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Certaines constructions mentales heurtent les schémas, bousculent les consciences, envoient voler en éclat bien des certitudes…

Illustration.

Au mois de mai, lors d’un dîner entre amis, une question anodine traverse l’assemblée.

« Vous faites quoi pour les vacances? »

La nature des réponses en dit long sur les circonvolutions profondes du psychisme de chacun. Plusieurs morphopsychotypes, se croisent alors.

Il y a ceux pour qui la question est une non-question, un non-enjeu.

Car comme tous les ans depuis le XIXème siècle, ils partiront dans leur maison de famille, celle qui a abrité leurs premiers pas, leurs premiers gadins, ceux de leurs enfants, de leurs arrières grands-parents…Dans ces maisons-là, les murs ont une mémoire, les greniers renferment des images en super huit, des trésors un peu moisis, et ça et là, des photos du XXème siècle rappellent que le temps court plus vite que nos souvenirs…

Il y a aussi les amis vacanciers d’un autre genre. Ceux qui, avec un bruit de mécanique tranquille, récitent d’une traite l’itinéraire planifié, bouclé et entièrement payé depuis le mois de décembre de l’année précédente.

Tout au plus, ajoutent-ils en se faisant des frayeurs:

« Le problème, c’est qu’on est encore en liste d’attente pour le dîner du 16 août au Moulin de Mougins, parce que les gens réservent toujours d’une année sur l’autre et que nous…ben…on n’a réservé qu’en janvier…alors forcément… »

Ce genre de comportement vacancier me précipite dans un abîme de perplexité.

J’observe ces gens, mes amis pourtant, mes amis souvent, et je cherche le gène qu’ils ont et que je n’ai pas, celui que nous n’avons définitivement pas en commun.

Où est passé, chez moi, le gène de la planification?

 

Ces dernières années, avec la généralisation d’internet, les gens ont pris l’habitude et la liberté d’organiser leurs vacances beaucoup plus tardivement qu’avant.

Il est donc devenu presque habituel, que la grande majorité de mes amis d’une grande normalité, autour du mois de mai, cherchent, trouvent, et réservent les vacances qu’ils prendront trois mois plus tard.

Une seule famille résiste encore et toujours à la normalité ambiante: la mienne. Et à ma connaissance, il n’existe pas encore de site internet correspondant à nos folles pratiques.

Ma famille et moi, constituons le coeur de cible d’un marché dans lequel tout reste encore à créer: Last second.com.

A la date d’aujourd’hui, 3-4 août, quand un curieux nous pose la question relative à nos vacances, nous répondons d’un air tranquillement souriant, que nous partirons « sans doute autour du 8-10 août, jusqu’au 24-25 août environ ».

Nous ne sommes pas encore sûrs de la formule, ni de la destination, nous avons quelques pistes.

Mais nous n’avons encore rien réservé.

Ca devrait venir demain ou après demain.

Tenez, un détail vient de me traverser l’esprit. Nous n’avons même plus de valise familiale (seulement des sacs de voyage individuels), car notre valise de toujours, celle qui a collectionné les étiquettes à code barre, écumé les gares et les aéroports du monde en dernière minute depuis moult années, nous a lâchement abandonnés le jour de notre retour de vacances l’an dernier. Et après toutes ces années de bons et loyaux services, elle avait fini sa course tractée par une cordelette, du genre de celles qui saucissonnent les sacs des roumains dans le métro.

 

 

 

(Ce détail n’a aucune importance, j’irai faire l’acquisition d’une valise flambant neuve avant de partir.)

Ce qui a son importance, en revanche, c’est mon questionnement autour de l’espèce particulière de ces individus, auxquels fait totalement défaut le gène de la planification.  

Sommes nous seuls dans le monde?

Ou y en a-t-il d’autres avec lesquels échanger (sans pour autant constituer un groupe sur Facebook, car il y a vraiment des groupes sur n’importe quoi sur Facebook…), voire sympathiser?

Réflexion faite, ne sympathisons pas avec d’autres gens de notre espèce, car à deux trois jours du départ en vacances, c’est chacun pour soi.  

S’il ne reste plus qu’une seule location de standing en bord de mer, c’est nous qui l’aurons.

 

 

 

 

 

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3 réponses à Last second.com

  1. Gilles Arnaud dit :

    « Sommes nous seuls dans le monde?

    Ou y en a-t-il d’autres avec lesquels échanger (sans pour autant constituer un groupe sur Facebook, car il y a vraiment des groupes sur n’importe quoi sur Facebook…), voire sympathiser? »

    Ton écriture donne vraiment envie de partager avec toi des pensées du domaine de l’intériorité. Tu parles d’émotions et d’idées précieuses avec pudeur et sincérité. Pour tout dire, ta prose poétique a une véritable force d’évocation.
    L’idée de la sincérité m’apparaît en cette envie d’écriture alors même que personne ne semble te lire au moment de la rédaction de ce post.

    Peut-être que ce blog est seulement un exercice littéraire où l’intime – ce qui apparaît autour des mots comme du sens qui s’échappe avec subtilité – est un sujet, le réceptacle lexical le plus approprié pour mettre en jeu et affûter un pouvoir des mots ?

    Si tout ceci est réel, ces pages pourraient devenir le lieu d’une série d’échanges basée sur le mode du dévoilement.

    Il est de coutume d’appeler telle situation un début de correspondance.

    Gilles

  2. Je te remercie de ces jolis mots, Gilles.
    Je suis touchée que tu aies perçu la sincérité avec laquelle j’écris mon intérieur, et je suis émue que tu l’aies vu poétique… Si cette rubrique particulière de mon blog (« petites bulles intérieures ») est effectivement plus intime que les autres, elle est pour moi d’une nature autre que ne le serait un exercice littéraire.

    Elle est réellement, le reflet de mes émotions, joyeuses, nostalgiques, déjantées, juste un petit condensé de moi, en toute sincérité.

  3. Patrick dit :

    Prévoir tout à l’avance m’angoisse et je te rejoins sur que tu écris. je déteste les agendas.
    la façon dont tu décryptes les êtres démontre un sens aiguisé de la psychologie…et de la tolérance. Nous sommes tous différents. Apprendre à écouter l’autre pour mieux se connaître.
    j’aime ta façon d’écrire. Tu pars d’une situation donnée et tu dévoiles l’essence des êtres. avec poésie, subtilité et délicatesse.
    merci.
    PAT

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