En 2014, j’ose Fabrice Luchini

Fabrice LuchiniIl y avait bien longtemps que je ne m’étais plus fait le plaisir de me promener sur ce blog…La vie, les vaches, la pluie sans doute.

Et pourtant le dernier post que j’avais esquissé en 2013, c’était déjà pour Fabrice Luchini.  Avant d’aller plus loin, je voudrais tout de suite préciser que Fabrice, je ne l’aime pas uniquement depuis ses déhanchés vertigineux sur Allumer le Feu ou ses lectures magnifiques qui rendraient intelligent un cerveau de mollusque ovoïde. Je suis tombée dans cette sorte de béatitude contemplative un peu illuminée, après l’avoir vu pour la première fois en 1984, à l’apogée de ma période adolescente rohmérienne militante. Le film s’appelait Les Nuits de la Pleine Lune, j’avais trouvé Octave odieux mais intelligent et je tentais en vain de me refaire le chignon ébouriffé de Pascale Ogier pour aller au lycée. L’année suivante avec mes amies Béatrice, Fabienne et Sophie nous regrettions son absence dans Pauline à la plage, mais rejouions les scènes quand même. On a l’adolescence qu’on peut.

1990, La Discrète, de Christian Vincent. Fabrice s’appelle Antoine, il n’est plus seulement odieux mais carrément abject avec Catherine – qui il est vrai, a des sacs à main effrayants – mais moi je le trouve brillant et percutant. Je suis bien certaine qu’au fond il est tendre et ne demande qu’à s’apaiser.

Gâtons-nous, voulez-vous?

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Le pire, c’est que je l’admire tellement que je serais plutôt du genre à fuir son regard si jamais le croisais, pour qu’il ne me prenne surtout pas pour une fan ou une groupie. J’ai remarqué d’ailleurs que plus j’admire les génies de son espèce, et plus je me sens carpe à l’idée même de risquer de leur parler.  Une intelligence comme la sienne me met parterre, elle m’éblouit et me scie toute réplique possible.

(Mon cas doit être grave car un soir, après un concert à la Défense de Shai Maestro – jeune pianiste de jazz israélien dont je vénère le talent irréel – je me suis trouvée face à face avec lui sans l’avoir cherché. Toute personne normalement constituée lui aurait au moins dit bravo ou merci, par politesse. Moi non. Au lieu de cela, j’ai commis une action démente: j’ai fait semblant de ne pas le voir et je lui ai tourné le dos! Et j’ai écouté Chick Coréa, qui passait juste ensuite, d’un air inspiré! ).

Et pourtant par nature j’admire sans modération, je m’exclame bruyamment et je m’émerveille cent fois des mêmes répliques. Quant à Fabrice Luchini, je le décortique, le relis, le revois, ce qui renouvelle inlassablement le caractère inconditionnel de mon admiration.

« Je pars de ce principe que mieux on comprend, plus on aime. Que plus on aime, mieux on admire, et que plus on admire, plus on est heureux. » (Sacha Guitry)

Cet homme était peut-être à deux doigts d’être aussi banal que la plupart des autres, mais son esprit brillant l’a porté vers la lumière. Il en devient, par là-même, un mystère, presque une incongruité dans ce paysage culturel et médiatique où la pensée est convenue et  les mots taillés aux entournures, soit pour ne pas désigner, soit pour égaliser à tout prix: homme de petite taille, technicien de surface, défenseure…

Dans un paysage où les mots, pour ne pas risquer de « stigmatiser », appauvrissent même le sens du mot « stigmatiser », Fabrice Luchini manie non seulement à la perfection ceux des auteurs qu’il admire, mais s’offre le luxe de dire les siens en toute vérité, avec fulgurance et l’élégance de ne jamais blesser. Ni de gauche ni de droite, il réussit à être populaire sans concession pour la pensée, et prise l’élite sans prôner l’élitisme.

Le 31 décembre 2013, au Théâtre Antoine, je faisais partie de ces fous dont il s’est moqué, qui venaient voir pour la deuxième fois, en payant le double du prix, Une heure de tranquillité, de Florian Zeller. Après l’ovation finale, vingt minutes de délires luchiniens hors sujet, juste pour commencer la nouvelle année. Une jeune fille, au troisième balcon, lui a jeté une banderole d’amour, qu’il a ramassée avec un plaisir évident et qu’il a lue à voix haute pour son plaisir à elle.

Jamais au fond, je ne serai capable de faire un tel geste, même si je crois l’avoir envié très fort. Mais un jour peut-être, au cours de ce dîner de mes rêves dans ma salle à manger, Oscar Wilde dira un mot à l’oreille de Sacha Guitry, qui passera le sel à Woody Allen, qui proposera à Edouard Baer un rôle dans son prochain film, qui se recoiffera discrètement en empruntant le miroir de mon sac à main avant de répondre à la question de Raphaël Enthoven. Gainsbourg fera un boeuf avec Ben Harper et Luchini aura oublié Johnny.

Première résolution (publique) en 2014: écrire plus régulièrement dans mon blog, moins sur Facebook et continuer d’aimer les gens que j’admire.

Bonne année, pleine d’illusions transformées et de rêves éveillés.

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3 réponses à En 2014, j’ose Fabrice Luchini

  1. Laurent dit :

    Ni fan….ni groupie….amoureuse?

  2. Impossible, puisque je ne le connais pas personnellement. Très peu pour moi, l’érotomanie…En plus, si ça se trouve, en comptant juste, je crois qu’il pourrait (quasiment) être mon père!

  3. Sandrine dit :

    Bel écrit, je comprend très bien, suis exactement dans la même situation, je l admire depuis que j’ai 10 ans, et j en ai 38 aujourd’hui! Je l’ai rencontré en novembre dernier, et me suis sentie tellement bête, je me serait bien enfuie alors que j’étais venue spécialement de Dubai à Paris pour le voir enfin,…

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