Oscar Wilde, dandy et esprit libre

 

« Il semble parfois que Dieu, en créant l’homme, ait quelque peu surestimé ses capacités. »

 

Cette phrase pourrait, à elle seule, illustrer toute l’ironie et l’irrévérence d’Oscar Wilde. Car selon sa tournure, on est en droit de se demander qui de Dieu ou de l’homme, dans l’esprit de l’auteur, aurait des capacités surestimées…

Oscar Wilde est l’auteur d’un unique roman, Le portrait de Dorian Gray, (1891), de poèmes, et d’une série de pièces de théâtre dans lesquelles il se pose, sans concession, en observateur de la haute société victorienne, puritaine et rigide, dans lesquelle il évolue.

Son esprit aiguisé et son ironie alerte, son goût de l’esthétique et du beau, ainsi que sa vie teintée de scandales, notamment son procès pour homosexualité, son intérêt pour le socialisme et l’anarchisme, en ont fait un personnage totalement décrié ou adulé.

Il est l’un des grands provocateurs de son temps, mais ses traits d’esprit atteignent toujours leur cible plus de cent ans après.

La vivacité de son esprit et la justesse de ses observations ne sauraient faire oublier qu’avant tout, Oscar Wilde fut un être sensible et profond, et que sous le masque du dandy et l’affectation de la superficialité se cachaient bien des conflits intérieurs.

Car la dérision et le cynisme ne sont-ils pas, bien souvent des remparts contre la fragilité?

En dépit des apparences, et même sans doute pour signifier que les apparences n’étaient rien d’autre qu’une agréable enveloppe, Oscar Wilde écrit, dans son essai, L’Ame Humaine: « L’homme a cru qu’il importait d’avoir, ignorant qu’il importe d’être. »

En cela, cent avant avant l’idée très en vogue, en psychologie, d’oser devenir qui l’on est, Oscar Wilde a toujours veillé à assumer ce qu’il était, sans concession à la norme.

Paradoxe, d’ailleurs, que celui d’avoir tellement observé, assimilé et décortiqué les codes sociaux et les mondanités, qu’il s’y fondait sans difficulté, tout en n’étant jamais dupe, et en n’oubliant jamais d’être lui.

‘Une oeuvre d’art est le produit unique d’un tempérament unique. Sa beauté vient de ce que son auteur est ce qu’il est. En aucun cas de ce que les autres veulent. A la vérité, dès qu’un artiste prend conscience de ce que désirent les autres et s’applique à les satisfaire, il cesse d’être un artiste. Il devient un artisan, terne ou amusant, un commerçant, honnête ou malhonnête ; il ne peut plus prétendre être un artiste. L’art est l’expression de l’individualisme le plus intense que le monde ait jamais connue, et j’aurais même tendance à dire la seule. ‘

 

Oscar Wilde est né le 16 Octobre 1854 à Dublin, en Irlande, cadet d’une famille de trois enfants. Sa mère, Jane Elgee, était écrivain et poète, chantre de la cause irlandaise, et son père Sir William Robert Wilde, un éminent chirurgien anobli par la Reine.

Après avoir reçu l’enseignement de professeurs particuliers à la domicile, Oscar Wilde entre en 1871 au Trinity College de Dublin, pour poursuivre ensuite des études de lettres classiques à Oxford, de 1874 à 1878. C’est là qu’il rencontre l’écrivain et critique Walter Pater (1839-1894) avec lequel il fonde le Mouvement Esthète, ou « l’art pour l’art », qui prône la recherche du beau, sans préoccupation morale ou sociale.
Wilde se révèle un étudiant brillantissime et remporte de multiples prix et récompenses.

Après Oxford, il s’installe à Londres et écrit principalement de la poésie. Son premier recueil, Poèmes, est publié en  1881.

La même année, il entreprend une grande tournée aux Etats-Unis et au Canada, pour donner des conférences sur l’esthétisme. Il rentre en Europe en 1883 et s’installe pendant un temps à Paris.
In 1884, il épouse Constance Mary Lloyd (1858-1898), et en a deux fils, Cyril (1885-1915), qui sera tué pendant la Grande Guerre, et Vyvyan (1886-1976), qui deviendra écrivain à son tour.

Les Wilde s’installent à Londres, où Oscar continue d’écrire et de travailler pour des journaux. En 1887, il prend fait et cause pour la cause féministe et devient rédacteur en chef du magazine Woman’s World.

In 1891, Oscar Wilde fait la rencontre de sa vie, en la personne du poète anglais Lord Alfred Douglas, surnommé « Bosie » (1870-1945), fils du neuvième marquis de Queensberry.
C’est le début d’une relation passionnée et d’une liaison ouvertement affichée.

 

 

Mais cette relation sera aussi à l’origine des poursuites judiciaires contre Oscar Wilde, et le conduira finalement à sa ruine et sa chute.

Poursuivi par la vindicte du marquis de Queensbury (« la brute », ainsi que le dénommait Oscar), qui exécrait le style de vie de son fils et la personne d’Oscar Wilde, ce dernier est condamné, en 1895, à deux ans de travaux forcés, pour indécence et actes homosexuels.

Sa femme, Constance, s’installe en Allemagne avec ses deux fils et change leur patronyme en Holland.

En prison, Oscar Wilde se réfugie dans l’écriture, et écrit de nombreux essais, poèmes et lettres, dont celle à Alfred, « De Profundis », publiée en 1905.

A sa libération en 1897, Oscar Wilde écrit « Ballad of Reading Gaol » (1898), poème plaidoyer sur l’injustice de l’incarcération et contre la peine de mort.

Sous le nom de Sebastian Melmoth, Oscar Wilde retourne à Paris, ruiné, et y renoue avec son premier amant, le journaliste canadien Robert Ross (1869-1918), qui sera aussi son exécuteur testamentaire. En dépit de l’aide de nombreux amis, dont André Gide, Oscar Wilde ne connaîtra plus jamais le succès de son vivant.

Il meurt d’une méningite le 30 Novembre 1900.

Il repose à Paris, au Père Lachaise.

Les oeuvres principales d’Oscar Wilde sont:

Pour le théâtre:
L’Importance d’être Constant (The Importance of Being Earnest) (1895)
Un mari idéal (An Ideal Husband) (1895)
Une femme sans importance (A Woman of No Importance) (1894)
L’éventail de Lady Windermere (Lady Windermere’s Fan
), jouée pour la première fois en février 1892, publiée en 1893.

Romans et nouvelles:

Le Fantôme de Canterville (The Canterville Ghost) (1887) : publié dans The Court And Society Review
Le Crime de Lord Arthur Savile (Lord Arthur Savile’s Crime) (1887): publié dans The Court And Society Review
The Model Millionaire (1887) : publié dans The World
Le prince heureux et autres contes (The Happy Prince and Other Stories) (1888)
Le portrait de Mr. W.H. (The Portrait of Mr. W.H.)
(1889)

Le Portrait de Dorian Gray (The Picture of Dorian Gray) (1891)

(Sources pour les repères biographiques:

Wikipédia,

Biography  by C. D. Merriman )

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6 réponses à Oscar Wilde, dandy et esprit libre

  1. wouf dit :

    L’expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs.

    Cette maxime d’Oscar wilde est l’une de mes citations préférées… en vieillissant :)

  2. Et elle est totalement positive. Finalement, vieillir serait recycler ses erreurs, ce qui donne un certain espoir.

  3. ACDL dit :

    Tout d’abord, merci pour les commentaires sur mon blog. Très beau blog, des articles que j’apprécie beaucoup.

    Oscar Wilde est un de mes auteurs préférés et Le portrait de Dorian Gray est tout de même très représentatif de la société victorienne et des codes qui la régissaient.

    Merci pour cet article.

  4. Guérin dit :

    Chère Elisabeth,

    Si vous aimez Oscar Wilde, savez-vous que la journal bimestriel en ligne « Rue des Beaux Arts » qu’on peut trouver sur le site http://www.oscholars.com lui est consacré ? C’est le bulletin de la Société Oscar Wilde en France auquel on peut s’inscire en écrivant à
    melmoth.paris@gmail.com
    Cordialement
    Danielle

  5. @Guérin

    Merci beaucoup pour cette info, Danielle.
    Je vais de ce pas faire un tour sur ce site.

    Bien cordialement à vous.

    Elisabeth

  6. pierre cardon dit :

    Bonsoir,

    je vous signale la parution d’une adaptation BD du Crime de lord Arthur Savile d’Oscar Wilde, par Salet et Nauher, éd° Roymodus, début novembre 2012. Plus d’infos sur http://www.roymodus.com

    Codialement,

    Pierre

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