Frederika Stahl, une voix cristal jazz

Frederika Stahl

Il est des rencontres, musicales ou autres, qu’on ne peut passer sous silence.

De ces rencontres qui magnifient un moment, qui illustrent un paysage, et qui accompagnent en douceur.

Frederika Stahl, jeune chanteuse suédoise élevée en France, fait partie de ces découvertes qu’il me faut absolument partager.

Elle allie la grâce vocale avec l’exigence d’une pianiste inspirée, et tout son jazz s’en ressent.

Son deuxième album, Tributaries, est une vraie merveille. Que faisais-je en 2008, pour être passée à côté d’elle?

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Woody Allen, l’autodérision et la relativité du tragique

“Dieu est mort, Marx est mort, et moi-même je ne me sens pas très bien.”

Une bonne partie de Woody Allen se trouve dans ce constat dont l’absurdité même fait toute la force.

Car la principale cible de l’humour de Woody Allen, c’est évidemment lui-même face à ses angoisses existentielles, et son principal remède contre ses peurs, c’est leur mise en scène en mots et en images, en utilisant les recettes de l’humour juif, c’est-à-dire l’autodérision et l’absurde.

Dans toute l’oeuvre de Woody Allen, il y a une concordance entre l’homme qu’il est dans la vraie vie, et les personnages qu’il choisit pour le représenter. Mais cette large part d’autobiographie ne doit pas faire oublier qu’il est avant tout artiste incroyablement complet et polyvalent: auteur, metteur en scène, scénariste, et acteur de la plupart de ses films.

Woody Allen écrit, caste, dirige et conçoit l’intégralité de ses films du début à la fin du processus, et fait d’ailleurs très régulièrement appel à la même équipe technique et de production, rôdée à ses méthodes de travail.

Les thèmes chers à Woody Allen dans la plupart de ses films reprennent les concepts freudiens de désir, de sexualité, et d’angoisse face à la mort.

Ils sont d’ailleurs déjà parfaitement synthétisés à l’époque de Annie Hall (1977).

Dans ce film, Woody Allen développe la thèse très psychanalytique selon laquelle les seuls moyens d’échapper à la mort seraient la sexualité – option largement choisie par l’auteur dans son art et dans sa vie privée… – et la croyance en Dieu assortie de la pratique religieuse, cette deuxième option étant toujours âprement discutée par Woody Allen.

Sa peur de la mort pourrait être ainsi résumée:

“Je ne veux pas atteindre l’immortalité grâce à mon oeuvre. Je veux atteindre l’immortalité en ne mourant pas.

Certains critiques ont également pu relever dans l’oeuvre de Woody Allen un parallèle avec Jean-Paul Sartre, notamment dans son scepticisme quant à la possibilité de l’engagement amoureux absolu et durable.

Scène de fin dans Annie Hall

Particulièrement savoureux et révélateur aussi sur le sujet inépuisable de l’amour-désespoir, ce dialogue de Guerre et Amour (1975):

Natasha, aimer, c’est souffrir. Pour éviter la souffrance, on ne doit pas aimer.  Mais alors, on souffre de ne pas aimer. Donc, aimer c’est souffrir, ne pas aimer c’est souffrir, souffrir c’est souffrir. Etre heureux, c’est aimer, donc être heureux c’est souffrir, mais souffrir nous rend malheureux, donc pour être malheureux on doit aimer, ou aimer pour souffrir, ou souffrir de trop de bonheur. J’espère que tu conçois tout ça.”

Vicky Cristina Barcelona sort le 8 octobre en France, avec laquelle Woody Allen a une fibre particulière et réciproque. Il était donc d’actualité de lui consacrer cet article.

Tu n’as pas de valeurs. Toute ta vie, c’est le nihilisme, c’est le cynisme, c’est le sarcasme, et l’orgasme.
Tu sais, en France je pourrais me présenter sur ce slogan et gagner. (Harry dans tous ses états)

Mais surtout, Woody Allen fait partie de mes auteurs absolument incontournables. C’est pourquoi je termine  avec lui, mon cycle consacré aux maîtres de l’ironie, l’humour et de la dérision.

Ajoutons que Woody Allen est autant littérateur que cinéaste, il joue avec les mots et les concepts autant qu’avec les images. Il avait donc toute sa place dans les bulles littéraires.

Allen Stuart Königsberg est né à New York le 1er décembre 1935. Il passe son enfance à Midwood, Brooklyn, aux côtés de son père (Martin Königsberg), de sa mère (Netty Cherrie) et de sa jeune sœur (Letty). Ses oncles et tantes sont aussi très souvent chez eux.

Il commence sa scolarité à l’école juive, où il restera pendant huit ans avant de rejoindre l’école publique, à la Midwood High School.

Très jeune, Allen commence à gagner sa vie en écrivant des gags pour l’agent David Alber, qui les revend à différents chroniqueurs. À l’âge précoce de 16 ans, il se met à écrire pour des stars telles que Sid Caesar. C’est à ce moment qu’il décide d’endosser le pseudonyme de Woody Allen.

Woody rejoint ensuite l’université de New York où il est censé étudier la communication et le cinéma. Toutefois, son absence de résultats et son manque d’intérêt pour les études , lui font rapidement abandonner son cursus. Plus tard, il fréquentera encore brièvement le City College de New York.

À 19 ans, il est auteur pour d’importantes émissions de télévision telles que The Ed Sullivan Show, The Tonight Show, Caesar’s hour…

Naturellement doué pour la comédie, en 1960, il entame une nouvelle carrière dans le stand-up. Parallèlement à cela, il contribue à la revue From A to Z de Broadway et commence à écrire pour le très populaire show télé Candid Camera, apparaissant même dans quelques épisodes. En outre, il rédige des nouvelles publiées dans certains magazines dont le très fameux New Yorker.

Petit à petit, avec l’aide de son manager, Allen transforme ses défauts « psychologiques » en qualités « théâtrales ». Il développe ainsi son célèbre personnage d’intellectuel névrosé, instable et nerveux. Rapidement, il rencontre un succès qui lui ouvre les portes de la télévision et des nightclubs. En 1969, sa popularité est telle qu’il apparaît en couverture du Life Magazine à l’occasion de l’ouverture à Broadway de Play It Again, Sam.

La carrière cinématographique de Woody Allen débute en 1965, lorsqu’il joue dans son premier film Quoi de neuf Pussycat. À noter qu’il est seulement scénariste et acteur sur ce film, et qu’il n’a pas du tout apprécié la sensation de ne rien contrôler du devenir de son scénario.

En 1967, il interprète le neveu de James Bond dans Casino Royale.

A la fin des années 60, Woody Allen commence à réaliser tous ses films. Prends l’oseille et tire toi (Take the money and run), Bananas, Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans oser le demander (Everything You Always Wanted To Know About Sex (But Were Afraid to Ask)), Woody et les robots (Sleeper), ainsi que Guerre et Amour (Love and Death), sont de grands succès, et s’inscrivent dans la continuité de son travail d’auteur de sketchs télévisés. Il s’agit exclusivement de pures comédies s’appuyant beaucoup sur des gags visuels. Woody Allen est alors fortement influencé par Bob Hope et  Groucho Marx.

Dans ces films, il développe  son propre personnage comique, une sorte de variation du Schlemiel, personnage du folklore yiddish caractérisé par la timidité, et la persévérance malgré l’échec.

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir…

La période qui suit est certainement la plus prolifique et la plus célèbre de la carrière de Woody Allen. En moins de 10 ans, il écrit et réalise ses films les plus unanimement salués.

C’est l’époque d’Annie Hall (quatre Academy Awards, meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario et meilleure actrice pour Diane Keaton) Manhattan, La Rose Pourpre du Caire (L’un des 100 meilleurs films de tous les temps selon le Time Magazine et l’un des trois favoris de Woody Allen lui-même) ainsi qu’Hannah et ses soeurs, qui remporte trois Academy Awards.

La rose pourpre du Caire

Annie Hall est le premier film marquant un tournant majeur dans l’œuvre de Woody Allen. Il s’oriente alors vers un humour plus sophistiqué et entre dans le registre des comédies dramatiques. Certains iront jusqu’à dire qu’il a peut-être réinventé ce genre ou, au moins, en a fixé les règles modernes.

Mais outre cela, Woody Allen parvient surtout à trouver son style, sa touche personnelle. Avec Annie Hall, il se détache de l’influence de ses idoles pour imposer son propre personnage et avec lui, tout son univers de questions existentielles obsédantes. Le tout sur fond de jazz, de références culturelles, et de dérision permanente.

Dans cet univers-là, on aborde une inconnue en lui parlant de Sartre, et on la retrouve une heure plus tard pour discuter avec elle de Kierkegaard dans un club de jazz, en écoutant du Cole Porter…

Manhattan (1979) est l’œuvre de la confirmation. Tourné en noir et blanc, il est autant une réflexion intellectuelle brillante et nostalgique sur la fin de l’amour, qu’un hommage en musique – Gershwyn est omniprésent – et en images à New York, finalement le seul amour éternel de l’auteur.  Manhattan est sa troisième collaboration avec Diane Keaton, dont il partageait la vie à l’époque.

Manhattan, intro, Rhapsody in blue

Woody Allen est obsédé par l’idée que même si nous choisissons de l’ignorer, la présence constante de la mort réside dans l’idée de Dieu et dans l’hypothèse, non vérifiée, d’un ordre moral dans l’univers, d’une vie après la mort, et d’une destinée humaine. Dans toute son oeuvre, est prégnante l’idée que l’homme vit dans un univers incertain dans son existence.

“Je ne crois pas en lau-delà mais j‘emmènerai quand même des sous-vêtements de rechange.”

“Tant que l’homme sera mortel, il ne sera jamais décontracté.”

Pour Woody Allen, l’incertitude quant l’existence de Dieu, est un aspect absolument incontournable à prendre en compte par l’humanité. Le sort de tout être humain est donc de vivre dans cet univers incertain, tout en gérant tous les paradoxes que sont le désir, le destin, la sexualité.

L’ironie et le destin, deux aspects essentiels de notre existence, sont encore récurrents chez Woody Allen.

Dans Maudite Aphrodite (1996), un choeur évoquant la tragédie grecque rappelle qu’il est dangereux de vouloir changer la destinée.

Les années 1990 constitueront une décennie d’essais ou d’hommages (Ombres et brouillard, 1992, Meurtre mystérieux à Manhattan, 1993, Coups de feu sur Broadway, 1994). En 1996, Tout le monde dit I love you remporte un vif succès public et des nominations aux Golden Globes et aux Academy Awards.

En 1997, Harry dans tous ses états (Deconstructing Harry), apparaît sans doute comme le plus autobiographique de tous ses films. On y retrouve tous les thèmes majeurs de son œuvre, dans une parodie de sa propre existence.

En 1999, dans Accords et désaccords (Sweet and Lowdown), Woody Allen rend une fois de plus hommage à l’une de ses passions : le jazz. Le film met en scène un guitariste fictif dans un univers musical bien réel, où l’on croise et recroise la route de Django Reinhardt.
Le film, très réussi, est servi par une musique magnifique et une interprétation magistrale de Sean Penn.

Sean Penn à la guitare dans Accords et désaccords

A cette occasion, il faut rappeler que Woody Allen vit très intensément et très concrètement sa passion pour le jazz, puisqu’il joue de la clarinette toutes les semaines avec sa formation New Orleans au Carlyle Hotel de New York, et fait régulièrement des tournées internationales.

Entre 2000 et 2003, Woody Allen retourne à la pure comédie.
Escroc mais pas trop, (Small time crooks), Le sortilège du scorpion de jade (The curse of Jade scorpion), Hollywood Ending, La vie et tout le reste,  Melinda et Melinda sont des films légers, mais le public ne suit pas et la critique est sceptique.

Woody Allen renouera avec le succès à partir de 2005 avec Match point, un film réalisé à Londres, avec sa nouvelle égérie, Scarlett Johansson.  Le film lui vaut plusieurs nominations aux Oscars, Golden Globes et Césars.

Outre les sketches, le cinéma et la musique, le talent de Woody Allen s’est aussi exprimé au théâtre.
Second Hand Memory (créée à New-York en 2004, mise en scène par Woody Allen)
Adultères (2006)
Puzzle (2007) Un suspense psychologique, une comédie psychanalytique

Il a écrit aussi un bon nombre de recueils de nouvelles et de livres regroupant ses réflexions diverses.

Dieu, Shakespeare et moi. Opus 1 (Without feathers, 1975) trad. et adapt. Michel Lebrun. Paris : Solar, 1975, 270 p. Rééd. Paris : Seuil, 1985, 134 p. (Points. Point virgule ; 30). ISBN 2-02-008617-4. Paris : Éd. du Seuil, 2001, 153 p. (Point virgule ; 9). ISBN 2-02-048235-5
Destins tordus (Side effects); trad. Michel Lebrun. Paris : R. Laffont, 1981, 178 p. (Pavillons). ISBN 2-221-00713-1. Rééd. Paris : Seuil, 1988, 178 p. (Points. Série Point-virgule ; 58). ISBN 2-02-009871-7. Paris : R. Laffont, 2006, 203 p. (Pavillons poche). ISBN 2-221-10642-3
L’Erreur est humaine (Mere anarchy, 2007) ; trad. Nicolas Richard. Paris : Flammarion, 2007, 252 p. ISBN 978-2-08-120367-9. Rééd. Paris : le Grand livre du mois, 2007, 252 p. ISBN 978-2-286-03261

Pour en finir une bonne fois pour toute avec la culture / Opus 2 (Getting even, 1973)

Laissons lui le mot de la fin, il est bien trouvé…

“J’aimerais terminer sur un message d’espoir, mais je n’en ai pas. Est-ce que deux messages de désespoir vous iraient?”

Sources bibliographiques
Wikipédia

L’âme de la Nouvelle Orléans

 

 De façon durable, et peut-être irréversible, le cyclone Katrina, à la fin de l’été 2005, a changé l’âme de la Nouvelle-Orleans.

Trois ans plus tard, la reconstruction est lente, la ville est en passe de devenir la première ville des Etats-Unis en matière de criminalité, et sa physionomie générale laisse un goût amer.

Mais l’âme historique de la Nouvelle-Orleans, c’est surtout et avant tout le jazz, ce jazz qui a explosé dans les années 20, ses marchin’ bands,  Mardi Gras, ses cuivres et sa joie de vivre.

Le jazz New Orleans est un jazz de légende et de légendes.
Louis Armstrong, Jelly Roll Morton, Sydney Bechet, Cab Calloway, Fats Waller et tant d’autres, ont oeuvré pour la postérité.

Le jazz New Orleans est un style à part entière, et presque toutes les mélodies peuvent être “jazzées” avec le tempo New Orleans. Ce style part du principe que le jazz est une musique pour danser, et non pour écouter, contrairement à ce qu’a pu devenir le jazz moderne à partir des années 1950.

Le jazz New Orleans a un rythme swing et syncopé, et une simplicité mélodique.
Les jazz bands, du genre de celles qui ont fait les beaux jours des parades de rue à Mardi Gras, rassemblent instruments à vent et cuivres, quelquefois banjos et pianos.
Comme dans tous les jazz, le jazz New Orleans se fonde avant tout sur l’improvisation et la liberté des musiciens.

Louis Armstrong When the Saints

 

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Jusqu’à Katrina, la ville, dont la culture était chargée de mélanges et d’histoire européenne, offrait un visage unique et coloré.

Riches et pauvres, blancs et noirs, créoles et cajuns, vivaient côte à côte. L’ouragan a provoqué un exode massif, et les familles les plus pauvres, trois ans après, n’ont toujours pas les moyens de financer leur retour et la reconstruction de ce qu’ils ont perdu.

Le quartier noir historique, le Lower Nineth Ward, considéré comme le vrai coeur et l’âme de la ville, est laissé à l’abandon et attire la convoitise des promoteurs immobiliers. Des centaines de maisons ont disparu sous l’eau, et parmi elles celle de Fats Domino.

Ouragan sur la ville, bourrasques quotidiennes dans les coeurs, les blessures peinent à ce cicatriser.

Le French Quarter a été relativement réhabilité, mais demeure désespérément vide de ses légendes.
Le Texas a accueilli de nombreux réfugiés, et la ville de Houston a notamment reçu avec joie les jazzmen exilés de Bourbon Street et du French Quarter.

Tous, ont sans doute au coeur Do you know what it means to miss New Orleans , magnifique chanson créee par Louis Armstrong et reprise par Harry Connick Junior, lui-même originaire de La Nouvelle Orleans.

Même si l’envie ne manque pas, une bonne partie de la fine fleur musicale de La Nouvelle-Orléans n’est malheureusement pas près d’y retourner de sitôt.

 

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La voix d’Eva Cassidy

La voix d’Eva Cassidy, claire et fragile, avec des intonations légèrement cassées, est de celles qui ont le pouvoir d’atteindre le plus profond de l’âme.

Cette interprète hors normes, dont le répertoire de prédilection touche aux racines du folk, de la country, du blues et de la soul, était quasi inconnue de son vivant, en dehors de sa ville natale, Washington DC.

Elle est décédée en 1996 à l’âge de 33 ans d’un cancer foudroyant.

Depuis, ses proches ont oeuvré pour la faire connaître, et ont contribué à sa gloire posthume et au succès mondial de tous ses albums sortis après sa mort.

La voix d’Eva a des vertus curatives. Elle provoque  un état d’apaisement et de sérénité immédiats, ses intonations sont parfois poignantes, mais jamais tragiques.

Eva Cassidy n’avait pas vocation à devenir une star. Elle n’avait jamais recherché la célébrité de son vivant. Elle se produisait dans les clubs de sa région, devant des publics restreints mais subjugués par l’émotion qu’elle dégageait.

Son premier album en 1996, The Other Side, un ensemble de duos avec le musicien Chuck Brown, a été suivi en 1996 par un album live, Live at Blues Alley, sorti peu de temps avant sa mort.

Quatre ans plus tard, la musique d’Eva Cassidy était diffusée sur les ondes de la BBC, et ses interprétations de Over the Rainbow et Fields of gold (toutes deux issues de son album live), le point de départ de sa reconnaissance mondiale avec la sortie, dans la foulée, de la compilation Songbird.

En 2003, ses albums posthumes s’étaient vendus à six millions d’exemplaires dans le monde.

L’un des premiers articles publiés sur elle, dans le Washington Post, après sa mort, résume parfaitement l’art d’Eva Cassidy:

“Elle pouvait tout chanter – folk, blues, pop, jazz, R&B, gospel – et les sublimer comme si c’était la seule musique qui ait de l’importance.”

 

Née un 4 juillet…

 

 

 

Thomas Beatie, 34 ans, dont le ventre rebondi aurait pu évoquer un excès de bière, était en réalité le premier “homme enceint” de l’histoire de l’humanité.

Il avait suscité des réactions très controversées en révélant en mars dernier sa grossesse de cinq mois.

Il a donné naissance, le 4 juillet, à une petite fille en parfaite santé, à l’hôpital de Bend, Oregon, après y avoir été admis sous un faux nom.

 Selon ses déclarations au magazine People, la seule chose qui le différencierait des autres accouchées, serait qu’il ne peut pas allaiter son bébé. “Mais beaucoup de mères ne le font pas, a-t-il ajouté. 

Thomas Beatie est né femme, de son vrai nom Tracey Lagondino, mais ne s’est jamais senti à l’aise dans sa peau de femme, malgré un physique plutôt flatteur, qui lui permit même de remporter des concours de beauté.

Après un traitement hormonal, il y a une dizaine d’années, son corps s’est progressivement transformé, il a subi une ablation des seins, laissé pousser sa barbe, changé légalement de sexe, et épousé la femme de sa vie, Nancy.

Les seuls attributs féminins qu’il ait conservés sont ses organes reproducteurs, avec, a-t-il admis, “l’idée de pouvoir porter un jour un enfant.”

Sa femme Nancy ayant subi une hystérectomie des années auparavant, le couple a décidé que ce serait Thomas qui porterait leur enfant.

Invité pendant sa grossesse au célébrissime talk-show d’Oprah Winfrey, l’homme enceint a notamment déclaré :

“Je n’ai pas l’impression que le désir d’avoir un enfant soit masculin ou féminin. C’est un besoin humain. Je suis une personne et j’ai le droit d’avoir un enfant biologique.”

Pour tomber enceint, Thomas Beatie a dû stopper ses injections de testostérone. Puis, sa femme et lui ont fait appel à un donneur de sperme anonyme, par l’intermédiaire d’une banque du sperme, mais rencontrant l’hostilité générale du corps médical, c’est Nancy qui a procédé à l’insémination “artisanale” à la maison.

En mars, Thomas Beatie a déclaré: “Je serai le père de l’enfant et Nancy sera sa mère. Nous serons une famille normale.”

Il faut croire que cette “normalité” a encore du chemin à faire, car comme l’a déploré l’heureux père, sa femme et lui se sont heurtés à l’hostilité générale, tant des médecins que de leurs amis et de leur famille.

Le frère de Thomas Beatie, lorsqu’il eut vent de sa première tentative de grossesse (qui avait abouti à l’insémination de triplés, puis à leur perte à la suite d’une grossesse extra-utérine), aurait notamment déclaré:

“C’est une bonne chose que la grossesse ait avorté. Qui sait quel genre de monstre ça aurait pu être?”

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Au-dela de l’évènement lui-même, la question reste posée…

Et au-delà encore de cette question, un peu brute de décoffrage, une foule de questions profondes, relatives à l’éthique, à la philosophie, au désir d’enfant, à l’identité sexuelle, et à l’équilibre psychologique des protagonistes, se posent. Le tout, ayant trait aux valeurs profondes que véhicule une société.

A-t-on véritablement un “droit à l’enfant”? Et au nom de ce droit, est-il admissible de franchir toutes les barrières sociales et éthiques, voire même éthnologiques datant des origines de l’humanité?

En considérant que, même devenu homme, Thomas Beatie avait le droit d’avoir un enfant, cet enfant n’est-il pas, par là-même, chosifié, ravalé au rang d’objet de surconsommation, au nom d’une course sans fin au bonheur obligatoire?

Et que dire de cette petite fille, née un 4 juillet, et dont l’anniversaire constituera un symbole plus discutable des libertés en Amérique ? Que dire à cette petite fille, d’ailleurs, sur ses origines, sur la façon dont elle a été conçue? Que lui expliquer de la parentalité, de la masculinité et de la féminité?

Etre parent, ça n’est pas un droit, ça fait ou non partie d’une vie, et dans tous les cas, ça donne des responsabilités envers l’individu propre et distinct de nous et de nos envies, à qui on a donné la vie.

 

Le psychisme est une matière fluctuante, périlleuse, hautement fragile. 

Jouer les apprentis sorciers sur la vie, en invoquant des droits, paraît de la dernière irresponsabilité. La démarche de Thomas Beatie, et dans une moindre mesure, celle de sa femme, procède à tout le moins d’une incapacité manifeste de faire des choix , c’est-à-dire de renoncer.

En devenant homme, Tracey Lagondino, alias Thomas Beatie, aurait dû assumer pleinement le choix fondamental que constitue un changement de sexe . Et, l’assumant clairement,  il aurait dû renoncer à tous ses attributs féminins sans exception, y compris les plus essentiels, comme ceux permettant de porter un enfant.

Le non-renoncement de Thomas Beatie  a ainsi contribué à créer un individu mutant, ni vraiment femme, ni tout à fait homme, avec toutes les dérives que ça pourrait entraîner par la suite.

Et à moi, à titre tout à fait personnel, cette expérience me fait un peu froid dans le dos…

Alors j’ai envie de revenir à des basiques, des essentiels.

Comme l’une de mes chansons fondatrices.

 

 

 

 

 

Elisabethh

 

 

Keb Mo, le renouveau du blues

Je pensais que le blues, le vrai, celui qui répartit les frissons tout le long du corps, était mort avec John Lee Hooker et Muddy Waters.
Je craignais que l’âme et les racines de la musique noire, ne soient définitivement noyés sous les flots du rap actuel, de ses excès d’ors et de heurts.

Et puis j’ai entendu Keb Mo…

Kevin Moore est né à Los Angeles en 1951, de parents issus du Deep South des Etats-Unis.
Dans la tradition des bluesmen qui l’ont précédé, de Mc Kinley Morganfield (Muddy Waters) à Henry St Clair Fredericks (Taj Mahal), le jeune chanteur et guitariste de blues a très tôt choisi son nom de scène, Keb Mo, celui qui le révéla au public avec son premier album éponyme en 1994.

Keb Mo, à lui seul, est un lien entre le blues des origines, et sa forme moderne, ouverte à d’autres influences comme celle de la pop, du rock folk, et du jazz.
Ses sonorités uniques, doivent finalement autant à des influences comme celles de ses amis de longue date, plus folk, Bonnie Raitts et Jackson Browne, qu’à celles du “Godfather” du blues, Robert Johnson.

Son dernier album, Suitcase, sorti en 2006, est un impressionnant recueil de ballades, de sonorités country blues, et d’odes à l’amour.
Il a été enregistré au studio mythique Shangri-La, à Malibu, où sont déjà passés des légendes comme Bob Dylan, Eric Clapton, Neil Young, Johnny Cash…

Keb Mo a remporté plusieurs Grammy Awards pour le meilleur album blues.

Le blues, comme le gospel, comme la soul, sont des musiques qui extirpent les émotions enfouies et les recyclent en ondes positives.
Elles font appel à l’âme, et murmurent des évidences oubliées.
Que la douleur s’apaise.
Que les sourires peuvent se chanter.

Keb Mo est un immense artiste, déjà une légende.

Yaron Herman, un ovni sur la planète piano jazz


Lorsqu’on écoute le dernier CD de Yaron Herman, A time for everything, on se trouve plongé dans un univers parallèle qui n’appartient à aucune case.
A une liberté d’improvision qui n’est pas sans rappeler celle de Keith Jarrett (sa grande référence), Yaron, pianiste surdoué, ajoute de la pétillance, de l’humour, et se permet de revisiter des standards du rock et de la pop, tels que Message in the bottle de Police, ou encore Hallelujah de Léonard Cohen, et même, comme sa grande amie Yael Naim, un surprenant Toxic de Britney Spears…

Lorsqu’on assiste à un concert de Yaron Herman, ce mélange entre introspection et fantaisie, profondeur et auto-dérision permanente, se retrouve.
Et le sentiment d’avoir assisté à un véritable évènement, demeure.
Car Yaron Herman est un phénomène, comme il n’en existe qu’un ou deux par génération.
Il tourne en concert un peu partout en France cet été, c’est une occasion unique de découvrir un très grand jazzman, révélation de l’année 2007 en France.

Elisabethh.

Petit extrait de sa biographie telle qu’elle figure sur son site officiel (lien direct dans la blogoliste), qu’il faut impérativement visiter.

Yaron Herman est né le 12 juillet 1981 à Tel-Aviv.
Il commence le piano relativement tard à l’âge de 16 ans, ayant pour professeur le célèbre Opher Brayer, connu pour sa méthode d’enseignement basée sur la philosophie, les mathématiques, la psychologie…Deux ans plus tard seulement, Yaron gagne le prestigieux prix Rimon dans la catégorie « Jeune talent ».

Il s’agit là d’un cas unique dans l’histoire de la musique et du piano, d’une révélation et d’une fulgurance des plus étonnantes, certainement dû à la précocité, et l’intelligence d’un enfant surdoué. Yaron donne des concerts dans les plus prestigieuses salles de concert en Israël (Musée de Tel-Aviv, The Tel-Aviv Cinematek, The Camelot, Givataim Théêtre, Einav Center).

A 19 ans, Yaron part à Boston, où il compte bien fréquenter la Berklee College School of Music. Le jeune homme avide de connaissances et de découvertes n’y trouve pas la matière et l’inspiration, dans un système fondé sur la compétition au détriment de l’épanouissement individuel. Il décide de rentrer à Tel-Aviv deux mois après, et fait une brève halte à Paris lors de son voyage retour. Il rencontre, le soir même, quelques musiciens lors d’une Jam-session, et se retrouve immédiatement engagé le lendemain. Il ne quittera plus Paris dès lors. C’est une période de rencontres, d’échanges musicaux, et Yaron commence à se faire un nom dans le milieu musical parisien.

Il étonne par sa précocité, son talent, sa fougue, et devient vite le pianiste dont tout le monde parle avec admiration et stupéfaction. Il reçoit le Trophée « Nouveaux talents » du Sunside, à l’unanimité du Jury. A l’âge de 21 ans, il enregistre pour le Label Sketch son premier disque « Takes 2 to know 1 » aux côtés du batteur Sylvain Ghio, son compère et ami de toujours. Là encore la formule (piano/batterie) surprend, étonne et reçoit une critique unanime de la presse. Le disque est en play-list et en sélection sur TSF, est « un coup de cœur » sur France Infos, le concert inaugural est retransmis sur France Musiques. Là où les Majors débarquent avec une débauche de moyens publicitaires, de marketing et de promo, Yaron fait un pied de nez singulier, basé sur la seule musique pour séduire une presse parisienne pourtant très courtisée.

Georges Avakian, producteur de la session mythique « Kind of Blue » de Miles Davis, et des premiers enregistrements de Keith Jarrett, sollicité pour donner ses impressions sur la musique de ce prodige a la formule courte et percutante « Yaron is the real thing ».

Plus surprenante encore est la profondeur de la démarche du pianiste. Il développe une théorie musicale de l’improvisation appelée « Real Time Composition » qui lui vaudra d’animer un cycle de conférences à la Sorbonne, invité par Laurent Cugny.

La musique, la philosophie, les mathématiques se rejoignent sur le terrain où le musicien devient expert et un professeur très écouté. Il analyse brillamment la musique de ses maîtres, et notamment Keith Jarrett. On pourrait citer Paul Bley, John Coltrane, Lennie Tristano, mais aussi Bach comme des influences majeures de sa musique, sans oublier le folklore traditionnel de ses origines, et la musique pop de sa génération (Björk, Beasty Boys…).

Moon River

Hatikvah avec Michel Portal

Toxic