Encore faudrait-il savoir quoi dire…

 

 

Bref  parallèle entre une actrice et moi.

L'actrice dispose d'un texte, dont elle dit les mots (en principe) avec conviction, pour incarner un personnage fictif ou ayant existé, mais toujours distinct d'elle.

Moi, je n'ai pas de texte,  je dis mes propres mots (en principe) dans l'ordre où ils s'interposent entre la caméra et moi, et je n'incarne aucun personnage puisqu'on me demande d'être moi. L'alignement de tant de moi dans une seule phrase, est un aperçu du problème.

Zoom sur le problème.

 

Voici l'équipe instigatrice.

 

Et  me voici, encore auréolée d'un vent d'illusions, avant que le problème ne surgisse.

 

 

 

Peut-on s'imaginer l'effet que ça fait à une non-actrice telle que moi, lorsque l'équipe se rassemble, et que la voix dit "ca tourne!"?

Pas le temps de philosopher, ni même de se regrouper, il faut juste rejoindre le champ, prendre une position très naturelle qu'on aura (en principe) définie à l'avance, et dire intelligiblement et de façon tout aussi naturelle une ou plusieurs phrases cruciales pour le film.

Allez-y, faites un test.

Commencez par choisir un sujet qui vous tient vraiment à coeur. En principe, vous connaissez bien ce sujet, puisque vous l'avez choisi, et qu'il vous tient à coeur. Puis prenez un micro de cinéma (à défaut de micro, un perche coiffée d'une toque de fourrure fera l'affaire), ne préparez surtout rien, mais dites ce que vous avez à dire sur votre sujet, à l'arrachée, en trois secondes.

Alors?

Vous je ne sais pas, mais moi j'obtiens des résultats divers, immédiatement suivis par les fameux "on la refait" et "on la double".

 

Texte et positions naturels

 

 

A la prise suivante, ça peut être bien pire.

Je connaissais mon sujet, j'avais pour lui la tendresse que j'exprime ici page après page, et pourtant je ne savais plus comment le dire. Etre dans l'émotion? Dans l'énergie?

"Ca tourne!". Je me place dans le champ, et je me lance. Ca commence bien, ça se poursuit tant bien que mal, et ça finit en eau de boudin.

"On la refait!". Je me replace dans le champ avec la même expression que précédemment. Ca commence aussi bien, ça se poursuit plutôt bien que mal, et blurp, ça finit dans les méandres d'un enchaînement inintelligible.

Je m'agace envers moi-même mais je ne le montre pas. Le résultat est encore plus curieux.

 

Je ne ferai pas durer plus longtemps le suspense. Finalement on y arrive toujours même après vingt-cinq prises, et quand la patronne dit "c'est parfait, j'ai tout ce qu'il me faut!", on jubile de concert.

Pour finir, je ne peux résister au plaisir de présenter le nouveau procédé technique spécialement mis au point pour la Bobine, et qui révolutionnera le cinéma. Après tout, ne rend-on pas hommage à Jacques Haïk le visionnaire?

 

La preneuse de son et son micro intégré.

 

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