Repérages, repérages… Est-ce que j’ai une gueule de repérages?

Les repérages pour la Bobine se poursuivent à une cadence régulière.

Avec Claudine Bourbigot et Elisabeth Feytit (toujours à la mitraille photo, pour son plus grand plaisir!) nous traversons même des endroits de plus en plus colorés et futuristes dénichés par mes soins. Sans doute mon côté Star Wars, tendance Goldorak…

Tunnel Vert

C’est joli, nous voyons du pays sans sortir de mes paysages, pour le moment. Avant Tunis. Avant New York, peut-être…

Mais bientôt, une question me taraude. Une question qui me semble cruciale, et dont la réponse, balancée sur un ton angélique par Claudine et Elisabeth F en choeur, me terrasse.

Apprécions ensemble l’innocence de la question.

- Dites, on va repérer comme ça jusqu’à quand? Parce que le tourna-geu, ça serait bien aussi maintenant, non?

Tout de même presque cinq ans qu’on en parle, de cette Poudre de Perlimpimpin que nous saupoudrerons un peu partout à la gloire de (des) Jacques Haïk…Alors quand, à la fin?

- Mais ma chère, on n’a pas encore fini de repérer, car nous en sommes en réalité aux pré-repérages!

Claudine a lâché cette bombe avec son sourire en embuscade, celui qui guette les réactions pour ensuite broder des images autour. Elisabeth y est allée de son “ben oui… hin-hin”.

Je tâche de rentrer mes yeux dans leurs orbites, et écoute presque sagement (c’est-à-dire sans que mes questions fusent trop vite) les explications.

Néophyte que je suis, j’ignorais tout à fait qu’avant les repérages eux-mêmes, établissant très officiellement les lieux de tournage, selon un plan fixé, il faut bien pré-repérer pour choisir où fixer les repérages précis.

(Il me semble que c’est ça. Quiconque aurait des explications supplémentaires à fournir est le bienvenu.)

Depuis hier, j’ai bien sûr eu le temps de remettre mon impatience dans mon tiroir à émotions, et je me suis fait une raison.

Nous continuerons donc de pré-repérer jusqu’à au moins les repérages.

Et puis nous n’avons pas pré-repéré en vain, hier. Car comme lors de chaque pré-repérage avec Claudine Bourbigot et Elisabeth Feytit, nous discutons à bâtons rompus avant, pendant, autour et après une tasse de café.

Les nouvelles et les idées sont excitantes, et celle que me communique Elisabeth F sera même dévoilée ici séance tenante.

Autour du film “La Bobine”, et lorsque le tournage (!) sera déjà bien avancé, nous mettrons en ligne un web-documentaire, cette forme nouvelle de communication du web 2.0.

Il sera conçu aussi bien comme une encyclopédie intéractive autour de Jacques Haïk et de son monde, que comme un reportage autour du film, mais aussi un jeu en ligne pour les internautes désireux de participer à l’aventure de la Bobine.

Mais chut. Il me semble que j’en ai déjà trop dit.

Et puis hier aussi, j’ai continué d’enclencher toute seule, dans mon coin, la machine à rêves.

La musique est pour moi un mode d’expression aussi fondamental et constitutionnel que les mots, alors j’ai à coeur de rechercher aussi, pour la Bobine, les plus idéales des notes qui accompagneront nos mots et nos images.

J’ai en tête, pour ce qu’il voudra, comme il voudra dans la bande son, un musicien d’exception, que j’admire profondément. Je voudrais, avec toute la force de ma volonté, qu’il accepte de collaborer avec nous.

Et là je n’en dis pas plus…

Hier encore, j’avais 10 ans, et des étoiles plein les yeux.

La Bobine: à la recherche des lieux de nos pas…

Le début du tournage de La Bobine est imminent…

Dans quelques toutes petites semaines, Claudine Bourbigot, la réalisatrice au regard onirique et Elisabeth Feytit, la technicienne magicienne touche-à-tout, m’emmèneront là où nous l’aurons pensé pas à pas, étape par étape, pour retrouver les traces des deux Jacques Haïk.

A l’ombre de nos pas, à gauche Claudine et à droite, moi…

Et moi, je pourrai enfin endosser l’un de mes costumes préférés de petite fille, celui de Sherlock Holmes tenant sa loupe.

Car il s’agira véritablement, avec La Bobine, de remplir quelques trous de l’Histoire,  et de retrouver les histoires des deux Jacques, grâce à l’enquête qui rassemblera les éléments du puzzle.

Qui était Jacques Haïk, bâtisseur du Rex et de l’Olympia, producteur de cinéma visionnaire et montreur de rêves? D’où venait-il, où est-il allé, et que reste-t-il de ses rêves aujourd’hui?

Et qui était son cousin Jacques Haïk, mon grand-père, pour que la vieille bobine soit parvenue jusqu’à moi?

Cette bobine, je la projette dans mon imaginaire depuis que je l’ai rencontrée, au détour d’un placard, à un âge si tendre qu’on entendait siffler le vent entre mes deux dents de devant…

Il est autour d’elle un tel mythe, que forcément, je ne peux m’en contenter.

Je partirai à la rencontre des lieux et des gens qui pourront m’en dire plus, en France et en Tunisie. Et je ramasserai tous les petits cailloux étoilés laissés sur la piste.

Phase de repérage.

Avec Claudine Bourbigot et Elisabeth Feytit, nous procédons en plusieurs fois.

Pendant plusieurs jours, nous arpentons les lieux de ma ville, ceux dans lesquels je me sens bien et qui me parlent, pour qu’ensuite, très bientôt je puisse faire par petites touches des révélations sur mon enquête à la caméra amie.

En résumé, à l’heure où commence l’aventure, je sais encore si peu de choses, que c’est inacceptable!

Très nouvelle pour moi, cette sensation de naviguer à vue, mais en toute confiance, seulement portée par la certitude du merveilleux.

Et très nouveau aussi, cet exercice de repérage.  Un exercice très concret, qui consiste à faire une sélection de lieux (j’aime bien là, j’aime bien cette table, ce café, ce petit coin éclairé, cette rue, cette vue…), sous la mitraille photographique d’Elisabeth F, lieux où nous retournerons ensuite en grande pompe, avec tout l’attirail pour filmer.

Mon stylo à gauche, celui de Claudine à droite.

Je me sens un peu intimidée par l’importance de la chose. Pas vraiment intimidée, pour tout dire, mais impressionnée et émue.

Je suis impressionnée et émue, même si je ne le montre pas lorsque nous marchons toutes les trois dans les rues, sous la pluie. Je souris à Claudine qui me pose mille questions, je fais mine de ne pas voir l’objectif qui crépite d’Elisabeth F.

Mine de rien…

Et pourtant, à l’intérieur de moi, en même temps que toutes ces mines, il y a une petite fille qui saute de joie à chaque mot, qui éclate de rire à la face de l’objectif, et qui se dit avec jubilation chouette chouette, j’ai enfin le droit de toucher à la bobine!

Antoine Laymond, le geste libre

Antoine Laymond

Antoine Laymond est un ovni, iconoclaste et inclassable. Designer de meubles en vogue, professeur d’arts martiaux, musicien, formateur, homme d’image et de télévision, et éternel trublion, il a bien voulu se prêter à une conversation vive et multi-pistes.
Je suis allée à sa rencontre dans son atelier caché près de la Bastille, dans un lieu hors du temps, un îlot d’ateliers au fond  d’une cour chargée d’Histoire.

En ces lieux, Cartouche, le bandit au grand coeur, aimait trouver refuge, comme le rappelle le restaurant du quartier, “Le repère de Cartouche”. Au même endroit, toutes sortes de petits artisans ont assemblé les poutres de la Tour Eiffel, et travaillé les métaux.

C’est dire si Antoine Laymond s’inscrit dans une belle tradition, tout en poursuivant une oeuvre tout à fait originale…

Antoine Laymond, c’est un univers entier à découvrir.

Morceaux choisis.

Antoine, tu tombes bien, parce que je déteste le classement, le rangement, et toutes formes de cases de façon générale. Je n’irai pas jusqu’à dire que tu es incasable, mais à coup sûr, inclassable. Si je résume, tu es designer, musicien, formateur, professeur de boxe thaï depuis quinze ans et plus récemment de krav maga, animateur de télévision sur Télemaison, inventeur d’objets insolites baptisés les objets Décon (les “objets déco pour les cons”)…Quel est ton problème au juste?

Je n’ai pas un problème, j’en ai plein! Non, sans rire je ne sais pas…J’aime vraiment la vie, et j’ai tellement envie d’en profiter que je fais plein de choses. J’ai arrêté l’école à 16 ans et demi, parce que je ne supportais pas l’autorité et que j’étais un grand déconneur. L’école c’était une scène de théatre pour moi. J’ai oublié d’apprendre, et je crois avoir laissé un souvenir impérissable à certains professeurs.  De ce fait j’ai été mal orienté. Et puis je voulais diriger ma vie, devenir rapidement indépendant. Alors j’ai bossé tout de suite. Je ne me suis jamais laissé enfermer dans un carcan, alors tous les champs possibles sont imaginables. Néanmoins, le coeur de mon métier, c’est la création de meubles et d’objets.

C’est donc une forme de création matérielle que tu as choisie…

Oui, mais j’aime aussi créer de l’immatériel, je suis musicien, je joue de la guitare, de la batterie, et j’ai fait un album de musique électro il y a quelque temps…J’ai mon propre studio de son. En fait, on peut dire que je suis dans le geste. Tu connais un zeste de lemon? Eh bien moi c’est un “geste de Laymond”.  Si tu ne fais pas le bon geste dans les arts martiaux, tu n’es pas dans le bon chemin. Si tu prends une chaise qui ne ressemble à rien et que tu fais le bon geste, tu la transformes en un objet signé Antoine Laymond. Le bon geste, le geste vrai, ça pourrait être le dénominateur commun entre toutes mes activités.

Alors parle-moi de la façon dont tu travailles le meuble et l’objet.

Coll. Particules, table basse modulable en 7 parties

Collection Mouvement et Oldies

Canapé SoFa

J’ai une part de travail conceptuel qui m’amuse beaucoup, je prends des meubles de différentes époques ou de designer, que je  remixe  (collection “sampling”), je ne finis pas les meubles (collection “fabrication interrompues”) , et maintenant je récupère dans la rue les rejets de meubles et autres rebuts, pour en faire des créations design (collection “street mobilier”), c’est un écolo- geste ! A côté de ça, j’ai une activité classique de designer, pour des maisons comme Roche-Bobois ou Har Design. Ce ne sont pas les créations qui sont classiques, mais l’activité… Enfin je travaille aussi sur l’agencement de boutiques et de stands. Il y a moins de liberté, mais cela reste tout de même intéressant, j’arrive toujours à glisser mon petit grain de folie…

“Z-thèque”

Collection Coll.”Non fini”

Y a-t-il une part d’écologie dans ton travail de récup avec la collection Street?

Bien sûr, mais la récup n’est pas seulement politique, elle a des visées didactiques. Comme je suis formateur, je développe un module où j’apprends aux gens à faire eux-mêmes des meubles avec ce qu’ils trouvent dans la rue, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’objets qui traînent.

Secrétaire particulier, collection “Particules”

Et à côté de tout ce travail de création proprement dit, je fais l’électron libre. Dans la presse déco, j’explique depuis 15 ans comment faire des meubles et objets soi-même. Et j’ai mon activité de coaching et de formateur qui commence à prendre de l’ampleur. Un vrai designer comme moi, avec plus de 250 parutions dans la presse et plus de 50 passages télé , ça fait crédible.  Et pour une fois que le formateur n’est pas en costard trois pièces, ils en redemandent !

En somme, tu aimes partager ce que tu fais.

Oui, j’aime transmettre. Je transmets ce que j’aurais aimé qu’on me transmette, je transmets de la liberté. Dans mes rapports professionnels avec les gens, je fonctionne à la complicité, comme avec les profs que j’aimais. La psychorigidité ne me convient pas. C’est comme les maths, à l’école c’est rigide, un et un feront toujours deux. Note bien que pour construire des meubles, il faut quand même se servir des maths, c’est le paradoxe!

Alors peux-tu dire que grâce à tes activités, tu prends aujourd’hui une sorte de revanche par rapport à l’école? Une reconnaissance?

Non, ni une reconnaissance (en bon déconneur , j’étais déjà vachement connu dans la cour de l’école !) ni une revanche. Je n’attends pas après la reconnaissance, sinon je n’avancerais pas, et je n’ai pas de revanche à prendre.

Alors pourquoi fais-tu tout ça, au fond?

C’est difficile de répondre à cette question, car dès qu’on se demande pourquoi on fait les choses, dès qu’on cherche l’origine, c’est sans fin, puisque l’origine est le début de tout.

Si tu veux une piste, je t’en donne une qui me vient à l’esprit. Un jour, j’étais assis dans mon showroom rempli de meubles que j’avais créés, et je me suis rendu compte qu’il n’y avait qu’un seul exemplaire de chaque. Beaucoup de meubles, mais des exemplaires uniques. Alors ça m’a fait penser à ma grand-mère, qui adorait les brocantes, elle achetait à tout va. Chez elle, il y avait grande pièce que j’adorais, avec un piano dont mon père jouait, et des meubles d’époque tous dépareillés: une chaise, un fauteuil, une méridienne etc… Elle fonctionnait au coup de coeur. Alors il y a peut-être un atavisme ici dans mon showroom et l’amour des meubles!

Commode Hamburger, Coll. Remix

Sinon, de façon générale, pourquoi fait-on les choses? Pour moi, le seul critère à retenir, c’est si ce que l’on fait nous rend heureux ou non. Si tu es heureux et que ton entourage aussi, ce que tu fais doit être bien. Sinon, il faut revoir la copie… A ce sujet, je citerai une phrase que j’aime bien, d’un psychanalysé de Lacan: “Je suis toujours bien là où je suis, sinon je suis déjà parti.” Pas facile à appliquer quotidiennement…J’aime aussi : ” Deviens celui que tu es” et “Ne regarde pas où tu es, mais où tu vas.”

Table à manger, collection “Coulures”

Mobilier composable

Alors peut-on dire que tu es un homme heureux? Pourtant tu n’es pas vraiment centré ni posé…

Oh non, je n’ai pas de centre, ou alors je n’ai que des centres! De toute façon, le bonheur c’est une somme d’instants, même si c’est d’une banalité extrême de dire ça. Etre heureux, c’est le meilleur service que l’on puisse rendre à autrui. Pour ce qui est de se poser, les meubles le font très bien à ma place. D’ailleurs si tu regardes bien mon travail, je fais énormément de choses mobiles, car j’aime donner une liberté de placement à mes meubles. De la collection particules en 3,5,7 parties (buffet , secrétaire ,commode , table basse) au meuble Nestor ( le premier de la série) en passant par le canapé ” sofa” en 5 ou 7 parties, et le meuble ” modulable ” en 12 caissons, une infinie de combinaisons sont possibles.

Il y a eu aussi la collection ” Mouvement”, les meubles bougeaient, sans que rien ne tombe bien sûr. Une prouesse toute en courbes, réalisée en sycomore et stratifié blanc. Mais aussi le rangement aléatoire, avec la ” z-thèque” . . . La notion de liberté s’exprime dès qu’elle le peut dans mes créations , la peinture devient même rebelle, elle coule comme par exemple dans la collection “Coulures”.

As-tu déjà vu un psy?

Oui bien sûr. Ce qui me convient, c’est l’analyse transactionnelle, l’école de Palo Alto , les thérapies brèves, qui se concentrent plus sur le comment que sur le pourquoi , même si les deux sont liés. J’ai eu du mal à trouver à Paris… Je pense qu’on devrait tous voir des psys, et que ça devrait même être obligatoire pour tout le monde , gratuit à l’école , après la leçon de morale.

J’aime bien les question comble. Alors quel est pour toi le comble de l’horreur?

Pour moi c’est la Shoah, la volonté d’exterminer un peuple tout entier. Il n’y a jamais eu pire que ça. Sinon, dans ma vie quotidienne, le comble de l’horreur ce serait d’être un mec minable. Un mec faux, un mec hypocrite, qui retourne sa veste tout le temps.

Et le comble du bonheur?

Rendre ma famille heureuse, avoir les moyens de les gâter en permanence par mes actions et ma présence, et bien sûr, la paix sur terre…

J’ai adoré tes objets Décon, les objets déco pour les cons, en particulier la serviette papale. La table Mono Pied, également, vaut  le détour. Etant moi-même d’une connerie redoutable avec les objets, je suis particulièrement intéressée. Prends-tu les commandes et éventuellement les idées?

Bien sûr, je prends toutes les commandes. Mais pour ce qui est des idées, j’en ai toute une pile en attente! Je reste cependant ouvert à toutes les propositions, on n’est jamais à l’abri d’une bonne idée…Je veux aussi les vendre aux chaînes de télévision, j’ai déjà quelques bons contacts, et cela devrait se faire bientôt . En attendant de trouver preneur, je me fais rire tout seul…

Quels sont tes projets actuels?

J’adorerais ouvrir un atelier à Tel-Aviv. C’est une ville tellement vivante!

Mais de façon générale,  je n’ai pas de projets, car quand j’ai un projet je le fais…