Aymeric Caron: l’Art d’avoir toujours raison

Le clash de samedi soir entre Aymeric Caron et Bernard-Henri Lévy dans On n’est pas Couché, l’émission de Laurent Ruquier, suscite les indignations et les louanges de la Toile depuis lors, selon que l’on soit partisan de l’un ou de l’autre.

A assister à ce spectacle rythmé par la claque du public, toujours uniquement orientée en direction d’une seule thèse, celle d’Aymeric Caron, j’ai pensé au Stratagème XXVIII développé par Schopenhauer dans l’Art de la Dialectique.

« Stratagème XXVIII
Convaincre le public et non l’adversaire

Il s’agit du genre de stratégie que l’on peut utiliser lors d’une discussion entre érudits en présence d’un public non instruit. Si vous n’avez pas d’argumentum ad rem, ni même d’ad hominem, vous pouvez en faire un ad auditores, c.-à-d. une objection invalide, mais invalide seulement pour un expert. Votre adversaire aura beau être un expert, ceux qui composent le public n’en sont pas, et à leurs yeux, vous l’aurez battu, surtout si votre objection le place sous un jour ridicule. : les gens sont prêts à rire et vous avez les rires à vos côtés. Montrer que votre objection est invalide nécessitera une explication longue faisant référence à des branches de la science dont vous débattez et le public n’est pas spécialement disposé à l’écouter. »

Certes samedi soir, il ne s’agissait nullement d’une discussion entre « érudits »  dans la mesure où ce terme ne saurait s’appliquer à Aymeric Caron. Mais tout dans son discours mono-orienté par l’idée fixe  d’incriminer et de faire huer Israël, rejetant pour ce faire consciencieusement la réalité des faits et l’interprétation honnête des chiffres, faisait transparaître l’indigence de son fond et son absence d’argument sur le sujet (argumentum ad rem) lui-même.

Emmenant avec lui le public qui s’indigne légitimement de la mort d’enfants, en lui laissant croire que ces victimes innocentes ne seraient dues qu’à la barbarie des Israéliens visant délibérément  des écoles de l’ONU ou des enfants jouant sur une plage, Aymeric Caron n’avait plus besoin d’être honnête intellectuellement ou d’opposer des arguments sérieux à BHL, lorsque celui -ci invoquait les 160 enfants morts à Gaza en creusant les tunnels du Hamas.

Je doute qu’Aymeric Caron ait lu le stratagème XXVIII de Schopenhauer avant l’émission, mais sa dialectique bien huilée, toujours la même pour éviter de débattre réellement sur le fond d’une question, a mis Bernard-Henri Lévy dans la quasi-incapacité de démontrer l’invalidité de ses objections  sans « une explication longue faisant référence à des branches de la science dont il était débattu » (en l’occurrence les raisons de la guerre entre Israël et le Hamas, et la nature criminelle de ce mouvement). Autant dire, impossible sur le plateau de Ruquier, lorsqu’on est totalement seul face à un accusateur public galvanisé la foule.

Si Bernard-Henri Lévy avait été mis en mesure de dérouler le fond de ses arguments, il n’aurait pas manqué de rappeler des faits avérés, expliquant cette « disproportion » dans le nombre de victimes du conflit de Gaza tant décriée par Aymeric Caron. Qu’Israël, soucieux de protéger sa population civile délibérément visée par plus de 5 000 roquettes tirées depuis Gaza au cours de l’opération Bordure Protectrice, a installé le Dôme de fer pour détruire ces engins meurtriers. Qu’à l’inverse le Hamas, soucieux depuis le retrait israélien de Gaza en 2005 de construire des tunnels grâce au détournement de l’aide internationale et à l’esclavagisme de sa population, n’a construit aucun abri pour celle-ci. Bien pire, ainsi que l’a parfaitement établi l’excellent reportage de France 24 ainsi que celui de la télévision indienne, le Hamas a installé ses rampes de lancement de roquettes dans les écoles de l’ONU, les mosquées et les maisons des habitants de Gaza. Dès lors l’armée israélienne, en dépit de ses efforts pour limiter au maximum les victimes civiles, n’a malheureusement pas pu les éviter totalement.  C’est cette attitude criminelle du Hamas qui explique ce chiffre avancé de 2 000 victimes (dont la moitié de terroristes), et c’est ce caractère délibérément cynique de la lutte opposée à Israël, que la bien-pensance mono-indignée omet soigneusement de considérer.

Or si Aymeric Caron avait varié ses sujets d’indignation, il aurait peut-être relevé la censure du Hamas et ses méthodes d’intimidation de la presse, rapportées par les journalistes étrangers ayant quitté Gaza. Mais Aymeric Caron reste monolithique dans ses dénonciations, puisqu’elles n’ont qu’une seule cible: Israël.

C’est pourquoi il a été assez cocasse d’assister une nouvelle fois au transfert qu’il commet, reprochant à  Bernard-Henri Lévy ses « indignations sélectives ».  Un tel transfert, phénomène d’essence psychanalytique consistant à reprocher à l’autre ce qu’en réalité on commet soi-même, a contraint Bernard-Henri Lévy à se justifier sur la diversité et l’ancienneté de ses indignations (Darfour, Bosnie, Soudan, Syrie pour ne citer que les plus récentes…). Franchement même si l’on ne partage pas les idées de BHL, même si on n’aime pas le personnage, on ne peut pourtant pas lui enlever ce fait-là: depuis tout temps l’homme s’indigne tout le temps, et pour toutes les causes! Et il a rappelé à juste titre l’ancienneté de son engagement en faveur d’un Etat palestinien vivant en paix avec Israël.

Bernard-Henri Lévy a eu mille fois raisons de répondre à Aymeric Caron qu’il ne défilerait jamais aux côtés d’antisémites patentés se fichant comme d’une guigne des Palestiniens mais uniquement enragés contre les Juifs et Israël. Ces mêmes-là étrangement absents à toute autre manifestation dès lors qu’Israël n’est pas en cause, et au premier chef absents des manifestations dénonçant le génocide commis contre les Chrétiens d’Orient par cette bande d’assassins improprement appelée Etat islamiste, les alter-ego du Hamas.

Il n’y a finalement rien de mal à ne défendre qu’une seule cause, à la condition de la défendre honnêtement. Aymeric Caron, en n’usant que de procédés dialectiques cache-misère de sa pensée, rejoint ainsi  la longue liste des aveugles et des sourds de la démocratie. Qu’il mesure sa chance à sa juste valeur, parce que dans les régimes qu’il défend il serait également muet.

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3 réponses à Aymeric Caron: l’Art d’avoir toujours raison

  1. fitoussi david dit :

    ET APRES APRES AVOIR LU, on entre dans le vif du sujet toujours le meme…on ne peut pas empecher un ane de braire ni a l’arbitre a sortir son carton rouge…..Aymeric, prenome Caron, lui, le rouge, il le voit toujours chaque fois que sa langue epele ou que son oreille entende les lettres suivantes de l’alphabet….I….. S….. R….. A…. E…. L…On mettrait ses lettres la a l’envers, qu’il serait capable de les remettre a l’endroit….
    heureusement pour nous, qu’il braie mieux qu’un ane…une carotte ou un baton bien place suffirait a le faire « de..brairer.. »…pauvre inculte..

  2. Danielle Haïk dit :

    Ce n’est pas la 1ère fois que Ruquier invite des personnages provocateurs, incultes et antisémites . Moi je préfère aller me coucher que de regarder ses émissions .

  3. Edgar dit :

    Bravo et mille mercis pour cet article si éclairant , reflétant l’état de délabrement moral du pays, officiellement patrie des Droits de l’Homme et devenu l’agora des haineux et jaloux de tous bords.

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