Le sel d’une larme

Tourner un film dont l’objet est une recherche de mémoire et d’histoire, est une entreprise à haut quotient émotionnel.

Et comment n’en serait-il pas autrement, lorsque sur le chemin de la quête, des rencontres inattendues se transforment en purs moments de vérité?

La route vers la Bobine continue de me remuer au plus profond, et les ombres, devant nous, nous poussent en avant.

Je ne sais toujours pas ce que je cherche, mais à chaque nouveau pas, à chaque nouvelle rencontre je le trouve, dans une parfaite évidence. Avec Claudine Bourbigot et Elisabeth Feytit, nous cheminons à notre exact rythme, et qu’on se le dise: je commence à aimer les repérages, ces déambulations en apparence à l’aveugle, et qui pourtant conduisent à une éclatante lumière.

D’accord, je cesse de parler par ellipses. Mais j’aime bien les ellipses sans éclipses, c’est-à-dire celles qui tournent autour du sens sans en masquer la clarté.

D’accord, je cesse.

Mais la technique de l’ellipse sans éclipse est, chez moi, un détour de la pensée qui intervient dans des circonstances bien précises. Appelons cela tourner autour du pot, pour faire enfin simple, et comprenons que lorsque je tourne autour du pot sans pouvoir dire les mots, c’est que je suis touchée au coeur.

Au fur et à mesure que j’avance dans l’entreprise de la Bobine, je m’aperçois de l’effet produit par le nom de Jacques Haïk sur les gens que je découvre, et ce quel que soit le Jacques Haïk, même celui qu’on n’attendait pas ici, pas maintenant.

« Jacques Haïk » devient un concept, presque un emblème, celui des gens qui se souviennent. « Jacques Haïk » fédère les mémoires de ceux qui sont partis de là-bas, un pas très beau jour sur un bateau, et de ceux qui sont partis d’ici beaucoup trop tôt.

Jacques a dit raconte-moi, et les yeux de ceux que j’ai croisés sur ma route ont pétillé.

Jacques a dit souviens-toi, et les yeux de ceux que j’ai rencontrés ont brillé, puis se sont embués dans les miens.

La Bobine, ce film que nous faisons avec nos rires et nos coeurs, est comme le sel d’une larme. C’est un cadeau de la vie qui continue, à tous ceux qui ont vécu.

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2 réponses à Le sel d’une larme

  1. Élisabeth F dit :

    voilà je m’inscris pour avoir tous les commentaires sur les « Bulles de tournage » en direct.

  2. Vouzici.
    Quelle joie!

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