Woody Allen, l’autodérision et la relativité du tragique

“Dieu est mort, Marx est mort, et moi-même je ne me sens pas très bien.”

Une bonne partie de Woody Allen se trouve dans ce constat dont l’absurdité même fait toute la force.

Car la principale cible de l’humour de Woody Allen, c’est évidemment lui-même face à ses angoisses existentielles, et son principal remède contre ses peurs, c’est leur mise en scène en mots et en images, en utilisant les recettes de l’humour juif, c’est-à-dire l’autodérision et l’absurde.

Dans toute l’oeuvre de Woody Allen, il y a une concordance entre l’homme qu’il est dans la vraie vie, et les personnages qu’il choisit pour le représenter. Mais cette large part d’autobiographie ne doit pas faire oublier qu’il est avant tout artiste incroyablement complet et polyvalent: auteur, metteur en scène, scénariste, et acteur de la plupart de ses films.

Woody Allen écrit, caste, dirige et conçoit l’intégralité de ses films du début à la fin du processus, et fait d’ailleurs très régulièrement appel à la même équipe technique et de production, rôdée à ses méthodes de travail.

Les thèmes chers à Woody Allen dans la plupart de ses films reprennent les concepts freudiens de désir, de sexualité, et d’angoisse face à la mort.

Ils sont d’ailleurs déjà parfaitement synthétisés à l’époque de Annie Hall (1977).

Dans ce film, Woody Allen développe la thèse très psychanalytique selon laquelle les seuls moyens d’échapper à la mort seraient la sexualité – option largement choisie par l’auteur dans son art et dans sa vie privée… – et la croyance en Dieu assortie de la pratique religieuse, cette deuxième option étant toujours âprement discutée par Woody Allen.

Sa peur de la mort pourrait être ainsi résumée:

“Je ne veux pas atteindre l’immortalité grâce à mon oeuvre. Je veux atteindre l’immortalité en ne mourant pas.

Certains critiques ont également pu relever dans l’oeuvre de Woody Allen un parallèle avec Jean-Paul Sartre, notamment dans son scepticisme quant à la possibilité de l’engagement amoureux absolu et durable.

Scène de fin dans Annie Hall

Particulièrement savoureux et révélateur aussi sur le sujet inépuisable de l’amour-désespoir, ce dialogue de Guerre et Amour (1975):

Natasha, aimer, c’est souffrir. Pour éviter la souffrance, on ne doit pas aimer.  Mais alors, on souffre de ne pas aimer. Donc, aimer c’est souffrir, ne pas aimer c’est souffrir, souffrir c’est souffrir. Etre heureux, c’est aimer, donc être heureux c’est souffrir, mais souffrir nous rend malheureux, donc pour être malheureux on doit aimer, ou aimer pour souffrir, ou souffrir de trop de bonheur. J’espère que tu conçois tout ça.”

Vicky Cristina Barcelona sort le 8 octobre en France, avec laquelle Woody Allen a une fibre particulière et réciproque. Il était donc d’actualité de lui consacrer cet article.

Tu n’as pas de valeurs. Toute ta vie, c’est le nihilisme, c’est le cynisme, c’est le sarcasme, et l’orgasme.
Tu sais, en France je pourrais me présenter sur ce slogan et gagner. (Harry dans tous ses états)

Mais surtout, Woody Allen fait partie de mes auteurs absolument incontournables. C’est pourquoi je termine  avec lui, mon cycle consacré aux maîtres de l’ironie, l’humour et de la dérision.

Ajoutons que Woody Allen est autant littérateur que cinéaste, il joue avec les mots et les concepts autant qu’avec les images. Il avait donc toute sa place dans les bulles littéraires.

Allen Stuart Königsberg est né à New York le 1er décembre 1935. Il passe son enfance à Midwood, Brooklyn, aux côtés de son père (Martin Königsberg), de sa mère (Netty Cherrie) et de sa jeune sœur (Letty). Ses oncles et tantes sont aussi très souvent chez eux.

Il commence sa scolarité à l’école juive, où il restera pendant huit ans avant de rejoindre l’école publique, à la Midwood High School.

Très jeune, Allen commence à gagner sa vie en écrivant des gags pour l’agent David Alber, qui les revend à différents chroniqueurs. À l’âge précoce de 16 ans, il se met à écrire pour des stars telles que Sid Caesar. C’est à ce moment qu’il décide d’endosser le pseudonyme de Woody Allen.

Woody rejoint ensuite l’université de New York où il est censé étudier la communication et le cinéma. Toutefois, son absence de résultats et son manque d’intérêt pour les études , lui font rapidement abandonner son cursus. Plus tard, il fréquentera encore brièvement le City College de New York.

À 19 ans, il est auteur pour d’importantes émissions de télévision telles que The Ed Sullivan Show, The Tonight Show, Caesar’s hour…

Naturellement doué pour la comédie, en 1960, il entame une nouvelle carrière dans le stand-up. Parallèlement à cela, il contribue à la revue From A to Z de Broadway et commence à écrire pour le très populaire show télé Candid Camera, apparaissant même dans quelques épisodes. En outre, il rédige des nouvelles publiées dans certains magazines dont le très fameux New Yorker.

Petit à petit, avec l’aide de son manager, Allen transforme ses défauts « psychologiques » en qualités « théâtrales ». Il développe ainsi son célèbre personnage d’intellectuel névrosé, instable et nerveux. Rapidement, il rencontre un succès qui lui ouvre les portes de la télévision et des nightclubs. En 1969, sa popularité est telle qu’il apparaît en couverture du Life Magazine à l’occasion de l’ouverture à Broadway de Play It Again, Sam.

La carrière cinématographique de Woody Allen débute en 1965, lorsqu’il joue dans son premier film Quoi de neuf Pussycat. À noter qu’il est seulement scénariste et acteur sur ce film, et qu’il n’a pas du tout apprécié la sensation de ne rien contrôler du devenir de son scénario.

En 1967, il interprète le neveu de James Bond dans Casino Royale.

A la fin des années 60, Woody Allen commence à réaliser tous ses films. Prends l’oseille et tire toi (Take the money and run), Bananas, Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans oser le demander (Everything You Always Wanted To Know About Sex (But Were Afraid to Ask)), Woody et les robots (Sleeper), ainsi que Guerre et Amour (Love and Death), sont de grands succès, et s’inscrivent dans la continuité de son travail d’auteur de sketchs télévisés. Il s’agit exclusivement de pures comédies s’appuyant beaucoup sur des gags visuels. Woody Allen est alors fortement influencé par Bob Hope et  Groucho Marx.

Dans ces films, il développe  son propre personnage comique, une sorte de variation du Schlemiel, personnage du folklore yiddish caractérisé par la timidité, et la persévérance malgré l’échec.

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir…

La période qui suit est certainement la plus prolifique et la plus célèbre de la carrière de Woody Allen. En moins de 10 ans, il écrit et réalise ses films les plus unanimement salués.

C’est l’époque d’Annie Hall (quatre Academy Awards, meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario et meilleure actrice pour Diane Keaton) Manhattan, La Rose Pourpre du Caire (L’un des 100 meilleurs films de tous les temps selon le Time Magazine et l’un des trois favoris de Woody Allen lui-même) ainsi qu’Hannah et ses soeurs, qui remporte trois Academy Awards.

La rose pourpre du Caire

Annie Hall est le premier film marquant un tournant majeur dans l’œuvre de Woody Allen. Il s’oriente alors vers un humour plus sophistiqué et entre dans le registre des comédies dramatiques. Certains iront jusqu’à dire qu’il a peut-être réinventé ce genre ou, au moins, en a fixé les règles modernes.

Mais outre cela, Woody Allen parvient surtout à trouver son style, sa touche personnelle. Avec Annie Hall, il se détache de l’influence de ses idoles pour imposer son propre personnage et avec lui, tout son univers de questions existentielles obsédantes. Le tout sur fond de jazz, de références culturelles, et de dérision permanente.

Dans cet univers-là, on aborde une inconnue en lui parlant de Sartre, et on la retrouve une heure plus tard pour discuter avec elle de Kierkegaard dans un club de jazz, en écoutant du Cole Porter…

Manhattan (1979) est l’œuvre de la confirmation. Tourné en noir et blanc, il est autant une réflexion intellectuelle brillante et nostalgique sur la fin de l’amour, qu’un hommage en musique – Gershwyn est omniprésent – et en images à New York, finalement le seul amour éternel de l’auteur.  Manhattan est sa troisième collaboration avec Diane Keaton, dont il partageait la vie à l’époque.

Manhattan, intro, Rhapsody in blue

Woody Allen est obsédé par l’idée que même si nous choisissons de l’ignorer, la présence constante de la mort réside dans l’idée de Dieu et dans l’hypothèse, non vérifiée, d’un ordre moral dans l’univers, d’une vie après la mort, et d’une destinée humaine. Dans toute son oeuvre, est prégnante l’idée que l’homme vit dans un univers incertain dans son existence.

“Je ne crois pas en lau-delà mais j‘emmènerai quand même des sous-vêtements de rechange.”

“Tant que l’homme sera mortel, il ne sera jamais décontracté.”

Pour Woody Allen, l’incertitude quant l’existence de Dieu, est un aspect absolument incontournable à prendre en compte par l’humanité. Le sort de tout être humain est donc de vivre dans cet univers incertain, tout en gérant tous les paradoxes que sont le désir, le destin, la sexualité.

L’ironie et le destin, deux aspects essentiels de notre existence, sont encore récurrents chez Woody Allen.

Dans Maudite Aphrodite (1996), un choeur évoquant la tragédie grecque rappelle qu’il est dangereux de vouloir changer la destinée.

Les années 1990 constitueront une décennie d’essais ou d’hommages (Ombres et brouillard, 1992, Meurtre mystérieux à Manhattan, 1993, Coups de feu sur Broadway, 1994). En 1996, Tout le monde dit I love you remporte un vif succès public et des nominations aux Golden Globes et aux Academy Awards.

En 1997, Harry dans tous ses états (Deconstructing Harry), apparaît sans doute comme le plus autobiographique de tous ses films. On y retrouve tous les thèmes majeurs de son œuvre, dans une parodie de sa propre existence.

En 1999, dans Accords et désaccords (Sweet and Lowdown), Woody Allen rend une fois de plus hommage à l’une de ses passions : le jazz. Le film met en scène un guitariste fictif dans un univers musical bien réel, où l’on croise et recroise la route de Django Reinhardt.
Le film, très réussi, est servi par une musique magnifique et une interprétation magistrale de Sean Penn.

Sean Penn à la guitare dans Accords et désaccords

A cette occasion, il faut rappeler que Woody Allen vit très intensément et très concrètement sa passion pour le jazz, puisqu’il joue de la clarinette toutes les semaines avec sa formation New Orleans au Carlyle Hotel de New York, et fait régulièrement des tournées internationales.

Entre 2000 et 2003, Woody Allen retourne à la pure comédie.
Escroc mais pas trop, (Small time crooks), Le sortilège du scorpion de jade (The curse of Jade scorpion), Hollywood Ending, La vie et tout le reste,  Melinda et Melinda sont des films légers, mais le public ne suit pas et la critique est sceptique.

Woody Allen renouera avec le succès à partir de 2005 avec Match point, un film réalisé à Londres, avec sa nouvelle égérie, Scarlett Johansson.  Le film lui vaut plusieurs nominations aux Oscars, Golden Globes et Césars.

Outre les sketches, le cinéma et la musique, le talent de Woody Allen s’est aussi exprimé au théâtre.
Second Hand Memory (créée à New-York en 2004, mise en scène par Woody Allen)
Adultères (2006)
Puzzle (2007) Un suspense psychologique, une comédie psychanalytique

Il a écrit aussi un bon nombre de recueils de nouvelles et de livres regroupant ses réflexions diverses.

Dieu, Shakespeare et moi. Opus 1 (Without feathers, 1975) trad. et adapt. Michel Lebrun. Paris : Solar, 1975, 270 p. Rééd. Paris : Seuil, 1985, 134 p. (Points. Point virgule ; 30). ISBN 2-02-008617-4. Paris : Éd. du Seuil, 2001, 153 p. (Point virgule ; 9). ISBN 2-02-048235-5
Destins tordus (Side effects); trad. Michel Lebrun. Paris : R. Laffont, 1981, 178 p. (Pavillons). ISBN 2-221-00713-1. Rééd. Paris : Seuil, 1988, 178 p. (Points. Série Point-virgule ; 58). ISBN 2-02-009871-7. Paris : R. Laffont, 2006, 203 p. (Pavillons poche). ISBN 2-221-10642-3
L’Erreur est humaine (Mere anarchy, 2007) ; trad. Nicolas Richard. Paris : Flammarion, 2007, 252 p. ISBN 978-2-08-120367-9. Rééd. Paris : le Grand livre du mois, 2007, 252 p. ISBN 978-2-286-03261

Pour en finir une bonne fois pour toute avec la culture / Opus 2 (Getting even, 1973)

Laissons lui le mot de la fin, il est bien trouvé…

“J’aimerais terminer sur un message d’espoir, mais je n’en ai pas. Est-ce que deux messages de désespoir vous iraient?”

Sources bibliographiques
Wikipédia

Sacha Guitry, grand seigneur et grand esprit

“Plaire à tout le monde, c’est plaire à n’importe qui.”

S’il est une chose dans laquelle a excellé Sacha Guitry, c’est dans l’art d’alimenter la controverse sur sa personne. En dehors de son esprit puissant, c’est son plus grand point commun avec Oscar Wilde.

Comme Oscar Wilde, Sacha Guitry a été fêté, admiré, haï, dénigré et injustement traîné dans la boue, a connu l’incarcération et l’humiliation. Et comme Oscar Wilde, ses ennemis lui furent beaucoup plus fidèles que ses amis.

De Sacha Guitry, on connaît l’esprit parisien, le raffinement, le goût du luxe, les réflexions pleines d’ironie sur l’amour et les femmes, on connaît la superbe, l’emphase, ainsi qu’une certaine préciosité.

Mais on ignore tout le reste.

On ignore par exemple que s’il était lui-même l’auteur dramatique le plus joué de son époque, il était avant tout un “fan” d’autres auteurs, écrivains, peintres, qu’il a intimement cotoyés et admirés toute sa vie.

Sacha Guitry était doué d’une sincère capacité d’admiration pour les autres artistes, sans aucune envie ni jalousie. En témoignent les nombreuses collections qu’il possédait, de manuscrits originaux, de tableaux, d’objets ayant appartenu aux grands hommes qu’il adorait.

Octave Mirbeau, Claude Monet, Sarah Bernhardt, Tristan Bernard, Jules Renard, Georges Clémenceau, et tant d’autres grands noms, furent ses intimes depuis son enfance, car ils furent d’abord les amis de son père, Lucien Guitry. Avec un tel environnement quotiden, comment ne pas grandir en étant un peu plus exceptionnel que les autres?

Les femmes furent sa passion et son tourment, il les aima autant qu’il les désaima, mais à lire parfois les jolies choses qu’il était capable de déclarer à une femme aimée, on se prend à rêver…

Comment les autres hommes peuvent-ils vivre sans toi?”, écrit-il du temps de son grand amour avec Yvonne Printemps, dans sa pièce  Je t’aime.

Mais c’est le même Sacha Guitry qui écrit, probablement à l’époque d’une rupture:

“Pour se marier, il faut un témoin, comme pour un accident ou un duel.”

L’ironie, l’humour et l’esprit, traversent toute la vie et l’oeuvre de Sacha Guitry. D’ailleurs bien souvent sa vie se confond avec son oeuvre, ses femmes furent ses co-interprètes, et son père vénéré et admiré, Lucien Guitry, l’interprète de plusieurs de ses pièces.

Sacha Guitry et Lana Marconi dans Donne-Moi tes yeux

Son amour était puissant et entier, son désamour était caustique et parfois cruellement lucide, mais jamais il ne manqua d’élégance ni d’esprit.

Pour Sacha Guitry, un esprit est d’autant plus brillant, qu’il est léger.

La légèreté d’esprit n’est-elle pas compatible avec les vertus les plus hautes, avec le génie même?
Nous en avons des témoignages innombrables.
Et, pour ma part, j’aurais plutôt quelque méfiance à l’égard de la gravité- car il est fort aisé d’en faire le simulacre. Cela peut être une attitude, un parti pris, tandis qu’on ne peut pas prendre le parti d’être léger. On ne peut pas faire semblant d’avoir de l’esprit. Il faut en avoir. Et n’en a pas qui veut.
de 1429 à 1942

Même, je vais plus loin. Les gens qui ne peuvent pas admettre l’ironie me donnent de l’inquiétude à leur propre sujet. Et quant à ceux qui ne tolèrent pas la plus inoffensive plaisanterie à l’égard de leurs entreprises et de leurs conceptions, ceux-là me laissent à penser que leurs conceptions, comme leurs entreprises, ne sont peut-être pas raisonnables. Redouter l’ironie, c’est craindre la raison.

Il y a des exceptions, j’en conviens. Elles sont rares. Un homme comme Pasteur, oui, est une exception, mais de toutes les manières, il est une exception. Et Pasteur est trop grand pour servir d’exemple. [..]

Etre sérieux, c’est visiblement se prendre au sérieux. C’est attacher beaucoup trop d’importance à soi, à ses opinions, à ses actes.
Etre léger, visiblement, c’est démasquer les vaniteux, c’est inquiéter les hypocrites, confondre les méchants, c’est opposer la grâce à la mauvaise humeur – et c’est donner en outre un témoignage exquis à la pudeur morale.[..]

L’esprit vient modérer le zèle intempestif, il tient en respect les médiocres – et intellectuellement il est, si j’ose dire, un excellent thermomètre du climat des individus.

Les vertus sont impersonnelles – et la probité d’un coiffeur ressemble à s’y méprendre à celle d’un teinturier. Tandis que la fantaisie de Henri Monnier diffère essentiellement de celle de Alphonse Allais. Les vertus que nous pouvons avoir nous ont été prêtées – et nous les rendons intactes, afin qu’elles puisent servir à d’autres. La Fantaisie n’est pas un prêt, elle est un don. Elle est, je le répète, un sens. Sens qui, à l’image de nos autres sens, naît, vit et meurt avec nous.

Il en va de même de l’humour. Et c’est parce que la plupart des gens en sont dépourvus qu’il est si mal considéré. Il est vrai que, si tout un chacun possédait ce sens, l’humour en souffrirait, car pour qu’une plaisanterie humoristique ait son plein rendement, il convient d’être trois: celui qui la profère, celui qui la comprend – et celui à qui elle échappe.

Extrait de De 1429 à  1942.

 

 

Sacha Guitry est né le 21 février 1885 à Saint-Petersbourg où son père, Lucien Guitry, a signé un contrat avec le théâtre Michel pour neuf saisons. Ses parents se séparent en 1889 et Mme Guitry rentre en France avec Jean, l’autre enfant du couple.

De retour en France au printemps 1890, Sacha retrouve sa mère et son frère. Avec ce dernier, il s’unit pour ne rien faire, et les deux frères sont renvoyés coup sur coup d’une dizaine d’établissements scolaires publics ou privés. De cette époque date la défiance de Sacha Guitry, espoir des cancres et parfait autodidacte, pour les méthodes sclérosées d’éducation de son temps.

En 1901, Sacha Guitry, encore élève, écrit sa première pièce, Le Page. Elle sera créee le 15 avril 1902 au théâtre des Mathurins et rencontre un succès honorable. Il abandonne définitivement ses études, sans les avoir jamais réellement commencées.

En juillet 1902, meurt Renée de Pont-Jest, mère de Sacha Guitry.

En 1904, dans les couloirs du théâtre de la Renaissance, que dirige alors Lucien Guitry, Sacha rencontre une jeune comédienne, Charlotte Lysès, dont il s’éprend.

Il fait ses débuts d’acteur sous le nom de Lorcey, avec un petit rôle confié par son père dans L’Escalier, au Théâtre de la Renaissance. Suivront quelques petits rôles au théâtre, toujours sous la direction de Lucien Guitry.

En janvier 1905, alors qu’il joue le rôle du beau Paris dans La Belle Hélène, de Jules Lemaître, il arrive en retard au théâtre, rate son entrée en scène, et est mis à l’amende par son père. Sacha n’accepte pas la sanction, quitte le théâtre, et c’est le début d’une brouille entre père et fils, qui durera treize ans.

A la fin de l’année 1905, Nono est créee au théâtre des Mathurins, et c’est le premier très grand succès de Sacha Guitry. Jules Renard essaie de le réconcilier avec son père, sans succès. Sacha Guitry et Charlotte Lysès vivent désormais ensemble et se marient en 1907.

L’échec de La Clef, la même année, décourage un temps Sacha Guitry et c’est le soutien indéfectible de son grand aîné Octave Mirbeau qui lui donne le courage de continuer ; admiratif et reconnaissant, Sacha Guitry sollicite de lui une préface pour sa Petite Hollande en 1908 et, plus tard, lui consacre une pièce, Un sujet de roman, créée le 4 janvier 1924 par son père Lucien Guitry dans le rôle du grand écrivain.

Suivent des années de succès et de représentations à Paris et en Europe des pièces de et avec Sacha Guitry, et Charlotte Lysès. Un beau mariage (1911),  Le Veilleur de Nuit, et la Prise de Berg-op-Zoom (1912), la Pélerine écossaise, Deux Couverts (1914), la Jalousie (1915), Faisons un rêve, Jean de la Fontaine (1916).

Les années de son premier mariage sont celles de la révélation triomphante et triomphale.

Ce sont celles aussi de ses débuts, en 1915, avec le cinéma. Ceux de chez Nous est un film qui présente en plein travail les plus grands noms de l’art en France, et auxquels Sacha Guitry souhaite rendre hommage, en réaction à un manifeste allemand exaltant la culture germanique. Il filme ainsi certains amis de son père, Rodin, Claude Monet, Sarah Bernhardt, Anatole France, Auguste Renoir, entre autres. Il note leurs paroles et les répète durant les diffusions publiques, inventant en quelque sorte, et avant l’heure, la voix off.

Mais comme Jouvet, il reproche au cinéma de ne pas avoir la même puissance que le théâtre et ne s’y met qu’en 1935, sous l’influence de sa jeune épouse Jacqueline Delubac.

En 1917, il se sépare définitivement de Charlotte Lysès, et commencent les années Yvonne Printemps. Sacha Guitry se réconcilie enfin avec son père au début 1918, et désormais, tous les rôles de Lucien Guitry seront écrits par son fils. En 1919, Lucien Guitry crée Pasteur, alors que la fille du grand savant se trouve dans la salle aux côtés de Sacha Guitry et Yvonne Printemps.

Lucien Guitry

 

Le mariage a lieu en 1919, avec pour témoins Sarah Bernhardt, Lucien Guitry, Georges Feydeau, et Tristan Bernard. Le plus beau soir de la vie de Sacha Guitry, ainsi qu’il le dira plus tard lui-même, est celui du 8 octobre 1919, création au théâtre de la Porte Saint-Martin de Mon père avait raison, dans laquelle il joue avec Lucien Guitry et Yvonne Printemps.

Les années Yvonne Printemps sont prolixes et éclatantes, elles sont celles aussi du bonheur retrouvé avec son père. Les triomphes se succèdent. Béranger, Je t’aime (1920), Le Comédien (1921), pièce hommage à Lucien Guitry dans lequel celui-ci interprète le rôle principal, Une petite main qui se place, l’Illusionniste (1922), Un sujet de roman, le Lion et la Poule (1923).

En 1925, les représentations de On ne joue pas pour s’amuser sont interrompues du fait de l’état de santé de Lucien Guitry. Celui-ci meurt en juin. Durant l’été, selon le voeu de son père, Sacha Guitry écrit Mozart. Yvonne Printemps et Sacha Guitry s’installent au mythique hôtel particulier de Lucien Guitry avenue Elysée-Reclus à Paris, celui qui abritera au fil des années le “bureau-musée” de Sacha Guitry.

La vie commune de Sacha Guitry et Yvonne Printemps s’achève en 1932, lorsque Pierre Fresnay entre la vie d’Yvonne et Jacqueline Delubac dans celle de Sacha.

Sacha Guitry continue d’écrire pour le théâtre (Désiré, 1932, Mon double et ma moitié, 1934, le Nouveau Testament, 1935), et se tourne aussi de plus en vers le cinéma, en y adaptant certaines de ses pièces.

En 1936, il tourne Le nouveau testament, puis il réalise Le roman d’un tricheur, pour beaucoup son chef-d’œuvre. Dans ce film, presque sans dialogue, à l’exception de quelques scènes, Guitry met en scène l’unique roman qu’il a écrit, Mémoires d’un tricheur. Il est le narrateur du film, et déjà son goût pour les histoires contées apparaît. Si l’histoire peut sembler banale, elle est en fait un éloge du cinéma, art de l’illusion. Tout Guitry est contenu dans ses quatre premiers films : jeu avec les procédés filmiques, reconstitution d’évènements ou biographie de personnages historiques, adaptations théâtrales. De 1935 à 1937, en trois ans, Guitry réalise dix films, dont au moins trois chefs-d’œuvre.À la fin des années 1930, tout va donc pour le mieux dans la vie de Guitry. Le seul point noir est son divorce d’avec Jacqueline Delubac, mais il se console rapidement et épouse Geneviève de Séréville qui est la seule de ses cinq épouses à porter le nom de Guitry.
Malgré, et sans doute grâce à son succès, les rapports de Sacha Guitry et de la critique sont tendus et conflictuels. Il a d’ailleurs des mots savoureux et féroces à l’égard de la critique et des critiques. “La critique est aisée- à qui le dites-vous! Elle s’enrichit à nos dépens et se nourrit de petits fours.”
Parmi les critiques les plus virulentes, on retrouve régulièrement l’accusation de mégalomanie, de prétention. Lorsque Guitry met en scène Si Versailles m’était conté, film montrant le château de Versailles de sa naissance à nos jours, on lui reproche d’être passé à côté de son sujet et d’avoir réalisé une visite au musée Grévin. La critique démolit le film et oublie que Guitry est réalisateur avec toutes les responsabilités que cela implique, mais également scénariste, dialoguiste et acteur. Peu de cinéastes assument autant de charges. Orson Welles, qui a joué dans Si Versailles m’était conté, et Napoléon, considérait Guitry comme son maître.
Une autre hypothèse peut être envisagée pour expliquer les rapports tendus de Sacha Guitry avec la critique : la virtuosité et l’évidente facilité avec laquelle le Maître s’approprie la technique cinématographique. Lorsqu’il réalise Le Destin fabuleux de Désirée Clary, il place le générique en plein milieu du film et s’offre le luxe de changer plusieurs interprètes avec une finesse rare. Du cinéma, Guitry a déclaré : « C’est une lanterne magique. L’ironie et la grâce ne devraient pas en être exclues. »
Désinvolture, élégance, finesse et humour alliés à une solide maîtrise technique, le style Guitry persiste et signe, attirant naturellement les médisances des médiocres et les jalousies des mesquins.

Le roman d’un tricheur

Sacha Guitry est réhabilité par la Nouvelle Vague et François Truffaut en particulier, qui voit en lui l’auteur complet, comme Charlie Chaplin.
Ce sont encore en partie ses inimitiés et les jalousies qu’il a suscitées, qui seront à l’origine du traitement qui lui sera réservé à la Libération.

Pendant toutes les années d’Occupation, à l’écart de toute pensée politique, il avait tenu à continuer sa vie d’homme de théâtre et de cinéma, pensant ainsi assurer la présence de l’esprit français face à l’occupant allemand.

Mon père avait raison

Ses actes de résistance, s’ils ne furent pas militaires, furent culturels et même actifs.  Grâce à son influence, il obtient la libération de personnalités, notamment celle de son “second père”, Tristan Bernard, et parvient à mettre en scène Le Destin fabuleux de Désirée Clary, œuvre cocardière sur la célèbre fiancée de Napoléon, et Donne-moi tes yeux.

 Il bataille également pour organiser une projection de son film Ceux de chez Nous, dans lequel figure Sarah Bernhardt, juive donc interdite de représentation et dont le célèbre théâtre a d’ailleurs été débaptisé.

Il organise une représentation pour venir en aide à Madame Courteline, juive donc privée des revenus tirés des droits d’auteur de son mari, et tient à ce que cette représentation ait lieu en matinée pour que Madame Courteline puisse y assister (les théâtres étaient interdits aux juifs le soir).

Mais Sacha Guitry continue pendant la guerre de se montrer dans le monde, de dépenser son argent sans compter, et finalement d’être celui qu’il a toujours été, avant tout un Parisien.

Le 23 août 1944, lors de la Libération de Paris, quelques heures après avoir parlé au téléphone avec son amie Arletty, il est arrêté par un groupe de résistants, agissant de leur propre initiative, qui lui reprochent son attitude à l’égard de l’occupant allemand. Il est alors conduit au Dépôt, en pyjama de soie jaune citron et en mules Hermès, puis incarcéré 60 jours sans inculpation, dans des conditions épouvantables pour son âge. Il est alors dénoncé dans la presse — sur des rumeurs infondées — par des écrivains comme Pierre Descaves ou certains journalistes du Figaro (dirigé alors par Pierre Brisson, dont il s’était fait un ennemi).

Ce faisant, ses détracteurs oublient qu’il s’est toujours opposé à ce que ses pièces soient jouées en Allemagne. Lui, s’en souviendra et lorsqu’il déclare à Pauline Carton, dans le générique de La Poison, que le décor de la cellule a été réalisé à partir de ses souvenirs, on sent poindre l’amertume dans sa voix. Tentant de prendre la chose avec humour, il déclare : « La Libération ? Je peux dire que j’en ai été le premier prévenu. »

Le juge d’instruction, ne sachant que lui reprocher, fait paraître dans les journaux, à deux reprises, des annonces demandant qu’on lui communique les accusations contre Guitry. Il n’obtient aucune réponse probante et classe le dossier. Sacha Guitry obtient finalement, en 1947, un non-lieu tardif, alors que le mal était fait. “Il n’y avait donc pas lieu, ” dira-t-il avec finesse.

Il publiera ses souvenirs sous forme de deux récits : Quatre ans d’occupation pour la période de 1940 à août 1944 et 60 jours de prison pour les deux mois pénibles et humiliants qui suivirent.

Séparé de Geneviève Guitry depuis 1944, il épouse Lana Marconi en 1949.

 Le succès revient dans les années 1950.

Le ton de ses films est plus mélancolique (Le comédien, Deburau, Le Trésor de Cantenac), parfois caustique (Je l’ai été trois fois, La Poison, La Vie d’un honnête homme), mais toujours comique (Toâ, Aux deux colombes, Tu m’as sauvé la vie).

La reconnaissance vient avec la commande de grosses productions historiques : Si Versailles m’était conté, Napoléon, Si Paris nous était conté.

Mots d’esprits et distribution prestigieuse font le charme de ces fresques. Sacha Guitry n’oublie toujours pas son arrestation, et réalise le très caustique Assassins et voleurs emmené par le duo Jean Poiret-Michel Serrault et dans lequel Darry Cowl fait ses débuts avec une scène pratiquement improvisée mais hilarante.

Darry Cowl dans Assassins et voleurs
 

Pour le mariage de Grace Kelly et Rainier de Monaco, en avril 1956, Sacha Guitry compose et dit un Impromptu.

Les trois font la paire est le dernier film qu’il réalise avec l’aide de l’acteur-producteur-réalisateur Clément Duhour, car la maladie l’a beaucoup affaibli. Film-somme sur le cinéma de Guitry où l’on retrouve tout ce qui fait le sel de son œuvre : jeu avec les procédés filmiques, fidélité avec certains acteurs, humour caustique.

Son testament artistique est le scénario de La Vie à deux qu’il rédige et où il refond plusieurs de ses pièces ; c’est Clément Duhour qui le réalisera après la mort du cinéaste, avec une pléiade de vedettes venues rendre hommage au maître.

Sacha Guitry meurt le 24 juillet 1957. Il repose au cimetière de Montmartre, à Paris,  avec son père Lucien Guitry, son frère Jean, mort en 1920, et sa dernière épouse Lana Marconi, décédée en 1990.

 

 

 

 

 

 

 

 

Oscar Wilde, dandy et esprit libre

 

“Il semble parfois que Dieu, en créant l’homme, ait quelque peu surestimé ses capacités.”

 

Cette phrase pourrait, à elle seule, illustrer toute l’ironie et l’irrévérence d’Oscar Wilde. Car selon sa tournure, on est en droit de se demander qui de Dieu ou de l’homme, dans l’esprit de l’auteur, aurait des capacités surestimées…

Oscar Wilde est l’auteur d’un unique roman, Le portrait de Dorian Gray, (1891), de poèmes, et d’une série de pièces de théâtre dans lesquelles il se pose, sans concession, en observateur de la haute société victorienne, puritaine et rigide, dans lesquelle il évolue.

Son esprit aiguisé et son ironie alerte, son goût de l’esthétique et du beau, ainsi que sa vie teintée de scandales, notamment son procès pour homosexualité, son intérêt pour le socialisme et l’anarchisme, en ont fait un personnage totalement décrié ou adulé.

Il est l’un des grands provocateurs de son temps, mais ses traits d’esprit atteignent toujours leur cible plus de cent ans après.

La vivacité de son esprit et la justesse de ses observations ne sauraient faire oublier qu’avant tout, Oscar Wilde fut un être sensible et profond, et que sous le masque du dandy et l’affectation de la superficialité se cachaient bien des conflits intérieurs.

Car la dérision et le cynisme ne sont-ils pas, bien souvent des remparts contre la fragilité?

En dépit des apparences, et même sans doute pour signifier que les apparences n’étaient rien d’autre qu’une agréable enveloppe, Oscar Wilde écrit, dans son essai, L’Ame Humaine: “L’homme a cru qu’il importait d’avoir, ignorant qu’il importe d’être.”

En cela, cent avant avant l’idée très en vogue, en psychologie, d’oser devenir qui l’on est, Oscar Wilde a toujours veillé à assumer ce qu’il était, sans concession à la norme.

Paradoxe, d’ailleurs, que celui d’avoir tellement observé, assimilé et décortiqué les codes sociaux et les mondanités, qu’il s’y fondait sans difficulté, tout en n’étant jamais dupe, et en n’oubliant jamais d’être lui.

‘Une oeuvre d’art est le produit unique d’un tempérament unique. Sa beauté vient de ce que son auteur est ce qu’il est. En aucun cas de ce que les autres veulent. A la vérité, dès qu’un artiste prend conscience de ce que désirent les autres et s’applique à les satisfaire, il cesse d’être un artiste. Il devient un artisan, terne ou amusant, un commerçant, honnête ou malhonnête ; il ne peut plus prétendre être un artiste. L’art est l’expression de l’individualisme le plus intense que le monde ait jamais connue, et j’aurais même tendance à dire la seule. ‘

 

Oscar Wilde est né le 16 Octobre 1854 à Dublin, en Irlande, cadet d’une famille de trois enfants. Sa mère, Jane Elgee, était écrivain et poète, chantre de la cause irlandaise, et son père Sir William Robert Wilde, un éminent chirurgien anobli par la Reine.

Après avoir reçu l’enseignement de professeurs particuliers à la domicile, Oscar Wilde entre en 1871 au Trinity College de Dublin, pour poursuivre ensuite des études de lettres classiques à Oxford, de 1874 à 1878. C’est là qu’il rencontre l’écrivain et critique Walter Pater (1839-1894) avec lequel il fonde le Mouvement Esthète, ou “l’art pour l’art”, qui prône la recherche du beau, sans préoccupation morale ou sociale.
Wilde se révèle un étudiant brillantissime et remporte de multiples prix et récompenses.

Après Oxford, il s’installe à Londres et écrit principalement de la poésie. Son premier recueil, Poèmes, est publié en  1881.

La même année, il entreprend une grande tournée aux Etats-Unis et au Canada, pour donner des conférences sur l’esthétisme. Il rentre en Europe en 1883 et s’installe pendant un temps à Paris.
In 1884, il épouse Constance Mary Lloyd (1858-1898), et en a deux fils, Cyril (1885-1915), qui sera tué pendant la Grande Guerre, et Vyvyan (1886-1976), qui deviendra écrivain à son tour.

Les Wilde s’installent à Londres, où Oscar continue d’écrire et de travailler pour des journaux. En 1887, il prend fait et cause pour la cause féministe et devient rédacteur en chef du magazine Woman’s World.

In 1891, Oscar Wilde fait la rencontre de sa vie, en la personne du poète anglais Lord Alfred Douglas, surnommé “Bosie” (1870-1945), fils du neuvième marquis de Queensberry.
C’est le début d’une relation passionnée et d’une liaison ouvertement affichée.

 

 

Mais cette relation sera aussi à l’origine des poursuites judiciaires contre Oscar Wilde, et le conduira finalement à sa ruine et sa chute.

Poursuivi par la vindicte du marquis de Queensbury (“la brute”, ainsi que le dénommait Oscar), qui exécrait le style de vie de son fils et la personne d’Oscar Wilde, ce dernier est condamné, en 1895, à deux ans de travaux forcés, pour indécence et actes homosexuels.

Sa femme, Constance, s’installe en Allemagne avec ses deux fils et change leur patronyme en Holland.

En prison, Oscar Wilde se réfugie dans l’écriture, et écrit de nombreux essais, poèmes et lettres, dont celle à Alfred, “De Profundis”, publiée en 1905.

A sa libération en 1897, Oscar Wilde écrit “Ballad of Reading Gaol” (1898), poème plaidoyer sur l’injustice de l’incarcération et contre la peine de mort.

Sous le nom de Sebastian Melmoth, Oscar Wilde retourne à Paris, ruiné, et y renoue avec son premier amant, le journaliste canadien Robert Ross (1869-1918), qui sera aussi son exécuteur testamentaire. En dépit de l’aide de nombreux amis, dont André Gide, Oscar Wilde ne connaîtra plus jamais le succès de son vivant.

Il meurt d’une méningite le 30 Novembre 1900.

Il repose à Paris, au Père Lachaise.

Les oeuvres principales d’Oscar Wilde sont:

Pour le théâtre:
L’Importance d’être Constant (The Importance of Being Earnest) (1895)
Un mari idéal (An Ideal Husband) (1895)
Une femme sans importance (A Woman of No Importance) (1894)
L’éventail de Lady Windermere (Lady Windermere’s Fan
), jouée pour la première fois en février 1892, publiée en 1893.

Romans et nouvelles:

Le Fantôme de Canterville (The Canterville Ghost) (1887) : publié dans The Court And Society Review
Le Crime de Lord Arthur Savile (Lord Arthur Savile’s Crime) (1887): publié dans The Court And Society Review
The Model Millionaire (1887) : publié dans The World
Le prince heureux et autres contes (The Happy Prince and Other Stories) (1888)
Le portrait de Mr. W.H. (The Portrait of Mr. W.H.)
(1889)

Le Portrait de Dorian Gray (The Picture of Dorian Gray) (1891)

(Sources pour les repères biographiques:

Wikipédia,

Biography  by C. D. Merriman )

Ironie, humour et esprit, ou l’art de voir le monde tel qu’il est sans le prendre pour ce qu’il n’est pas

 

 

L’ironie, l’humour et l’esprit sont des vertus indispensables en toutes circonstances, et pas seulement en littérature.

Ce sont des positions idéales pour observer le monde trois pas en arrière, donc sans le prendre en pleine face, ce qui gâcherait considérablement la perspective.

Se regarder soi avec distance et humour, c’est également plus que nécessaire, quoique assez difficile à mettre en pratique au premier degré à moins d’être contorsionniste. En revanche rire de soi au second degré, c’est salutaire, ne serait-ce que pour ne jamais laisser les autres le faire avant soi.

En littérature, classique et moderne, la liste des maîtres de l’esprit est aussi fournie que celle des sinistreux pompeux, ce qui en soi, est une bonne nouvelle.

Après avoir posé ces constatations sur l’humour comme des évidences, peut-être faudrait-il reculer un peu.

C’est vrai après tout. De quel droit affirmer que l’humour est nécessaire? Qu’apporte-t-il de plus aux lois de la gravité? Tout et rien, ce qui est déjà fondamental, car le tout et le rien sont les deux aspects d’un même problème.

Très sérieusement, que sont l’ironie, l’humour et l’esprit, et à quoi servent-ils?

Disons que sans un esprit suffisant, point d’humour ni d’ironie car il faut bien un minimum d’outils pour se forger une posture. L’esprit, c’est l’outil nécessaire.

L’ironie, c’est la dernière limite avant le cynisme, c’est un clin d’oeil extérieur amusé sur une situation ou une personne, une allusion à demi-mots, souvent une invite à un public qui comprendrait.

L’humour part davantage de soi, comme une attitude-réflexe ou un trait de caractère, c’est un langage, une émotion centrée, une façon générale d’être.

On peut pratiquer l’humour sans ironie particulière, mais l’ironie est une forme d’humour.

Le point commun à l’humour, l’esprit et l’ironie, c’est nécessairement l’intelligence, alors que de façon très injuste, finalement, l’inverse n’est pas toujours vrai.

Une personne peut être foncièrement intelligente, et pourtant être affûblée d’un premier degré très prononcé, voire, ce qui serait terrible, manquer d’humour.

Ceux qui ont déjà rencontré des énarques en activité pourraient sans doute en témoigner.

 Avant tout parce que ça m’amuse, j’ai choisi d’entamer un mini-cycle de trois portraits de maîtres.

Parce que l’ordre chronologique d’apparition est un ordre comme un autre, Oscar Wilde d’abord, puis Sacha Guitry, et enfin Woody Allen, se feront tirer le portrait.

 

Raphaël Haïk, conteur d’émotions

 

“Le Miroir”

Avez-vous déjà rencontré un homme-orchestre ?
Si oui, vous êtes vernis.
Si non, tentez votre chance auprès de Rémi Bricka, entre deux dates de sa tournée avec Julien Doré.

Réflexion faite, sautez la case Rémi Bricka, et venez à la découverte de Raphaël Haïk, un vrai touche-à-tout auquel il ne manque que la grosse caisse.

Raphaël est trentenaire, ingénieur de talent, photographe d’émotions, comédien d’improvisation, et il exerce ces trois activités, qui sont aussi trois passions, avec autant de sérieux que de dérision.

Au cours d’un dîner fruité, il m’a raconté son univers coloré.

 

EH   Raphaël, j’imagine qu’on a dû te poser la question assez souvent mais j’assume, est-il nécessaire de faire des études d’ingénieur pour être photographe ? Ou si tu préfères, faut-il être un bon photographe pour être un ingénieur visionnaire ?

RH   Heureusement qu’il ne faut pas être ingénieur pour être photographe !
Moi en tous cas, je suis photographe à l’origine, par simple mimétisme. J’ai commencé parce que mon père avait un appareil, alors je voulais faire comme lui. Au début, je prenais des photos par jeu, et je les entassais dans des boîtes à chaussures.
C’est venu un peu plus tard en tant qu’activité artistique, mais quand ça vient en tant que tel, ça doit s’exprimer. En fait, on peut dire que le goût de la photo en tant que moyen d’expression artistique, est venu chez moi par explosions successives.

EH   Tu as donc toujours fait de la photo, ce n’est pas le numérique qui t’a amené à la photo ?

RH   Non, les prémisses de la passion ont commencé bien avant le numérique. Pendant mes études, je sortais pendant des longues soirées seul dans Paris, pour faire des photos. Je faisais des tirages, et je les agrandissais moi-même, ça me permettait de passer des heures à ne pas réviser mes examens. (Il rit de son rire tonitruant)

Lors de l’exposition que j’ai présentée dans le cadre des Ateliers d’Artistes de Belleville en mai dernier, j’ai mélangé une série de thèmes différents, pris à différentes époques, aussi bien argentiques que numériques, et je me suis rendu compte qu’au fond, même si les séries étaient très différentes, il y avait une véritable unité que je n’avais pas soupçonnée.

EH   Quand es-tu passé au numérique alors ?


RH   En l’an 2000. J’étais en Angleterre et j’ai acheté mon premier appareil numérique, un Canon G1, avec 3 millions de pixels, ce qui était beaucoup à l’époque. Cet appareil avait un écran pivotant, qui donnait des angles de vue incroyables, rappelant ceux des photographes des années 50. En deux ou trois semaines, j’ai fait des centaines de photos, que j’ai postées ensuite sur mon site internet. Elles ont cartonné sur les blogs, c’était très gratifiant pour moi.

EH  Peux-tu me parler de ta formation et de parcours professionnel ? En quoi est-ce de près ou de loin relié à la photo ?

RH   J’ai fait maths sup, maths spé, puis des études d’ingénieur Télecom. J’ai exercé des métiers de consultant en France et en Europe, et je travaille actuellement pour un grand laboratoire pharmaceutique français.
J’adore mon boulot, même s’il n’a en soi aucun lien avec la photo, si ce n’est le caractère parfois technique que ça demande. Humainement, je trouve très intéressant d’avoir à convaincre pour faire passer des idées, des projets, en fait ça m’amuse beaucoup.

EH  Tout t’amuse, non?

RH  (il rit encore de son rire énorme) Oui c’est vrai. J’ai une distanciation générale par rapport aux choses, même au boulot. Cela dit, je n’ai pas manqué d’exporter mon activité de photographe sur mon lieu de travail…Le département dans lequel je travaille est dirigé par un type génial, qui m’a commandé plein de photos pour la boîte. J’ai même fait un poster de tous les employés, qui a été affiché sur le lieu de travail, et distribué à chacun. Et puis surtout, j’ai pu faire une exposition itinérante de ma série sur le Vietnam, « Le Dragon », et cette exposition a été accueillie sur presque tous les sites de mon groupe.

 “Parole”

EH   Par rapport à une activité d’écriture, qui est plutôt une activité d’intériorisation de l’extérieur, puis d’extériorisation à nouveau, dirais-tu que la photographie suit le même flux intérieur-extérieur?

RH   La photo est complètement intérieure aussi, tout en se nourrissant bien sûr de l’extérieur. C’est une activité très pulsionnelle. Les photos qu’on prend quand on se balade, par exemple, on les prend en rafale sans avoir conscience de pourquoi elles nous plaisent. Au Vietnam il y a deux ans, j’ai pris 4000 photos sans savoir pourquoi.
Ensuite, lorsqu’on trie, on commence par jeter les ratées. Puis au fil des écrémages successifs, il en reste une petite poignée, un concentré de concentré de tout ce qui reste, la substantifique moelle en fait. Et au bout du tri, on finit par avoir un accès direct à ce qu’on cherchait au début sans le savoir, et c’est véritablement l’accès direct à notre inconscient. Comme dans une analyse, on est spectateur de ce qu’on découvre au final. Quand je prends des photos, j’expose mon intérieur, alors forcément je prend des risques.

EH   En fait, dans tout ce que tu dis là, on sent bien sûr le fils de maman- psy (de psychiatre-psychanalyste, et non de psychopathe, comme Raphaël me demande de préciser…). Toi tu as véritablement baigné dans un environnement où la verbalisation est importante. Alors dirais-tu que la photo, travail éminemment silencieux, est un petit contrepied à toute cette verbalisation ?

RH   Il est vrai que tout ce que je n’exprime pas par la parole, je l’exprime beaucoup par la photo. Mais au fond, verbalisation ou pas, s’exprimer par l’image procède exactement de la même démarche qu’un travail psy. Cela étant, il faut que je te dise quand même que je ne fais pas de photo pour faire mon analyse !

EH   Alors pourquoi fais-tu de la photo, au fond ?

RH  Avant tout, je fais de la photo pour moi, parce que je regarde les choses différement quand j’ai un appareil entre les mains, ça me permet d’avoir du recul. Quand j’ai mon appareil prêt à déclencher, et que mon esprit est “en mode photo”,  je regarde, j’analyse, je scrute, je cherche, et je déclenche…. sans but précis… en laissant faire mon instinct. Et je regarde avec fébrilité le résultat pour voir ce que ça rend, s’il y a une photo qui sort du lot.

C’est ce résultat que je montre, c’est du concentré de jus d’instinct.

Et puis je suis à la recherche de « la belle photo », de la photo forte. Je veux partager, donner aux gens les photos qu’ils aiment, qui les font vibrer, c’est très valorisant. L’un de mes slogans préférés, c’est « You can see more with one eye than with two » (on peut voir plus avec un œil qu’avec deux). Partager et être reconnu, c’est aussi le but de toute démarche artistique.

EH   Qu’est-ce qui t’inspire le plus ? Comment travailles-tu ?

RH   Ce qui m’inspire, ce sont toujours les émotions. Celles que dégagent les gens rencontrés au cours de mes voyages, mais aussi n’importe quelle émotion, l’humour bien sûr, mais également la tristesse.
Par exemple, je ne prends presque jamais un paysage seul, ça ne m’inspire pas. Mais si dans ce paysage, il y a un petit personnage dessus (comme sur l’une des premières photos que j’ai vendues), alors là le personnage et le paysage véhiculent une émotion et racontent une histoire.

Je détourne aussi beaucoup les objets de leur sens premier, comme par exemple dans une série que j’ai fait en 1997 sur les chaises.

 

“Les vieux amants”
En réalité, dans toutes mes photos, je suis dans la construction d’histoires.
Ma série sur le Vietnam est d’ailleurs complètement construite comme l’histoire de mes émotions ressenties.

EH   Qui sont tes grandes références en matière de photo ?

RH   Les premiers qui m’ont inspiré, ce sont Brassaï et Cartier-Bresson. Brassaï pour ses photos de Paris la nuit, et Cartier-Bresson parce que ses voyages sont magiques. Et comme Cartier-Bresson, je ne retouche pratiquement jamais mes photos. Dans les anciens, j’aime aussi beaucoup Eliott Erwitt (né en 1928) et ses photos à hurler de rire.(http://www.elliotterwitt.com/lang/fr/index.html)

Parmi les photographes plus contemporains, je peux citer un allemand, Andreas Gursky, Martin Parr, notamment ses séries sur les Américains moyens, sur les touristes dans les musées, Jeff Wall et aussi d’autres moins connus comme Philippe Gronon (né en 1964)…

EH   Raphael, tu es également comédien d’improvisation (tu pars d’ailleurs bientôt à Atlanta avec deux compères faire un spectacle d’improvisation NDLR en anglais, s’il-vous plaît !), parle moi de cette activité spécifique et comment, une fois de plus, faire le lien avec celle de photographe ?

RH   Au début, je voulais faire du one-man show. J’adore ce que fait Gad Elmaleh, par exemple. J’ai une vraie passion pour le one-man show, mais apparemment c’est une passion à sens unique, car c’est surtout moi qui l’aime…(rire énorme)
Puis en 2004 j’ai eu une révélation pour le théâtre d’improvisation. Un ami m’a emmené voir la Lifi (Ligue d’Improvisation Française), et j’ai trouvé ça absolument génial. Alors je me suis lancé à fond là-dedans, au point de prendre deux ans de cours, qui m’ont permis de faire deux ans de spectacles sur scène.
Dans l’improvisation, on saute sur scène et on invente une histoire.
Alors tu vois, c’est comme la photo, c’est exactement la même démarche d’inventer des histoires.
Tu me demandais quel était le lien entre les deux…C’est ça le lien, toujours le même, la construction d’histoires. Et de ce lien, j’en ai pris conscience il y a un an à peine, quand je me suis mis à réfléchir sur mon parcours de photographe.

EH   On en revient donc à l’unité dont tu parlais au début…

RH   Exactement, tout se rejoint et finalement, tout est cohérent.

EH   Quels sont tes projets ?

RH   Je peux te parler de mes projets immédiats, les autres sont un peu plus flous.
Du 3 au 30 septembre 2008, j’expose à la Galerie Associative, 13 rue du Cambodge à Paris 20ème. Cette exposition s’intitule Family Business, et présente des objets qui ont une âme et qui me parlent, tout en racontant l’histoire d’une famille.

Ces objets sont très divers et très familiers (il y a une théière, une brouette, des pâtes alimentaires, des poubelles, et même la grande Arche de la Défense), mais ils ont un très grand pouvoir de personnification.
L’impression générale de cette histoire est une impression de malaise et d’angoisse, toutes les photos sont des objets-personnages qui peuplent un univers pesant. Je te rassure, comme je ne peux pas faire autrement, il y aura quand même de l’humour, de l’ironie, et de l’espoir…

 

“Tante Alice”
Mais de façon générale, ces photos sont très métaphoriques, elles ressemblent à des cauchemars d’enfants, quand les objets familiers deviennent sources d’angoisse.
Cette exposition s’inscrit malgré tout dans la lignée des histoires que je fabrique, mais la dimension d’angoisse, qui n’était pas délibérée au départ, est ajoutée par rapport à ce que je fais d’habitude.

EH   Je crois qu’on va tous courir se faire peur en septembre rue du Cambodge…Bon j’ai une dernière question pour toi, et elle est cruciale.
On se connaît depuis un certain temps tous les deux…mais ce que j’ignore, c’est si tu sais toujours marcher des heures sur le sable avec des palmes…

RH   Ca peut s’improviser…Non en fait la seule explication que je trouve, c’est qu’à l’époque mon frère Greg et moi étions fascinés par l’Homme de l’Atlantide…

 

Précipitez-vous sur le site de Raphaël (lien dans la blogoliste).

Vous pouvez aussi le contacter par mail, il est possible qu’il vous réponde…(raphaelhaik@gmail.com)