Naissance d’un nouveau carnet

Cinéma, par Cinephileamateur

Cinéma, par Cinéphileamateur

Un nouveau carnet est né, et c’est un carnet de tournage.

L’aventure a commencé il y a presque cinq ans, au cours d’un de ces dîners rares où l’on fait des rencontres d’amitié immédiate et d’affinités évidentes.

De ces conversations à bâtons rompus, naissent parfois des mondes.

De cette conversation-là, est née l’impérieuse envie de faire ressurgir un monde oublié, celui d’un pionnier du cinéma, un illuminé génial qui vécut sa vie en la saupoudrant de poussière d’étoiles.

C’est l’histoire d’une vieille bobine conservée comme une relique dans une boîte à chaussures.

C’est l’histoire d’un patronyme entier, partagé par tous les fils aînés d’une même famille, et que les fils aînés de ma famille portent encore.

C’est un voyage dans l’Histoire, autant qu’un voyage initiatique, avec pour témoin et compagne de route, une caméra amie.

C’est la rencontre de deux Jacques Haïk, dont l’un fut mon grand-père maternel.

Quand une légende familiale vit à travers les générations, c’est qu’il est temps d’aller à sa source.

J’irai, nous irons, et je ramasserai les petits indices étoilés laissés par les deux Jacques.

A travers les dédales d’un grand music-hall parisien, sur les fauteuils de velours rouge d’une salle de cinéma mythique, dans un pays gorgé de soleil, et même dans d’autres endroits que j’ignore encore, j’irai, nous irons, et la caméra d’aujourd’hui tentera de retrouver celle d’hier.

Dans mon carnet de tournage, il y aura des mots, des images, et même des sons.

J’en attraperai au vol, et je les glisserai dans mes bulles de tournage, pour en partager avec vous la saveur.

Le petit carnet en moleskine rouge

carnet-rouge-en-moleskine Le processus de création et d’écriture est un mystère, un miracle, et parfois il tient à peu de choses pour qu’il s’enclenche, après une période de calme.

Tous ceux qui écrivent savent sans doute de quoi je parle. Un rien peut déclencher une subite envie de réamorcer la pompe à création, une odeur, une matière, une image.

Hier j’ai fait une rencontre inattendue, au détour d’un rayon, dans un grand magasin.

Le nom évocateur m’a aussitôt interpelée, éveillant en moi des souvenirs de lectures lointaines et d’écrivains mythiques.

Moleskine.

Un peu d’histoire, telle qu’elle est présentée dans le petit livret fourni avec le carnet.

Moleskine est l’héritier du carnet légendaire des artistes et des intellectuels des deux siècles derniers, de Vincent Van Gogh à Pablo Picasso, d’Ernest Hemingway à Bruce Chatwin.

Fidèle compagnon de voyage, il a recueilli les esquisses, les notes, les histoires et les idées des plus grands, avant qu’elles ne deviennent les images célèbres ou les pages des livres que nous avons tant aimées.
Le petit carnet noir, avec ses coins ronds typiques, sa fermeture élastique et sa poche intérieure à soufflets était, à l’origine, un objet sans nom, fabriqué par une petite entreprise de Tours, fournissant les papeteries parisiennes fréquentées par les artistes.

Dans son roman Le chant des pistes, Bruce Chatwin raconte l’histoire de son carnet favori: en 1986, l’entreprise familiale de Tours ferme définitivement. “Le vrai moleskine n’est plus”, lui aurait annoncé d’une manière théâtrale le propriétaire de la papeterie où il avait l’habitude de s’approvisionner, rue de l’Ancienne Comédie, à Paris. Chatwin acheta alors tous les Moleskine qu’il put trouver avant de partir pour l’Australie, mais ça n’était pas assez.

En 1998, un petit éditeur milanais ramène à la vie le carnet légendaire choisissant ce nom littéraire pour renouveler une tradition extraordinaire. Sur les traces de Chatwin, Moleskine reprend son voyage, se proposant comme l’indispensable complément aux nouvelles technologies portables.

Mon Moleskine, je l’ai choisi rouge, d’instinct, parce que toute autre couleur ne pouvait lui convenir. Un carnet d’écriture se doit d’être flamboyant, pour se rappeler au souvenir de son propriétaire les jours de disette d’inspiration.
J’ai feuilleté ses pages timidement, presque religieusement, et la brillance du papier était comme une promesse de mots justes.

Dans le tiroir de mon bureau, le carnet rouge encore vierge attend les ordres.

Lorsque la période sera à nouveau propice à l’écriture qui fulgure d’un jet, la seule façon pour moi, de me jeter à coeur perdu dans les mots, je donnerai le signal du départ.

Alors je partirai pour une nouvelle aventure d’écriture, une épopée où les mots fusent parfois plus vite que la main, où il faut retenir sa pensée pour tenter de lui donner forme.

Le processus d’écriture est un voyage intérieur intense, jubilatoire. Tant qu’il est en cours, on ne peut que se laisser conduire par lui, parfois presque à notre insu. Mais lorsqu’il aboutit, c’est comme une délivrance, un accouchement, la fin d’une gestation et la genèse d’une nouvelle vie.

Lorsque je pense à la création littéraire et à la nécessité impérieuse d’écrire, c’est avant tout les mots de Rilke qui me parlent le plus.

D’ailleurs je les lui laisse, pour conclure.

“Explorez le fond qui vous enjoint d’écrire; vérifiez s’il étend ses racines jusqu’à l’endroit le plus profond de votre coeur, répondez franchement à la question de savoir si, dans le cas où il vous serait refusé d’écrire, il vous faudrait mourir. C’est cela, avant tout: demandez-vous à l’heure la plus silencieuse de votre nuit: suis-je c o n t r a i n t  d’écrire? (…)

Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l’accusez pas; accusez-vous vous même, dites-vous que vous n’êtes pas assez poète pour en évoquer les richesses; car pour celui qui crée, il n’y a pas de pauvreté, ni de lieu pauvre, indifférent. Et quand vous seriez vous-même dans une prison dont les murs ne laisseraient parvenir jusqu’à vos sens aucun  des bruits du monde, n’auriez-vous pas encore votre enfance, cette richesse précieuse, royale, cette chambre forte aux souvenirs? (…)

Une oeuvre d’art est bonne lorsqu’elle est issue de la nécessité. Elle est jugée par la nature de son origine, et par rien d’autre. Aussi ne saurais-je, cher Monsieur, vous donner d’autre conseil que celui-ci: rentrer en soi-même et sonder les profondeurs d’où jaillit votre vie; c’est à sa source que vous trouverez la réponse à la question de savoir si vous êtes c o n t r a i n t  de créer.”

(Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète)

Questionnaire…

proust

..de Proust et de Bernard Pivot mêlés…

Sur Lire, écrire et en parler, le blog de l’excellent Patrick Fort, lui même inspiré par le non moins intéressant Thierry Benquey , j’ai vu passer il y a quelque temps une initiative qui m’inspire à mon tour aujourd’hui.

Répondre aux questionnaires de Bernard Proust Marcel Pivot, tellement indissociables l’un de l’autre de nos jours, est véritablement un rêve d’enfant.

Petite fille, je me plaisais à imaginer que plus tard, lorsque je serais invitée sur le plateau de Bernard Pivot, je me livrerais avec sérieux et esprit à cet exercice, et que mes réponses seraient naturellement reçues avec un petit sourire approbateur, sous le regard très caractéristique du grand Bernard, ce regard qui avait l’air d’escalader ses lunettes…

Bernard Pivot

Apostrophes et Bouillon de culture font désormais partie des annales de la télévision, et Bernard Pivot réserve ses lunettes pour l’Académie Goncourt. (Bernard, si tu nous regardes…)

James Lipton, pour des raisons que je ne m’explique pas, ne m’a, à ce jour, toujours pas contactée pour son émission Inside the Actor’s studio.

james-lipton

Alors voilà, aujourd’hui je me fais un plaisir égoïste mais pas solitaire, puisque je le partage avec vous.

Et vous, vous répondriez quoi à toutes ces épineuses questions?

QUESTIONNAIRE DE MARCEL PROUST

1- Le principal trait de mon caractère.
Proust : Le besoin d’être aimé et, pour préciser, le besoin d’être caressé et gâté bien plus que le besoin d’être admiré.
Ma réponse : la vivacité d’esprit, et une tendance à partir au quart de tour en bien comme en mal


2 – La qualité que je préfère chez un homme.

Proust : Des charmes féminins.
Ma réponse : L’humour et la subtilité, la douceur

3 – La qualité que je préfère chez une femme.

Proust : Des vertus d’homme et la franchise dans la camaraderie.
Ma réponse : la franchise et l’absence d’hypocrisie

4 – Ce que j’apprécie le plus chez mes amis.
Proust : D’être tendre pour moi, si leur personne est assez exquise pour donner un grand prix à leur tendresse.
Ma réponse : De savoir qu’ils sont toujours là au fil des années, les aimer comme ils sont, être sûre qu’ils me prennent comme je suis

5 – Mon principal défaut.
Proust : Ne pas savoir, ne pas pouvoir « vouloir ».
Ma réponse : Une tendance à remettre au lendemain les choses qui m’ennuient.

6 – Mon occupation préférée.
Proust : Aimer.
Ma réponse : Au quotidien, écrire, lire, écouter et jouer de la musique. Moins habituel, mais toujours un délice, voyager dans un pays que j’aime et que j’aimerai découvrir.

7 – Mon rêve de bonheur.
Proust : J’ai peur qu’il ne soit pas assez élevé, je n’ose pas le dire, j’ai peur de le détruire en le disant.
Ma réponse : Avoir toujours la capacité de savourer chaque petit ou grand bonheur qui se présente, savoir additionner tous ces bonheurs et dire au final, c’est le Bonheur.

8 – Quel serait mon plus grand malheur ?
Proust : Ne pas avoir connu ma mère ni ma grand-mère.
Ma réponse : En dehors des drames de la vie, le plus grand malheur pour moi, serait de ne plus avoir de rêves à réaliser et accomplir.

9 – Ce que je voudrais être.
Proust : Moi, comme les gens que j’admire me voudraient.
Ma réponse : Toujours au plus juste de moi-même.

10 – Le pays où je désirerais vivre.
Proust : Celui où certaines choses que je voudrais se réaliseraient comme par un enchantement et où les tendresses seraient toujours partagées.
Ma réponse : J’hésite, mais forcément un pays gorgé de soleil.

11 – La couleur que je préfère.
Proust : La beauté n’est pas dans les couleurs, mais dans leur harmonie.
Ma réponse : Je ne pense pas en avoir, tout dépend de mon humeur. En revanche, c’est une constante, je déteste le vert. J’aime bien la réponse de Marcel, aussi…

12 – La fleur que j’aime.
Proust : La sienne – et après, toutes.
Ma réponse : le laurier rose, dont l’odeur est celle des vacances.

13 – L’oiseau que je préfère.
Proust : L’hirondelle.
Ma réponse : Je ne suis pas très portée sur la question…Peut-être un goëland, qui vole au dessus de la mer.

14 – Mes auteurs favoris en prose.
Proust : Aujourd’hui Anatole France et Pierre Loti.
Ma réponse : Zweig, Albert Cohen, Tennessee Williams, Paul Auster, Guitry, et tant d’autres que je découvre au fil de mes lectures boulimiques.

15 – Mes poètes préférés.
Proust : Baudelaire et Alfred de Vigny.
Ma réponse : Aragon, Rimbaud

16 – Mes héros dans la fiction.
Proust : Hamlet.
Ma réponse : Tony Soprano, Bobby Simone dans NYPD Blue Lire la suite

Retour aux sources

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Parfois, lorsque la période est à la fête et à l’euphorie, plusieurs jours de suite sans interruption, j’ai la sensation étrange d’être envahie et submergée par l’extérieur, les évènements, sans avoir le temps de les digérer et de les savourer.

Trop de sollicitations s’accumulent, et finalement je ne peux plus répondre présente. Je voudrais donner, accueillir encore, mais je ne peux plus.

Alors, de façon urgente et impérieuse, survient le besoin de dire stop, comme si tout mon être refusait d’en entendre et d’en absorber plus.

Commence alors une nouvelle période, une sorte de trêve avec l’extérieur, et rentrée en moi-même, je me reconnecte avec le fond de moi. Je respire, je fais le vide, j’attends le retour au calme.

Time off.

Tout est débranché, et tout s’apaise progressivement. Seule avec l’environnement que j’aurai choisi, dans le décor qui m’aura parlé, avec la musique qui se sera imposée à cet unique moment là, j’attends et j’accueille la sensation de paix qui revient, lentement.

Ce matin, je me confonds avec la végétation grandiose baignée de soleil, face aux remparts et aux pierres millénaires.

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Je me régénère et je reprends ma dimension. La plénitude de ce moment est totale, et à cet instant j’ai le sentiment qu’elle est absolue, définitive, que rien ne pourrait l’altérer. Je sens très distinctement un sourire de d’approbation s’installer sur mon visage.

Oui, j’approuve, je m’approuve de prendre le temps de retourner à mes sources, dans cette bulle intérieure qui est le début et la fin de tout, de laquelle tout part, et vers laquelle toujours je reviens.

Cette matinée magique restera gravée comme celle du ressourcement, la parenthèse au milieu des réjouissances.

Re-sourcement.

Et en écrivant ce mot, je m’aperçois que sans y prendre garde, je me suis assise juste devant une petite source jaillissant d’un bassin de pierre, au milieu des fleurs.

Stefan Zweig, un humaniste au coeur de l’intime

stefan-zweig La sortie d'un roman inédit en français de Stefan Zweig, est toujours un évènement. Le voyage dans le passé jamais traduit en français, est sorti depuis fin octobre 2008, et déjà il faut se précipiter pour le découvrir. Car Zweig, pour ceux qui ne le connaissent pas encore, est l'un des écrivains les plus bouleversants qui soient. On l'a souvent qualifié de génie de la psychologie, tant il est vrai qu'il décortique l'âme humaine, ses forces et ses faiblesses, avec talent, pudeur, et même tendresse, sans jamais juger ses personnages. Comme Arthur Schnitzler, comme Rainer Maria Rilke, comme Hugo von Hoffmanstahl, et bien sûr comme Freud, dont il rédigea l'oraison funèbre, Stefan Zweig appartient au brillant cercle d'intellectuels viennois du début du XXème siècle et de l'entre-deux guerres, profondément humanistes, traumatisés par la 1ere Guerre mondiale et ses ravages. Et comme Rilke, qui fut le secrétaire particulier de Rodin, Zweig est un admirateur de la France et des écrivains français, de Paul Valéry, à Romain Rolland, avec qui il entretient une correspondance pendant plus de trente ans et huit cent lettres. Au fil de cette correspondance, Rolland a transmis à son ami et admirateur autrichien la conviction que l’Europe est en danger, qu’elle est condamnée à la déchéance si elle ne parvient pas à rassembler ses citoyens, à les unir autour d’une vision d’avenir et d’une compréhension du passé. C’est l’Europe des Lettres, de la Musique, de la Culture qui doit faire oublier à jamais l’Europe des nationalismes et des haines ancestrales. A ces affinités intellectuelles avec Romain Rolland viennent s’ajouter de grandes similitudes dans la personnalité. Les deux hommes ont en commun d’être profondément sensibles, de croire à la puissance de l’esprit et de l'émotion, d’être des lecteurs boulimiques et des collectionneurs d'autographes. Et surtout d’être tout deux des rêveurs acharnés et des pacifistes convaincus. Né en 1881 dans une famille de la grande bourgeoisie juive de Vienne, Stefan Zweig est un être sensible et raffiné, très tôt passionné d'histoire et de littérature. Son père, un industriel éclairé, loin de le décourager de sa passion précoce des voyages et de la culture, admire beaucoup son intelligence et son goût de l'esthétisme. Il tolère donc sans peine que son fils passe des après-midi entiers dans les cafés viennois, à refaire le monde et à observer les gens vivre. Dans une Vienne tolérante, multi-ethnique et multi-culturelle, le jeune Stefan suit les cours de philosophie de l’Université locale, sans toutefois se poser de questions sur son identité juive. Il parle avec aisance plusieurs langues, dont le français, et traduira d'ailleurs plus tard brillamment en allemand les oeuvres de Romain Rolland, de Baudelaire, Rimbaud et Verlaine. Comme pour tous les Juifs allemands et autrichiens, fiers de la brillante et raffinée civilisation germanique, le problème de l’intégration ne se pose pas. Zweig se considère en outre comme un citoyen du monde, un homme libre, ouvert et tolérant, pur produit de la société viennoise de l’époque de François-Joseph. Ses biographies, de Marie-Antoinette, de Marie Stuart, celles de Balzac (son idole), de Fouché, d'Erasme, sont de purs chefs d'oeuvre. Elles pénètrent avec une aisance remarquable la psychologie des personnages historiques, qui en deviennent par là même aussi romanesques que des personnages de fiction. Les romans et les nouvelles de Zweig font appel à l'émotion, et à l'humanité de chacun d'entre nous. Le Joueur d'échecs, Lettre d'une inconnue, Vingt-quatre heures de la vie d'une femme, la Peur, la Confusion des Sentiments, Destruction d'un coeur, pour ne citer que ces oeuvres-là, étudient avec génie les sentiments humains universels: la jalousie, l'obsession, la passion amoureuse, l'amour parental. La lecture d'un ouvrage de Zweig est toujours un voyage dans les tréfonds de l'âme, c'est une expérience unique d'humanité. Son destin tragique, celui d'un pur, d'un idéaliste souffrant de la folie des hommes, dépasse la fiction. Il faut entrer dans l'univers de Stefan Zweig, pour tenter d'appréhender l'homme qui étudia si bien l'âme de ses contemporains, avant d'en désespérer. Stefan Zweig Après la première guerre mondiale, Zweig est très affecté par la sortie de guerre de l'Autriche, au territoire et à l'importance largement réduits, par les difficultés matérielles et la dévaluation qui s'ensuivent, mais la décennie 1924-1933 fut à ses yeux la période la plus intense de sa création artistique. L'arrivée au pouvoir des nazis en Allemagne en 1933, et un peu plus tard, l'Anschluss, ou annexion de l'Autriche en 1938, au nom d'un pangermanisme dont il avait très tôt vu les dangers, vient bouleverser la vie de Zweig. Dès les premières persécutions, il quitte l'Autriche pour l'Angleterre, où il écrit la remarquable biographie de Marie Stuart. En 1941, Zweig et sa femme Lotte, s'exilent au Brésil, comme pour fuir le plus loin possible du spectacle de l'inhumanité, et de la défaite de la pensée. Ses rêves d'humanisme et d'une Europe unifiée et fraternelle, pour lui à jamais anéantis, il se suicide avec son épouse, à Pétropolis le 23 février 1942. Son autobiographie, Le monde d'hier – Souvenirs d'un Européen, qu'il rédige peu de temps avant sa mort, est un hymne à la culture européenne brillante, et perdue. Ses derniers mots, déchirants, nous font mesurer combien la réalité a dépassé la fiction, et combien la dimension personnelle de Zweig en a fait un véritable personnage romantique et tragique. «Le monde, ma propre langue est perdu pour moi. Ma patrie spirituelle, l’Europe, s’est anéantie elle-même. Il fallait à soixante ans des forces exceptionnelles pour tout recommencer à nouveau et les miennes sont épuisées par des années d’errance sans patrie. Aussi, je juge préférable de mettre fin, à temps et la tête haute, à une vie pour laquelle le travail intellectuel a toujours représenté la joie la plus pure et la liberté individuelle le bien suprême sur cette terre. Je salue tous mes amis ! Puissent-ils voir encore les lueurs de l’aube après la longue nuit ! Moi, je suis trop impatient. Je les précède.»

Exposition du photographe Raphaël Haïk

Tango

En juillet dernier, j’avais eu la joie non dissimulée de passer une soirée pleine de rires et d’images avec Raphaël Haïk, photographe de talent et d’humour.

Il en était résulté une interview dense et riche. Et pour ceux qui n’avaient pas eu l’occasion de découvrir Raphaël à l’époque, c’est le moment…

Raphaël Haïk s’expose à nouveau, et nous transporte cette fois dans un univers intitulé “Tango – Instants hors du temps”.
Buenos Aires. Mai 2008. Une heure du matin passé. La milonga de la Confiteria Ideal ne va pas tarder à commencer. Tous sont prêts à danser. Et puis il y a eux, les deux danseurs. Ils entrent en piste. Ils sont tellement jeunes. Ils sont souriants, ils se présentent et se mettent en place. La musique commence. Je reconnais Carlos Gardel, « Mi Buenos Aires querido ». Les deux danseurs entrent brusquement en transe. Leurs visages se concentrent l’un sur l’autre, leurs yeux se ferment d’intensité. Plus rien n’existe autour d’eux. Je suis soufflé, soufflé par leur émotion. C’est donc ça le tango argentin…  « Confiteria Ideal » est une série de vingt photographies de Raphaël Haïk en noir et blanc.”

Lien internet: http://www.pbase.com/rhaik/image/105636261

Dates d’exposition: du mercredi 26 novembre au dimanche 30 novembre 2008

Invitations à la galerie pour :

- Le vernissage le jeudi 27 novembre de 18h à 22h

- Le décrochage le dimanche 30 novembre de 15h à 20h

Lieu : Galerie des Ateliers d’Artistes de Belleville, 32 rue de la mare, 75020 Paris, métro Pyrénées ou Couronnes,

www.ateliers-artistes-belleville.org

L’exposition, le vernissage et le décrochage sont ouverts à tous. Invitez qui vous souhaitez.


Plus de bulles et moins de mots…

 

Il est clair qu’en certaines occasions les bulles sont plus nombreuses que les mots…

On a beau chercher à les aligner, les mots se font rares, les images les supplantent, et c’est même la meilleure des solutions.

Car que dire un 21 août lorsque l’été se fait fleur bleue, et que seuls résonnent à nos oreilles le clapotis des vagues et les cris des goélands?

Rien, et c’est déjà beaucoup, comme le chantait le grand Gainsbourg.

Certains vont chercher le paradis de carte postale à des dizaines de milliers de kilomètres de leur habitation principale.

Et pourtant, beaucoup moins loin, il existe un endroit dont Saint-Exupéry disait qu’il était né de l’amour entre la mer et le soleil.

Un endroit où les bulles sont majoritaires.

La Corse concentre toutes les couleurs du temps, du ciel et de la terre, et les renouvelle tous les jours.

J’ai pris une immense claque, et elle est entièrement corse.

 

J’ai des envies de polyphonies, je ne me reconnais plus.
Il faut dire que j’ai découvert qu’il existait beaucoup mieux, et même au niveau capillaire, qu’I Muvrini.
Notamment un certain Jean-Claude Aquaviva, dont les musiques et la voix atteignent leur cible, en plein coeur. Inutile de chercher sur youtube ou ailleurs, c’est navrant mais il va falloir venir le découvrir sur place…

 

Les Corses ont la réputation d’avoir le sang chaud.
C’est sans doute vrai, mais que faire contre la nature qui se dresse fièrement?

 

 Plus de bulles et moins de mots, car tout vaut mieux que des mots de trop.

Ici le soleil se couche aussi, mais il le fait mieux qu’ailleurs, en se hâtant lentement de plonger.

 

Je n’ai rien d’autre à ajouter, je vais me baigner.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Last second.com

 

 

Certaines constructions mentales heurtent les schémas, bousculent les consciences, envoient voler en éclat bien des certitudes…

Illustration.

Au mois de mai, lors d’un dîner entre amis, une question anodine traverse l’assemblée.

“Vous faites quoi pour les vacances?”

La nature des réponses en dit long sur les circonvolutions profondes du psychisme de chacun. Plusieurs morphopsychotypes, se croisent alors.

Il y a ceux pour qui la question est une non-question, un non-enjeu.

Car comme tous les ans depuis le XIXème siècle, ils partiront dans leur maison de famille, celle qui a abrité leurs premiers pas, leurs premiers gadins, ceux de leurs enfants, de leurs arrières grands-parents…Dans ces maisons-là, les murs ont une mémoire, les greniers renferment des images en super huit, des trésors un peu moisis, et ça et là, des photos du XXème siècle rappellent que le temps court plus vite que nos souvenirs…

Il y a aussi les amis vacanciers d’un autre genre. Ceux qui, avec un bruit de mécanique tranquille, récitent d’une traite l’itinéraire planifié, bouclé et entièrement payé depuis le mois de décembre de l’année précédente.

Tout au plus, ajoutent-ils en se faisant des frayeurs:

“Le problème, c’est qu’on est encore en liste d’attente pour le dîner du 16 août au Moulin de Mougins, parce que les gens réservent toujours d’une année sur l’autre et que nous…ben…on n’a réservé qu’en janvier…alors forcément…”

Ce genre de comportement vacancier me précipite dans un abîme de perplexité.

J’observe ces gens, mes amis pourtant, mes amis souvent, et je cherche le gène qu’ils ont et que je n’ai pas, celui que nous n’avons définitivement pas en commun.

Où est passé, chez moi, le gène de la planification?

 

Ces dernières années, avec la généralisation d’internet, les gens ont pris l’habitude et la liberté d’organiser leurs vacances beaucoup plus tardivement qu’avant.

Il est donc devenu presque habituel, que la grande majorité de mes amis d’une grande normalité, autour du mois de mai, cherchent, trouvent, et réservent les vacances qu’ils prendront trois mois plus tard.

Une seule famille résiste encore et toujours à la normalité ambiante: la mienne. Et à ma connaissance, il n’existe pas encore de site internet correspondant à nos folles pratiques.

Ma famille et moi, constituons le coeur de cible d’un marché dans lequel tout reste encore à créer: Last second.com.

A la date d’aujourd’hui, 3-4 août, quand un curieux nous pose la question relative à nos vacances, nous répondons d’un air tranquillement souriant, que nous partirons “sans doute autour du 8-10 août, jusqu’au 24-25 août environ”.

Nous ne sommes pas encore sûrs de la formule, ni de la destination, nous avons quelques pistes.

Mais nous n’avons encore rien réservé.

Ca devrait venir demain ou après demain.

Tenez, un détail vient de me traverser l’esprit. Nous n’avons même plus de valise familiale (seulement des sacs de voyage individuels), car notre valise de toujours, celle qui a collectionné les étiquettes à code barre, écumé les gares et les aéroports du monde en dernière minute depuis moult années, nous a lâchement abandonnés le jour de notre retour de vacances l’an dernier. Et après toutes ces années de bons et loyaux services, elle avait fini sa course tractée par une cordelette, du genre de celles qui saucissonnent les sacs des roumains dans le métro.

 

 

 

(Ce détail n’a aucune importance, j’irai faire l’acquisition d’une valise flambant neuve avant de partir.)

Ce qui a son importance, en revanche, c’est mon questionnement autour de l’espèce particulière de ces individus, auxquels fait totalement défaut le gène de la planification.  

Sommes nous seuls dans le monde?

Ou y en a-t-il d’autres avec lesquels échanger (sans pour autant constituer un groupe sur Facebook, car il y a vraiment des groupes sur n’importe quoi sur Facebook…), voire sympathiser?

Réflexion faite, ne sympathisons pas avec d’autres gens de notre espèce, car à deux trois jours du départ en vacances, c’est chacun pour soi.  

S’il ne reste plus qu’une seule location de standing en bord de mer, c’est nous qui l’aurons.

 

 

 

 

 

Raphaël Haïk, conteur d’émotions

 

“Le Miroir”

Avez-vous déjà rencontré un homme-orchestre ?
Si oui, vous êtes vernis.
Si non, tentez votre chance auprès de Rémi Bricka, entre deux dates de sa tournée avec Julien Doré.

Réflexion faite, sautez la case Rémi Bricka, et venez à la découverte de Raphaël Haïk, un vrai touche-à-tout auquel il ne manque que la grosse caisse.

Raphaël est trentenaire, ingénieur de talent, photographe d’émotions, comédien d’improvisation, et il exerce ces trois activités, qui sont aussi trois passions, avec autant de sérieux que de dérision.

Au cours d’un dîner fruité, il m’a raconté son univers coloré.

 

EH   Raphaël, j’imagine qu’on a dû te poser la question assez souvent mais j’assume, est-il nécessaire de faire des études d’ingénieur pour être photographe ? Ou si tu préfères, faut-il être un bon photographe pour être un ingénieur visionnaire ?

RH   Heureusement qu’il ne faut pas être ingénieur pour être photographe !
Moi en tous cas, je suis photographe à l’origine, par simple mimétisme. J’ai commencé parce que mon père avait un appareil, alors je voulais faire comme lui. Au début, je prenais des photos par jeu, et je les entassais dans des boîtes à chaussures.
C’est venu un peu plus tard en tant qu’activité artistique, mais quand ça vient en tant que tel, ça doit s’exprimer. En fait, on peut dire que le goût de la photo en tant que moyen d’expression artistique, est venu chez moi par explosions successives.

EH   Tu as donc toujours fait de la photo, ce n’est pas le numérique qui t’a amené à la photo ?

RH   Non, les prémisses de la passion ont commencé bien avant le numérique. Pendant mes études, je sortais pendant des longues soirées seul dans Paris, pour faire des photos. Je faisais des tirages, et je les agrandissais moi-même, ça me permettait de passer des heures à ne pas réviser mes examens. (Il rit de son rire tonitruant)

Lors de l’exposition que j’ai présentée dans le cadre des Ateliers d’Artistes de Belleville en mai dernier, j’ai mélangé une série de thèmes différents, pris à différentes époques, aussi bien argentiques que numériques, et je me suis rendu compte qu’au fond, même si les séries étaient très différentes, il y avait une véritable unité que je n’avais pas soupçonnée.

EH   Quand es-tu passé au numérique alors ?


RH   En l’an 2000. J’étais en Angleterre et j’ai acheté mon premier appareil numérique, un Canon G1, avec 3 millions de pixels, ce qui était beaucoup à l’époque. Cet appareil avait un écran pivotant, qui donnait des angles de vue incroyables, rappelant ceux des photographes des années 50. En deux ou trois semaines, j’ai fait des centaines de photos, que j’ai postées ensuite sur mon site internet. Elles ont cartonné sur les blogs, c’était très gratifiant pour moi.

EH  Peux-tu me parler de ta formation et de parcours professionnel ? En quoi est-ce de près ou de loin relié à la photo ?

RH   J’ai fait maths sup, maths spé, puis des études d’ingénieur Télecom. J’ai exercé des métiers de consultant en France et en Europe, et je travaille actuellement pour un grand laboratoire pharmaceutique français.
J’adore mon boulot, même s’il n’a en soi aucun lien avec la photo, si ce n’est le caractère parfois technique que ça demande. Humainement, je trouve très intéressant d’avoir à convaincre pour faire passer des idées, des projets, en fait ça m’amuse beaucoup.

EH  Tout t’amuse, non?

RH  (il rit encore de son rire énorme) Oui c’est vrai. J’ai une distanciation générale par rapport aux choses, même au boulot. Cela dit, je n’ai pas manqué d’exporter mon activité de photographe sur mon lieu de travail…Le département dans lequel je travaille est dirigé par un type génial, qui m’a commandé plein de photos pour la boîte. J’ai même fait un poster de tous les employés, qui a été affiché sur le lieu de travail, et distribué à chacun. Et puis surtout, j’ai pu faire une exposition itinérante de ma série sur le Vietnam, « Le Dragon », et cette exposition a été accueillie sur presque tous les sites de mon groupe.

 “Parole”

EH   Par rapport à une activité d’écriture, qui est plutôt une activité d’intériorisation de l’extérieur, puis d’extériorisation à nouveau, dirais-tu que la photographie suit le même flux intérieur-extérieur?

RH   La photo est complètement intérieure aussi, tout en se nourrissant bien sûr de l’extérieur. C’est une activité très pulsionnelle. Les photos qu’on prend quand on se balade, par exemple, on les prend en rafale sans avoir conscience de pourquoi elles nous plaisent. Au Vietnam il y a deux ans, j’ai pris 4000 photos sans savoir pourquoi.
Ensuite, lorsqu’on trie, on commence par jeter les ratées. Puis au fil des écrémages successifs, il en reste une petite poignée, un concentré de concentré de tout ce qui reste, la substantifique moelle en fait. Et au bout du tri, on finit par avoir un accès direct à ce qu’on cherchait au début sans le savoir, et c’est véritablement l’accès direct à notre inconscient. Comme dans une analyse, on est spectateur de ce qu’on découvre au final. Quand je prends des photos, j’expose mon intérieur, alors forcément je prend des risques.

EH   En fait, dans tout ce que tu dis là, on sent bien sûr le fils de maman- psy (de psychiatre-psychanalyste, et non de psychopathe, comme Raphaël me demande de préciser…). Toi tu as véritablement baigné dans un environnement où la verbalisation est importante. Alors dirais-tu que la photo, travail éminemment silencieux, est un petit contrepied à toute cette verbalisation ?

RH   Il est vrai que tout ce que je n’exprime pas par la parole, je l’exprime beaucoup par la photo. Mais au fond, verbalisation ou pas, s’exprimer par l’image procède exactement de la même démarche qu’un travail psy. Cela étant, il faut que je te dise quand même que je ne fais pas de photo pour faire mon analyse !

EH   Alors pourquoi fais-tu de la photo, au fond ?

RH  Avant tout, je fais de la photo pour moi, parce que je regarde les choses différement quand j’ai un appareil entre les mains, ça me permet d’avoir du recul. Quand j’ai mon appareil prêt à déclencher, et que mon esprit est “en mode photo”,  je regarde, j’analyse, je scrute, je cherche, et je déclenche…. sans but précis… en laissant faire mon instinct. Et je regarde avec fébrilité le résultat pour voir ce que ça rend, s’il y a une photo qui sort du lot.

C’est ce résultat que je montre, c’est du concentré de jus d’instinct.

Et puis je suis à la recherche de « la belle photo », de la photo forte. Je veux partager, donner aux gens les photos qu’ils aiment, qui les font vibrer, c’est très valorisant. L’un de mes slogans préférés, c’est « You can see more with one eye than with two » (on peut voir plus avec un œil qu’avec deux). Partager et être reconnu, c’est aussi le but de toute démarche artistique.

EH   Qu’est-ce qui t’inspire le plus ? Comment travailles-tu ?

RH   Ce qui m’inspire, ce sont toujours les émotions. Celles que dégagent les gens rencontrés au cours de mes voyages, mais aussi n’importe quelle émotion, l’humour bien sûr, mais également la tristesse.
Par exemple, je ne prends presque jamais un paysage seul, ça ne m’inspire pas. Mais si dans ce paysage, il y a un petit personnage dessus (comme sur l’une des premières photos que j’ai vendues), alors là le personnage et le paysage véhiculent une émotion et racontent une histoire.

Je détourne aussi beaucoup les objets de leur sens premier, comme par exemple dans une série que j’ai fait en 1997 sur les chaises.

 

“Les vieux amants”
En réalité, dans toutes mes photos, je suis dans la construction d’histoires.
Ma série sur le Vietnam est d’ailleurs complètement construite comme l’histoire de mes émotions ressenties.

EH   Qui sont tes grandes références en matière de photo ?

RH   Les premiers qui m’ont inspiré, ce sont Brassaï et Cartier-Bresson. Brassaï pour ses photos de Paris la nuit, et Cartier-Bresson parce que ses voyages sont magiques. Et comme Cartier-Bresson, je ne retouche pratiquement jamais mes photos. Dans les anciens, j’aime aussi beaucoup Eliott Erwitt (né en 1928) et ses photos à hurler de rire.(http://www.elliotterwitt.com/lang/fr/index.html)

Parmi les photographes plus contemporains, je peux citer un allemand, Andreas Gursky, Martin Parr, notamment ses séries sur les Américains moyens, sur les touristes dans les musées, Jeff Wall et aussi d’autres moins connus comme Philippe Gronon (né en 1964)…

EH   Raphael, tu es également comédien d’improvisation (tu pars d’ailleurs bientôt à Atlanta avec deux compères faire un spectacle d’improvisation NDLR en anglais, s’il-vous plaît !), parle moi de cette activité spécifique et comment, une fois de plus, faire le lien avec celle de photographe ?

RH   Au début, je voulais faire du one-man show. J’adore ce que fait Gad Elmaleh, par exemple. J’ai une vraie passion pour le one-man show, mais apparemment c’est une passion à sens unique, car c’est surtout moi qui l’aime…(rire énorme)
Puis en 2004 j’ai eu une révélation pour le théâtre d’improvisation. Un ami m’a emmené voir la Lifi (Ligue d’Improvisation Française), et j’ai trouvé ça absolument génial. Alors je me suis lancé à fond là-dedans, au point de prendre deux ans de cours, qui m’ont permis de faire deux ans de spectacles sur scène.
Dans l’improvisation, on saute sur scène et on invente une histoire.
Alors tu vois, c’est comme la photo, c’est exactement la même démarche d’inventer des histoires.
Tu me demandais quel était le lien entre les deux…C’est ça le lien, toujours le même, la construction d’histoires. Et de ce lien, j’en ai pris conscience il y a un an à peine, quand je me suis mis à réfléchir sur mon parcours de photographe.

EH   On en revient donc à l’unité dont tu parlais au début…

RH   Exactement, tout se rejoint et finalement, tout est cohérent.

EH   Quels sont tes projets ?

RH   Je peux te parler de mes projets immédiats, les autres sont un peu plus flous.
Du 3 au 30 septembre 2008, j’expose à la Galerie Associative, 13 rue du Cambodge à Paris 20ème. Cette exposition s’intitule Family Business, et présente des objets qui ont une âme et qui me parlent, tout en racontant l’histoire d’une famille.

Ces objets sont très divers et très familiers (il y a une théière, une brouette, des pâtes alimentaires, des poubelles, et même la grande Arche de la Défense), mais ils ont un très grand pouvoir de personnification.
L’impression générale de cette histoire est une impression de malaise et d’angoisse, toutes les photos sont des objets-personnages qui peuplent un univers pesant. Je te rassure, comme je ne peux pas faire autrement, il y aura quand même de l’humour, de l’ironie, et de l’espoir…

 

“Tante Alice”
Mais de façon générale, ces photos sont très métaphoriques, elles ressemblent à des cauchemars d’enfants, quand les objets familiers deviennent sources d’angoisse.
Cette exposition s’inscrit malgré tout dans la lignée des histoires que je fabrique, mais la dimension d’angoisse, qui n’était pas délibérée au départ, est ajoutée par rapport à ce que je fais d’habitude.

EH   Je crois qu’on va tous courir se faire peur en septembre rue du Cambodge…Bon j’ai une dernière question pour toi, et elle est cruciale.
On se connaît depuis un certain temps tous les deux…mais ce que j’ignore, c’est si tu sais toujours marcher des heures sur le sable avec des palmes…

RH   Ca peut s’improviser…Non en fait la seule explication que je trouve, c’est qu’à l’époque mon frère Greg et moi étions fascinés par l’Homme de l’Atlantide…

 

Précipitez-vous sur le site de Raphaël (lien dans la blogoliste).

Vous pouvez aussi le contacter par mail, il est possible qu’il vous réponde…(raphaelhaik@gmail.com)