Olympia…

 

- Bonjour, vous tournez quoi, là?

- Un film sur Jacques Haïk.  Vous connaissez Jacques Haïk?

- (Grattage de tête)….Heu…C'est un comique, non?

- En quelque sorte, oui…

- Ah c'est super…Et il va bientôt passer là, à l'Olympia?

- Disons que…les gens qui font actuellement la queue à l'Olympia le connaîtront très bientôt.

- Ah c'est super…Et c'est quoi comme comique? Genre Dany Boon?

- Non…ca serait plutôt genre Charlie Chaplin.

- Ah c'est original, ça. Eh bien j'ai vraiment hâte de le voir en spectacle!

 

Voilà l'état des lieux.

Dialogue absolument véridique, alors que nous tournions devant l'Olympia, face à une foule de curieux faisant la queue pour entrer voir le spectacle du jour. Il ne s'agit évidemment pas de jeter la pierre à ce brave homme, qui situait Jacques Haïk entre Dany Boon et Elie Semoun, et qui, au moins, avait une vague idée de réponse. Je suis bien sûre que peu de gens en auraient fait autant.

Car il faut bien pointer la situation telle qu'elle est, sans se voiler la face et en regardant l'affreuse réalité. Personne, mais absolument personne, à part quelques obscurs initiés (groupuscule dont les lecteurs de ce blog mesurent la chance de faire partie, maintenant!) n'a jamais entendu parler de Jacques Haïk, bâtisseur de l'Olympia, du Rex, distributeur des films de Chaplin, producteur prolixe et fantaisiste, et infatigable montreur de rêves.

Bien sûr, en entreprenant l'aventure de la Bobine, nous savions que nous allions raconter l'histoire d'un illustre inconnu. C'était même l'un des enjeux du film, d'ailleurs. Mais tout de même, face aux vrais gens mis face à la question, très honnêtement ça fait sourire un peu jaune clair.

Sait-on que jusqu'en 1987, la façade de l'Olympia arborait, en lettres de feu, l'inscription "Théâtre Jacques Haïk"?

C'est sûr que, dit comme ça, ça fait son petit effet. D'autant que mes origines méditerranéennes me poussant naturellement à l'exagération, je ne suis pas certaine que les lettres étaient de feu. Elles étaient  cependant imposantes et parfaitement bien alignées.

Allez, je ne résiste plus et je fanfaronne, pour rattraper l'épisode comique.

Lorsque j'étais toute petite fille, je suis allée à l'Olympia assister à mon premier concert. C'était un concert de Michel Fugain et du Big Bazar, et nous étions assis, en famille, sur les fauteuils en velours rouge du premier rang. Au dos de ces fauteuils, une petite plaque en cuivre doré portait l'inscription "Haïk".

Des années après, ce concert et cette petite plaque sont très vivaces dans ma mémoire, et ils font sans doute partie de mes tous premiers souvenirs.

Pour moi la Bobine, c'est aussi une recherche d'enfance, et du lien originel qui me lie à Jacques Haïk.

 

 

 

 

 

Le tourbillon de la vie

Parce qu’il y a des jours où soudain, le temps s’accélère,

Parce que tout ce qui vient, et tout ce qui va, ne reviendra plus,

Parce que ce jour-là,  j’allais au tournage le coeur moins léger, mais toujours aussi pleine de foi,

Parce que ce matin rosé  avait un petit goût de larmes séchées,

Parce que  dans le cinéma, il y a aussi la vie.

Retour dans le quartier mythique de la dernière fois, pour faire quelques prises nouvelles et quelques raccords, mais la lumière du jour, elle aussi, avait le teint plombé.

Claudine, avec son enthousiasme habituel,  me criait des “supeeer ma belle, on la refait!” rassurants, et même des “supeeer, on la double!” enjoués. Petit aparté pour exposer ce que j’ai pu comprendre de la nuance entre les deux discours.  “On la refait” intervient quand ça n’était vraiment pas terrible, et “on la double” est plutôt l’espoir d’un monde meilleur…

A force d’alterner les “on la refait” et les “on la double”, le froid s’en est mêlé pour nous signifier la fin des hostilités.

Repli vers un café refuge, avec tout le matériel.

Nous réchauffons nos doigts bleus en philosophant avec résignation sur les aléas inévitables d’un tournage. Certaines fois, les images sont magiques, et d’autres fois elles sont tout simplement trop ordinaires pour être retenues. Tout est question de lumière, de température, d’humeurs, et même de syncronicités plus ou moins miraculeuses.

Claudine et Elisabeth rangent soigneusement le matériel, et nous passons en mode détente.

Mais soudain, une illumination jaillit des méandres de mon cerveau, et je me souviens que je dois appeler une personne censée me donner des renseignements inédits, et jusque ici ignorés de l’Histoire, en rapport avec un ou plusieurs Jacques Haïk.

Encore un aparté ici, pour rappeler à tous ceux et celles qui auraient des velléités d’interrogatoire à mon endroit, qu’il est inutile de tenter de me soudoyer, car  je ne parlerai que sous la contrainte d’une caméra.

Alors, telle un Zébulon sorti de sa boite,

zébulon

Claudine bondit de sa chaise, ressort sa caméra de son logement, et me dit, au comble du bonheur: “Appelle, appelle, nous allons filmer…”