, la part d’humanité d’un être qui glorifie la mort, la sienne et celle des autres, et l’utilise comme moyen de servir une idéologie ou un but politique ?
Et inversement, n’y a-t-il pas là une humanité bouleversante , presque désespérée, à accueillir des dépouilles pour les honorer et les rendre à leurs familles, au-delà de l’outrage suprême qui leur a été fait ?

Elisabethh