11 juin
Boycott…Quand la bien-pensance fait échec à la pensée.
Israël n’est pas l’URSS aux pires temps de son histoire.
Israël est une démocratie, la seule du Moyen-Orient, avec une politique qu’il est loisible à chacun, à commencer par ses propres citoyens, de discuter à l’infini. Ses intellectuels sont engagés, exigeants, critiques, et libres de l’être. Quiconque omet de prendre en compte cette réalité essentielle de la vie publique israélienne, est déjà particulièrement mal fondé intellectuellement à se mêler de politique israélienne…
A présent, remettons en cause la vérité qui précède. Considérons, avec certains défenseurs les plus acharnés de la cause palestinienne, qu’Israël n’est pas la démocratie qu’elle prétend, et même qu’elle a instauré un régime d’apartheid, comme on peut le lire ça et là. Oui, allons jusque là, et admettons l’espace de deux minutes l’idée qu’Israël, c’est l’Afrique du Sud au temps de l’apartheid…
Du temps de l’apartheid, l’Afrique du Sud faisait l’objet de divers boycotts instaurés très officiellement par la communauté internationale, et en ces temps de Mondial en liesse sur le sol sud-africain, il n’est pas inutile de rappeler qu’elle était exclue de la plupart des évènements sportifs mondiaux.
Mais fallait-il aussi boycotter Nadine Gordimer, prix Nobel de Littérature en 1991 ?
Une telle idée n’était évidemment venue à l’esprit d’aucun tenant de la culture en France, et dans le monde, bien au contraire. Fallait-il boycotter Johnny Clegg ? Myriam Makeba ? En un mot, fallait-il boycotter tous les intellectuels sud-africains au temps de l’apartheid ?
Et fallait-il boycotter tous les intellectuels chiliens sous Pinochet ? Tous les intellectuels cubains actuels ? Tous les intellectuels Nord-Coréens non officiellement dissidents, si tant est qu’il en existe et qu’ils soient en liberté ?
Retour à la réalité. Israël n’a aucun point commun, de près ou de loin, avec l’Afrique du Sud au temps de l’apartheid, ni avec aucune des dictatures précitées. Le boycott des idées, et de la culture, est une pratique que n’aurait pas reniée Torquemada…
Les excès de bien-pensance sont parmi les pires, car ils se font en toute bonne conscience.
Pourtant lorsqu’on s’est trompé, lorsqu’on a commis une boulette, comme c’est le cas de la direction des cinémas Utopia, il n’est pas déshonorant de le reconnaître, et de l’effacer très vite.
Errare humanum est. Perseverare diabolicum.

Nadine Gordimer et David Grossman, l’un des plus grands écrivains israéliens, en 2007.

Écrit par Christian CARTON le 11.06.10 à 16:27
Votre article résume bien les sentiments négatifs que j'avais ressentis à la lecture de cette interdiction et il en explique les raisons. J'ai auparavant soutenu Utopia après la publication de leur plaquette situant "Valse avec Bachir" dans son contexte historique et social, raison de plus pour aujourd'hui ne pas suivre la décision "provisoire" d'Utopia.
Me permettez-vous d'insérer votre article dans mon blog ?
Bonne journée
Écrit par Elisabeth Haïk le 11.06.10 à 16:27
Merci de votre réaction, cher Christian.
Je vous permets bien entendu de citer mon article dans votre blog.
Amicalement.
Écrit par Patrick le 11.06.10 à 16:27
Bonsoir Elisabeth,
Ton article décrit bien ces bien-pensants qui mélangent un peu tout, ont l'amalgame facile et la généralisation en point de mire. Boycotter un film israélien est une plongée dans un obscurantisme dangereux. Elle introduit une notion de contrainte, elle entrave la liberté d'expression et n'apporte rien au problème. Je partage ton point de vue. Et je fais conscience aux artistes, aux penseurs, aux écrivains de cette démocratie (merci pour ta précision) pour qu'ils permettent au débat d'avancer. Rien n'est jamais tout blanc ou tout noir.
Bonne soirée et merci pour cette mise au point salvatrice.
PATRICK
Écrit par Patrick le 11.06.10 à 16:27
Je fais "confiance" et non "conscience"
!