La Bobine: dérouler le fil de la psychogénéalogie…

La Bobine est un film protéiforme, multi-directionnel et multi-pistes. Nous ne l’avons pas décidé ainsi, mais il s’avère que ça s’impose ainsi.

Film d’histoire et de mémoire, je n’y reviens pas. Pas encore, du moins.

Film d’une nébuleuse familiale hors du commun, voici une autre piste.

La configuration de la famille Haïk est complexe, voire ubuesque, et les plus fins limiers y laisseront des loupes, c’est certain.

Prenons mon cas personnel.

Elisabeth Haïk, ayant pour grand-père maternel Jacques Haïk, et pour grand-père paternel Jacques Haïk. (Ceci pouvant peut-être expliquer certaines curiosités de mon caractère…)

Mes deux grands-pères Jacques Haïk avaient pour cousin, l’un germain et l’autre issu de germain, Jacques Haïk le producteur.

Ces trois Jacques Haïk ne sont, si je puis dire, que des Jacques Haïk parmi tant d’autres de la même famille…

La quasi-totalité des Jacques Haïk,  ont ou avaient un frère nommé Joseph Haïk.

Cette situation en apparence absurde, n’est qu’une infime partie de ce qui nous attend dans l’absurde.

La Bobine est un film merveilleux, duquel l’absurde pourra surgir à tout moment.

Je goûte infiniment ces petites touches de fantaisie qui jalonnent l’histoire de ma famille, une fantaisie à laquelle se mêle parfois le tragique, parfois le romanesque, mais en tout état de cause toujours l’extra-ordinaire. Et c’est cette alliance de la fantaisie, du tragique et du romanesque, qui nous a lancées, Claudine, Elisabeth F, et moi, dans l’aventure de la Bobine avec le plus grand sérieux, mais sans jamais se prendre au sérieux.

Les bizarreries de la généalogie Haïk ne pouvaient que nous conduire à la psychogénéalogie.

La psychogénéalogie est une approche de la psychologie et de la psychothérapie développée dans les années 1970 par Anne Ancelin Schützenberger selon laquelle les événements, traumatismes, secrets, conflits vécus par les ascendants d’un sujet conditionneraient ses troubles psychologiques, ses maladies, et ses comportements étranges ou inexplicables. (Wikipédia)

Plus nous avançons dans les découvertes sur la Bobine, et plus il se trouve que certaines histoires semblent se reproduire de façon troublante dans la famille Haïk, de même que certains traits de caractère ou de personnalité. Ces histoires qui se reproduisent, sont toutes des histoires dans lesquelles le tragique, le romanesque, et l’extra-ordinaire sont liés. C’est l’histoire de Jacques Haïk le producteur, mais aussi d’autres histoires d’autres êtres de son sang, histoires parallèles ou anachroniques, mais toujours similaires.

Alors la Bobine devient un film dans lequel les personnages sont  réels et romanesques, fantaisistes et fantasmagoriques, familiers et pourtant encore si lointains.

Mais c’est  l’humanité de l’histoire, des histoires de la Bobine, qui trouvera un écho en chaque spectateur, Haïk ou non.

Alors chacun se surprendra à se demander quelle est la part de Jacques Haïk en lui.

Le sel d’une larme

Tourner un film dont l’objet est une recherche de mémoire et d’histoire, est une entreprise à haut quotient émotionnel.

Et comment n’en serait-il pas autrement, lorsque sur le chemin de la quête, des rencontres inattendues se transforment en purs moments de vérité?

La route vers la Bobine continue de me remuer au plus profond, et les ombres, devant nous, nous poussent en avant.

Je ne sais toujours pas ce que je cherche, mais à chaque nouveau pas, à chaque nouvelle rencontre je le trouve, dans une parfaite évidence. Avec Claudine Bourbigot et Elisabeth Feytit, nous cheminons à notre exact rythme, et qu’on se le dise: je commence à aimer les repérages, ces déambulations en apparence à l’aveugle, et qui pourtant conduisent à une éclatante lumière.

D’accord, je cesse de parler par ellipses. Mais j’aime bien les ellipses sans éclipses, c’est-à-dire celles qui tournent autour du sens sans en masquer la clarté.

D’accord, je cesse.

Mais la technique de l’ellipse sans éclipse est, chez moi, un détour de la pensée qui intervient dans des circonstances bien précises. Appelons cela tourner autour du pot, pour faire enfin simple, et comprenons que lorsque je tourne autour du pot sans pouvoir dire les mots, c’est que je suis touchée au coeur.

Au fur et à mesure que j’avance dans l’entreprise de la Bobine, je m’aperçois de l’effet produit par le nom de Jacques Haïk sur les gens que je découvre, et ce quel que soit le Jacques Haïk, même celui qu’on n’attendait pas ici, pas maintenant.

“Jacques Haïk” devient un concept, presque un emblème, celui des gens qui se souviennent. “Jacques Haïk” fédère les mémoires de ceux qui sont partis de là-bas, un pas très beau jour sur un bateau, et de ceux qui sont partis d’ici beaucoup trop tôt.

Jacques a dit raconte-moi, et les yeux de ceux que j’ai croisés sur ma route ont pétillé.

Jacques a dit souviens-toi, et les yeux de ceux que j’ai rencontrés ont brillé, puis se sont embués dans les miens.

La Bobine, ce film que nous faisons avec nos rires et nos coeurs, est comme le sel d’une larme. C’est un cadeau de la vie qui continue, à tous ceux qui ont vécu.