14 déc
Les périodes de bonheur
Tout le monde s’apprête pour le grand bonheur annuel.
Car il est obligatoire, une semaine par an, entre deux plaques de verglas, d’être heureux et surtout de le paraître, de scintiller de mille feux, et d’attendrir son estomac par des agapes hyper-cholestérolémiques.
Je réfléchissais au paradoxe du bonheur obligatoire, en cette période d’avant fêtes.
Mais si j’observe cette pratique avec scepticisme, je ne porte aucun jugement sur ceux qui jouent son jeu, car elle est le fruit d’un conditionnement familial et social, dont chacun s’accommode ou se sort comme il peut.
Pourtant, le jeu du bonheur social peut être hautement anxiogène pour ceux qui ne parviennent pas à l’atteindre, alors que le bonheur authentique, celui qui nous imprègne de façon évidente sans diktat du calendrier, relève du pur moment de grâce.
Comment constate-t-on qu’on est vraiment heureux?
Bien sûr il ne s’agit pas de poser une définition manichéenne du bonheur, et de le diviser en deux catégories non équivalentes.
Mais sans être binaire, on remarque qu’il existe la même différence entre le factice bonheur social et le moment de bonheur authentique, qu’entre le cadeau annuel à date imposée et le cadeau spontané, sans autre raison que celle de l’élan affectueux ou amoureux.
Un cadeau pour rien, juste pour l’amour, c’est le petit plus qui illumine. Ce qui n’enlève rien à la qualité d’un cadeau choisi avec amour à une date imposée, mais qui le rend sans doute moins exaltant puisque convenu.
Au cours d’une vie, il peut exister des périodes sombres, au cours desquelles la douleur semble installée comme une loi des séries, chagrin après chagrin.
Et puis, parce qu’aucun état ne dure, pas même la souffrance, la page douloureuse se tourne, nécessairement.
Un jour, on fait le constat qu’il y avait longtemps, très longtemps même, que l’horizon n’avait été aussi dégagé. Aussi loin qu’on regarde, les perspectives de bonheurs s’additionnent en une constellation nouvelle.
Parce qu’on a connu des périodes sombres, on reconnaît le bonheur qui s’imprègne à nouveau, profondément. Alors il ne faut pas bouder son plaisir, et laisser agir en profondeur.
Et je n’évoque pas ici le bonheur en tant que notion philosophique, mais bien l’état émotionnel, le ressenti de bonheur.
Ressentir le bonheur quand il vient, veiller à en accueillir chaque moment, c’est précieux.
Plus qu’une série de réjouissances annuelles organisées dans lesquelles chacun devrait trouver son compte, il faut se souvenir de chaque moment de grâce quels que soient son lieu et sa date, et le ranger avec tous les autres au chaud de soi.







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