Les périodes de bonheur

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Tout le monde s’apprête pour le grand bonheur annuel.

Car il est obligatoire, une semaine par an, entre deux plaques de verglas, d’être heureux et surtout de le paraître, de scintiller de mille feux, et d’attendrir son estomac par des agapes hyper-cholestérolémiques.

Je réfléchissais au paradoxe du bonheur obligatoire, en cette période d’avant fêtes.

Mais si j’observe cette pratique avec scepticisme, je ne porte aucun jugement sur ceux qui jouent son jeu, car elle est le fruit d’un conditionnement familial et social, dont chacun s’accommode ou se sort comme il peut.

Pourtant, le jeu du bonheur social peut être hautement anxiogène pour ceux qui ne parviennent pas à l’atteindre, alors que le bonheur authentique, celui qui nous imprègne de façon évidente sans diktat du calendrier, relève du pur moment de grâce.

Comment constate-t-on qu’on est vraiment heureux?

Bien sûr il ne s’agit pas de poser une définition manichéenne du bonheur, et de le diviser en deux catégories non équivalentes.

Mais sans être binaire, on remarque qu’il existe la même différence entre le factice bonheur social et le moment de bonheur authentique, qu’entre le cadeau annuel à date imposée et le cadeau spontané, sans autre raison que celle de l’élan affectueux ou amoureux.

Un cadeau pour rien, juste pour l’amour, c’est le petit plus qui illumine. Ce qui n’enlève rien à la qualité d’un cadeau choisi avec amour à une date imposée, mais qui le rend sans doute moins exaltant puisque convenu.

Au cours d’une vie, il peut exister des périodes sombres, au cours desquelles la douleur semble installée comme une loi des séries, chagrin après chagrin.

Et puis, parce qu’aucun état ne dure, pas même la souffrance, la page douloureuse se tourne, nécessairement.

Un jour, on fait le constat qu’il y avait longtemps, très longtemps même, que l’horizon n’avait été aussi dégagé. Aussi loin qu’on regarde, les perspectives de bonheurs s’additionnent en une constellation nouvelle.

Parce qu’on a connu des périodes sombres, on reconnaît le bonheur qui s’imprègne à nouveau, profondément. Alors il ne faut pas bouder son plaisir, et laisser agir en profondeur.

Et je n’évoque pas ici le bonheur en tant que notion philosophique, mais bien l’état émotionnel, le ressenti de bonheur.

Ressentir le bonheur quand il vient, veiller à en accueillir chaque moment, c’est précieux.

Plus qu’une série de réjouissances annuelles organisées dans lesquelles chacun devrait trouver son compte, il faut se souvenir de chaque moment de grâce quels que soient son lieu et sa date, et le ranger avec tous les autres au chaud de soi.

Donny Hathaway, une âme soul authentique

Donny Hathaway Donny Hathaway a traversé les années 70 comme une comète. Moins connu que les icônes Stevie Wonder, Marvin Gaye ou Otis Redding, il est pourtant l'un des plus grands. Il suffit d'écouter sa soul épurée, quasi originelle, pour s'en persuader. A Song for You, n'est pas loin d'être l'une des plus grandes chansons soul de tous les temps. Sa version live est un pur concentré d'émotion. Juste du piano-voix, et un Donny Hathaway en état de grâce, en communion totale avec le public. Ecoutez, sans rien faire d'autre… [PVZ4 + 716644 + 0 + 0 + Single Deezer (en flash) + 0] Après l'élection de Barack Obama, en ces temps de re-mise en lumière du répertoire soul et blues -en particulier avec la sublime reprise de A change is gonna come par Seal – il paraît indispensable de se souvenir, aussi de Donny Hathaway.

Donny Hathaway est né en 1945 à Chicago, mais a grandi à Saint-Louis, élevé par sa grand-mère, Martha Cromwell, une chanteuse de gospel très respectée. C'est donc dans cet environnement gospel que grandit le jeune Donny, comme d'ailleurs beaucoup de chanteurs noirs de son époque. Dans les années 60, il étudie la musique à la Howard University de Washington, et y rencontre Leroy Hutson, avec lequel il écrira plus tard l'un de ses plus grands tubes, The Ghetto. The Ghetto, version live longue durée. Pour le plaisir. [PVZ4 + 716671 + 0 + 0 + Single Deezer (en flash) + 0] Avec Leroy Hutson, Donny Hathaway chante dans le groupe les Mayfield Singers, d'où éclate aussi le talent de Curtis Mayfield. Avec Curtom, le label de Curtis Mayfield, Donny Hathaway connaît son premier succès en 1969, dans un duo avec June Conquest, I thank you Baby. Après une brève collaboration artistique avec le prestigieux label Stax, où il travaille notamment avec les Staples Singers, Carla Thomas et Jerry Butler, Donny Hathaway signe un contrat d'artiste solo avec Atlantic Records, le concurrent de la Motown. Son premier album, Everything is Everything, d'où est extrait The Ghetto, sort en 1970. Mais il faudra attendre 1971 et la sortie de son album Donny Hathaway, pour que le succès éclate réellement.

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[PVZ4 + 846357 + 0 + 0 + Single Deezer (en flash) + 0] La même année, il enregistre You've got a friend en duo avec sa grande amie et camarade d'université Roberta Flack. Le succès est tel, qu'ils enregistrent ensemble un album complet en 1972. Le titre phare de cet album, Where is love, est en tête des charts, et l'album s'écoule à 500 000 exemplaires. donny-hathaway-roberta-flack [PVZ4 + 716548 + 0 + 0 + Single Deezer (en flash) + 0] Donny Hathaway est alors au sommet du succès. En 1972, il compose la musique du film Come back Charleston blue, ainsi que le générique de la série Maude. La même année, sort son album Live, unanimement salué pour l'excellence de ses prestations publiques et la ferveur qui le traverse. donny-hathaway-liveSa reprise live de Yesterday, des Beatles, atteint des sommets de grâce. Le titre He Ain't heavy, he's my brother, remue jusqu'au fond de l'âme. [PVZ4 + 716630 + 0 + 0 + Single Deezer (en flash) + 0] [PVZ4 + 716621 + 0 + 0 + Single Deezer (en flash) + 0] A partir de 1972, alors que son talent est reconnu et son succès éclatant, Donny Hathaway souffre de bleus à l'âme. Des épisodes de dépression sévère entachent sa relation avec Roberta Flack, et leur collaboration s'arrête. Il est hospitalisé à de nombreuses reprises, mais, très affaibli, parvient à enregistrer un album grave et nostalgique, Extension of a man. La sublime Someday we'll all be free, est extraite de ce dernier album. [PVZ4 + 716606 + 0 + 0 + Single Deezer (en flash) + 0] donny-hathaway-extensions Entre 1973 et 1977, Donny Hathaway ne se produit plus que dans les petits clubs, entre deux hospitalisations. Il finit par reprendre le chemin des studios, réconcilié avec Roberta Flack, et tous deux enregistrent The closer I get to you, qui connaît un triomphe. Ils décident donc de refaire un nouvel album de duos, alors que Donny Hathaway, galvanisé par le projet, semble guéri de ses démons. C'est donc de façon totalement inexplicable que le 13 janvier 1979, Donny Hathaway est retrouvé mort en bas du 15ème étage d'un hôtel de New York. La police conclut à un suicide.