Moi et mes cheveux: une histoire passionnelle

Depuis ce matin, je récrimine contre le coiffeur remplaçant auquel j’ai confié mon précieux brushing moyennant – grasse – rémunération.

J’avais demandé « souple, le brushing » (concept que mon coiffeur habituel traduit très normalement par « lisse, mais se terminant en harmonieuses boucles naturelles »), et j’ai quitté le salon affublée des anglaises de Laeticia Halliday en ses vertes années, ou encore de celles de Camille et Madeleine de la Comtesse de Ségur, Bibliothèque rose.

Evidemment, en temps normal, j’aurais jeté mon regard bison à l’individu, qui aurait aussitôt refait tout ça jusqu’à ce que perfection s’ensuive. Mais il est bien connu des frisottées, que plus le brushing est misérable, et moins nous disposons de temps pour y remédier…Bref, pas le temps ce matin d’assassiner le délinquant sûrement multi-récidiviste, je suis donc partie en courant et même en lui ayant lâchement concédé un pourboire.

Quand je pense que ce sauvage portait, pour lui-même, l’absence de coiffure de Fabien Barthès (ce qui, finalement, est totalement suspect pour un coiffeur!), j’aurais dû me méfier. Après réflexion maintenant, il est très évident qu’un chauve ne sévit dans un salon de coiffure que pour y exercer les méfaits liés à sa misérable condition. Il se venge de la disparition de tous ses bulbes, et choisit donc pour cible privilégiée les femmes aux longs cheveux à problèmes de frisottage.

Prenons à présent de la hauteur.

Cet incident remarquable, au-delà de son caractère hautement comique pour l’entourage, nous pose très sérieusement question sur le rapport passionnel qu’entretiennent les femmes avec leurs cheveux.

Mes cheveux, mon drame, ma bataille. Mon baromètre aussi, car ils se braquent instantanément au moindre symptôme d’humidité dans l’air. Chez moi, un brushing réussi ne peut être qu’un brushing au soleil, comme ça aurait dû être en ce lundi.

Image de prévisualisation YouTube dixit Claude François, qui s’y connaissait en brushing…

Bien souvent pire qu’un pied-bot, ou une verrue faciale, un brushing raté renvoie la femme à ses pires angoisses, comme si elle se voyait soudain privée de toute beauté, et perdue pour le genre humain.

Dans mon cas, mes amis juristes me rétorqueront sans doute « Nemo auditur turpitudinem allegans ». En d’autres termes, nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude. En d’autres termes, « t’avais qu’à pas faire confiance, à la base, à un coiffeur chauve. »

Mais au-delà de ces évidences, il apparaît que de tous temps et à de multiples égards, les cheveux de la Femme ont été entourés d’une aura quasi magique.

Ainsi, nos maîtres à barbe de toutes confessions religieuses, ont-ils enseigné que la chevelure d’une femme, telle une parure, devait être cachée des regards de convoitise essentiellement masculins.

De même à la Libération, tondre une femme présumée ou avérée coupable de collaboration horizontale avec l’ennemi allemand, était un châtiment très en vogue, et très discutable.

En ce qui me concerne, très (très!) loin de toutes ces considérations si éloignées de la véritable problématique capillaire de la femme (qu’est-ce qu’un brushing réussi?), et sans pour autant avoir résolu l’aspect psychanalytique individuel et collectif  de la question, je prémédite le meilleur shampoinage de tête qu’on ait vu dans cette ville depuis bien longtemps.

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Une réponse à Moi et mes cheveux: une histoire passionnelle

  1. Minoke dit :

    Conseil avisé d'une cousine frisée accro à la "mexicaine" et qui repassait frénétiquement sa longue chevelure au fer à repasser au moindre frisottis
    LIBERTE , LIBERTE, LIBERTE aux bouclettes et aux frisettes,
    et  ASSUMER enfin sa frisure!!!!
     

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