Questionnaire…

proust

..de Proust et de Bernard Pivot mêlés…

Sur Lire, écrire et en parler, le blog de l’excellent Patrick Fort, lui même inspiré par le non moins intéressant Thierry Benquey , j’ai vu passer il y a quelque temps une initiative qui m’inspire à mon tour aujourd’hui.

Répondre aux questionnaires de Bernard Proust Marcel Pivot, tellement indissociables l’un de l’autre de nos jours, est véritablement un rêve d’enfant.

Petite fille, je me plaisais à imaginer que plus tard, lorsque je serais invitée sur le plateau de Bernard Pivot, je me livrerais avec sérieux et esprit à cet exercice, et que mes réponses seraient naturellement reçues avec un petit sourire approbateur, sous le regard très caractéristique du grand Bernard, ce regard qui avait l’air d’escalader ses lunettes…

Bernard Pivot

Apostrophes et Bouillon de culture font désormais partie des annales de la télévision, et Bernard Pivot réserve ses lunettes pour l’Académie Goncourt. (Bernard, si tu nous regardes…)

James Lipton, pour des raisons que je ne m’explique pas, ne m’a, à ce jour, toujours pas contactée pour son émission Inside the Actor’s studio.

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Alors voilà, aujourd’hui je me fais un plaisir égoïste mais pas solitaire, puisque je le partage avec vous.

Et vous, vous répondriez quoi à toutes ces épineuses questions?

QUESTIONNAIRE DE MARCEL PROUST

1- Le principal trait de mon caractère.
Proust : Le besoin d’être aimé et, pour préciser, le besoin d’être caressé et gâté bien plus que le besoin d’être admiré.
Ma réponse : la vivacité d’esprit, et une tendance à partir au quart de tour en bien comme en mal


2 – La qualité que je préfère chez un homme.

Proust : Des charmes féminins.
Ma réponse : L’humour et la subtilité, la douceur

3 – La qualité que je préfère chez une femme.

Proust : Des vertus d’homme et la franchise dans la camaraderie.
Ma réponse : la franchise et l’absence d’hypocrisie

4 – Ce que j’apprécie le plus chez mes amis.
Proust : D’être tendre pour moi, si leur personne est assez exquise pour donner un grand prix à leur tendresse.
Ma réponse : De savoir qu’ils sont toujours là au fil des années, les aimer comme ils sont, être sûre qu’ils me prennent comme je suis

5 – Mon principal défaut.
Proust : Ne pas savoir, ne pas pouvoir « vouloir ».
Ma réponse : Une tendance à remettre au lendemain les choses qui m’ennuient.

6 – Mon occupation préférée.
Proust : Aimer.
Ma réponse : Au quotidien, écrire, lire, écouter et jouer de la musique. Moins habituel, mais toujours un délice, voyager dans un pays que j’aime et que j’aimerai découvrir.

7 – Mon rêve de bonheur.
Proust : J’ai peur qu’il ne soit pas assez élevé, je n’ose pas le dire, j’ai peur de le détruire en le disant.
Ma réponse : Avoir toujours la capacité de savourer chaque petit ou grand bonheur qui se présente, savoir additionner tous ces bonheurs et dire au final, c’est le Bonheur.

8 – Quel serait mon plus grand malheur ?
Proust : Ne pas avoir connu ma mère ni ma grand-mère.
Ma réponse : En dehors des drames de la vie, le plus grand malheur pour moi, serait de ne plus avoir de rêves à réaliser et accomplir.

9 – Ce que je voudrais être.
Proust : Moi, comme les gens que j’admire me voudraient.
Ma réponse : Toujours au plus juste de moi-même.

10 – Le pays où je désirerais vivre.
Proust : Celui où certaines choses que je voudrais se réaliseraient comme par un enchantement et où les tendresses seraient toujours partagées.
Ma réponse : J’hésite, mais forcément un pays gorgé de soleil.

11 – La couleur que je préfère.
Proust : La beauté n’est pas dans les couleurs, mais dans leur harmonie.
Ma réponse : Je ne pense pas en avoir, tout dépend de mon humeur. En revanche, c’est une constante, je déteste le vert. J’aime bien la réponse de Marcel, aussi…

12 – La fleur que j’aime.
Proust : La sienne – et après, toutes.
Ma réponse : le laurier rose, dont l’odeur est celle des vacances.

13 – L’oiseau que je préfère.
Proust : L’hirondelle.
Ma réponse : Je ne suis pas très portée sur la question…Peut-être un goëland, qui vole au dessus de la mer.

14 – Mes auteurs favoris en prose.
Proust : Aujourd’hui Anatole France et Pierre Loti.
Ma réponse : Zweig, Albert Cohen, Tennessee Williams, Paul Auster, Guitry, et tant d’autres que je découvre au fil de mes lectures boulimiques.

15 – Mes poètes préférés.
Proust : Baudelaire et Alfred de Vigny.
Ma réponse : Aragon, Rimbaud

16 – Mes héros dans la fiction.
Proust : Hamlet.
Ma réponse : Tony Soprano, Bobby Simone dans NYPD Blue Lire la suite

Stefan Zweig, un humaniste au coeur de l’intime

stefan-zweig La sortie d'un roman inédit en français de Stefan Zweig, est toujours un évènement. Le voyage dans le passé jamais traduit en français, est sorti depuis fin octobre 2008, et déjà il faut se précipiter pour le découvrir. Car Zweig, pour ceux qui ne le connaissent pas encore, est l'un des écrivains les plus bouleversants qui soient. On l'a souvent qualifié de génie de la psychologie, tant il est vrai qu'il décortique l'âme humaine, ses forces et ses faiblesses, avec talent, pudeur, et même tendresse, sans jamais juger ses personnages. Comme Arthur Schnitzler, comme Rainer Maria Rilke, comme Hugo von Hoffmanstahl, et bien sûr comme Freud, dont il rédigea l'oraison funèbre, Stefan Zweig appartient au brillant cercle d'intellectuels viennois du début du XXème siècle et de l'entre-deux guerres, profondément humanistes, traumatisés par la 1ere Guerre mondiale et ses ravages. Et comme Rilke, qui fut le secrétaire particulier de Rodin, Zweig est un admirateur de la France et des écrivains français, de Paul Valéry, à Romain Rolland, avec qui il entretient une correspondance pendant plus de trente ans et huit cent lettres. Au fil de cette correspondance, Rolland a transmis à son ami et admirateur autrichien la conviction que l’Europe est en danger, qu’elle est condamnée à la déchéance si elle ne parvient pas à rassembler ses citoyens, à les unir autour d’une vision d’avenir et d’une compréhension du passé. C’est l’Europe des Lettres, de la Musique, de la Culture qui doit faire oublier à jamais l’Europe des nationalismes et des haines ancestrales. A ces affinités intellectuelles avec Romain Rolland viennent s’ajouter de grandes similitudes dans la personnalité. Les deux hommes ont en commun d’être profondément sensibles, de croire à la puissance de l’esprit et de l'émotion, d’être des lecteurs boulimiques et des collectionneurs d'autographes. Et surtout d’être tout deux des rêveurs acharnés et des pacifistes convaincus. Né en 1881 dans une famille de la grande bourgeoisie juive de Vienne, Stefan Zweig est un être sensible et raffiné, très tôt passionné d'histoire et de littérature. Son père, un industriel éclairé, loin de le décourager de sa passion précoce des voyages et de la culture, admire beaucoup son intelligence et son goût de l'esthétisme. Il tolère donc sans peine que son fils passe des après-midi entiers dans les cafés viennois, à refaire le monde et à observer les gens vivre. Dans une Vienne tolérante, multi-ethnique et multi-culturelle, le jeune Stefan suit les cours de philosophie de l’Université locale, sans toutefois se poser de questions sur son identité juive. Il parle avec aisance plusieurs langues, dont le français, et traduira d'ailleurs plus tard brillamment en allemand les oeuvres de Romain Rolland, de Baudelaire, Rimbaud et Verlaine. Comme pour tous les Juifs allemands et autrichiens, fiers de la brillante et raffinée civilisation germanique, le problème de l’intégration ne se pose pas. Zweig se considère en outre comme un citoyen du monde, un homme libre, ouvert et tolérant, pur produit de la société viennoise de l’époque de François-Joseph. Ses biographies, de Marie-Antoinette, de Marie Stuart, celles de Balzac (son idole), de Fouché, d'Erasme, sont de purs chefs d'oeuvre. Elles pénètrent avec une aisance remarquable la psychologie des personnages historiques, qui en deviennent par là même aussi romanesques que des personnages de fiction. Les romans et les nouvelles de Zweig font appel à l'émotion, et à l'humanité de chacun d'entre nous. Le Joueur d'échecs, Lettre d'une inconnue, Vingt-quatre heures de la vie d'une femme, la Peur, la Confusion des Sentiments, Destruction d'un coeur, pour ne citer que ces oeuvres-là, étudient avec génie les sentiments humains universels: la jalousie, l'obsession, la passion amoureuse, l'amour parental. La lecture d'un ouvrage de Zweig est toujours un voyage dans les tréfonds de l'âme, c'est une expérience unique d'humanité. Son destin tragique, celui d'un pur, d'un idéaliste souffrant de la folie des hommes, dépasse la fiction. Il faut entrer dans l'univers de Stefan Zweig, pour tenter d'appréhender l'homme qui étudia si bien l'âme de ses contemporains, avant d'en désespérer. Stefan Zweig Après la première guerre mondiale, Zweig est très affecté par la sortie de guerre de l'Autriche, au territoire et à l'importance largement réduits, par les difficultés matérielles et la dévaluation qui s'ensuivent, mais la décennie 1924-1933 fut à ses yeux la période la plus intense de sa création artistique. L'arrivée au pouvoir des nazis en Allemagne en 1933, et un peu plus tard, l'Anschluss, ou annexion de l'Autriche en 1938, au nom d'un pangermanisme dont il avait très tôt vu les dangers, vient bouleverser la vie de Zweig. Dès les premières persécutions, il quitte l'Autriche pour l'Angleterre, où il écrit la remarquable biographie de Marie Stuart. En 1941, Zweig et sa femme Lotte, s'exilent au Brésil, comme pour fuir le plus loin possible du spectacle de l'inhumanité, et de la défaite de la pensée. Ses rêves d'humanisme et d'une Europe unifiée et fraternelle, pour lui à jamais anéantis, il se suicide avec son épouse, à Pétropolis le 23 février 1942. Son autobiographie, Le monde d'hier – Souvenirs d'un Européen, qu'il rédige peu de temps avant sa mort, est un hymne à la culture européenne brillante, et perdue. Ses derniers mots, déchirants, nous font mesurer combien la réalité a dépassé la fiction, et combien la dimension personnelle de Zweig en a fait un véritable personnage romantique et tragique. «Le monde, ma propre langue est perdu pour moi. Ma patrie spirituelle, l’Europe, s’est anéantie elle-même. Il fallait à soixante ans des forces exceptionnelles pour tout recommencer à nouveau et les miennes sont épuisées par des années d’errance sans patrie. Aussi, je juge préférable de mettre fin, à temps et la tête haute, à une vie pour laquelle le travail intellectuel a toujours représenté la joie la plus pure et la liberté individuelle le bien suprême sur cette terre. Je salue tous mes amis ! Puissent-ils voir encore les lueurs de l’aube après la longue nuit ! Moi, je suis trop impatient. Je les précède.»