La vérité sur la Bobine

Il faut se rendre à l’évidence: lorsqu’on examine la date de début de tournage mentionnée sur la page Facebook de la Bobine (allez voir et likez!) ainsi que sur le site de la production La Marée Monte et même dans l’ensemble des mes Bulles de tournage, on se rend compte que nous y sommes depuis un bail, plus exactement depuis 2005…

De quoi franchement susciter sourires, scepticisme voire incrédulité teintée de goguenardise de certains de mes proches, de même que de nombreux interlocuteurs croisés tout au long du chemin.

Après tout, c’est vrai…Pourquoi et comment un film documentaire long-métrage sur l’histoire d’un pionnier du cinéma prend-il sept ans de préparation et de tournage? Qu’est-ce qui a bien pu nous retenir autant? Et qui l’eût cru en fait?

Lequel des deux sera le plus extraordinaire: la recherche, ou le résultat? Les questions, ou les réponses?

Et vous public? Que verrez-vous de la Bobine, que nous n’ayons pas montré? Et que trouverez-vous de ce que nous n’avons pas cherché?

Dans les premiers temps de l’aventure, certains observateurs  serviables nous ont démontré que l’histoire d’un producteur de cinéma d’avant-guerre n’intéresserait personne. Quelques années plus tard, certains (les mêmes ?) nous ont fait remarquer que nous avions du nez, car après Hugo Cabret et the Artist, l’histoire du cinéma était vraiment dans l’air du temps…

Preuve de l’impermanence des choses, des opinions, et surtout du caractère tout relatif de la vérité.

Personnellement, j’ai toujours ressenti un malaise avec les personnes qui m’expliquaient que la vérité de chaque chose était ici, de toute éternité, et qu’elle n’était qu’une. Une fois quelqu’un m’a même dit très sérieusement: « Il n’y a objectivement qu’une seule vérité. » Je suppose qu’il y croit toujours, puisqu’il a dit que c’était vrai… L’effet pervers de cette théorie étant bien évidemment de pouvoir se contenter d’une apparence, pour peu qu’elle soit présentée comme vraie. Or la vérité est tout sauf une meringue, symbole du creux présentable : contrairement à la meringue, la vérité a du fond et ne sert pas à décorer les certitudes des gens qui disent savoir. Présenté comme cela, ce que j’écris semble vrai…

Et pourtant  je suis convaincue qu’aucune vérité n’existe  en dehors de la perception que chacun en a. Ce que je sais vrai par conviction absolue ne l’est que pour moi, à une période donnée de ma vie et en fonction des données dont je dispose. D’ailleurs je ne suis jamais aussi sereine que lorsque je ressens intimement un moment de vérité, et qu’il me porte. Et pourtant je sais bien que d’autres préfèreront une fois pour toutes poser en vérité immuable des certitudes sur la vie, la création, les gens, les autres et reboucler dessus pour s’en convaincre davantage. C’est possible de faire comme ça, c’est vrai…

Si l’on applique cette (relativement vraie) théorie à la Bobine, on constate que certaines choses étaient si vraies il y a quelques années qu’elles ne le sont plus du tout aujourd’hui. Et même l’inverse d’ailleurs. Où avions-nous vu faux et vrai ? (Et que reste-t-il de nos amours ?)

Tout ce que je peux dire, c’est que le film que nous finissons aujourd’hui (je rappelle que le clap de fin est prévu pour fin 2012) n’a que peu de choses à voir avec celui que nous avions commencé. Les paramètres (ces altérateurs de vérité unique !) s’en sont mêlés, et la magie a opéré pour nous donner le plus beau des cadeaux : celui que nous ne cherchions pas.

Nous avions commencé un film sur l’histoire de Jacques Haïk, génial producteur de cinéma d’avant-guerre et cousin de mes grands-pères, eux aussi tous deux dénommés Jacques Haïk ; nous aboutissons à un film pluriel sur Jacques (s) Haïk (s), avec un fil conducteur mâtiné de sensationnel et jalonné de découvertes dont nul ne soupçonne l’existence. Pourquoi ?

Parce que la foi et la confiance en ce que nous ressentions vrai ont été plus fortes que la vérité objective ou dite comme telle.

Parce nous avons pu vérifier que si le plus court chemin d’un point à un autre était assurément la ligne droite, il n’en était ni le plus riche ni le plus troublant.

Parce que nous pris le meilleur des gens qui disaient non, autant que de ceux qui disaient oui, encore.

Parce que les prés carrés sont bien trop petits pour nos images.

Et parce que les âmes de Jacques Haïk et de tous ceux qui nous ont tenu la main nous ont offert de magnifiques suppléments.




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Une réponse à La vérité sur la Bobine

  1. Danielle HAIK dit :

    Remarquable analyse empreinte de sensibilité, authenticité et lucidité, sur l’histoire de la création de La Bobine ainsi que sur la notion de Vérité philosophique.
    Plus que quelques semaines avant le déroulement de ce film aux mille surprises, où le plaisir de la découverte est tel qu’il est si difficile d’ écrire le mot FIN

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