Russell Means et les Lakotas

Le 20 décembre 2007, un groupe portant le nom de Freedom Lakota, dirigé par Russell Means, a fait sécession avec les Etats-Unis et proclamé à Washington l’indépendance des Lakota (l’autre nom des Sioux). Dans une note remise au ministère des Affaires étrangères des États-Unis, ont été dénoncés l’ensemble des trente-trois traités signés avec les États-Unis, traités régulièrement violés par le gouvernement fédéral, dont un certain nombre est vieux de plus de 150 ans.
Cette République engloberait une partie du Nebraska, du Dakota du Sud, du Dakota du Nord, du Montana et du Wyoming, soit tout l’ancien territoire historique des Lakota.
La dénonciation des traités se fonde sur l’article 6 de la Constitution des États-Unis et sur la Convention de Vienne signée par les États-Unis.
Toutefois, la légitimité de Russell Means ne repose sur aucun mandat politique, son action est donc symbolique et vise à attirer l’attention nationale et internationale sur la grande injustice faite à son peuple depuis les débuts de la conquête de l’Ouest au XIXème siècle.

Russell Means a annoncé que la République des Lakotas délivrerait ses propres passeports et ses propres permis de conduire, et qu’en raison de la renonciation à la citoyenneté américaine, l’assujettissement à tout forme d’impôt émanant de l’état du Dakota du sud ou de l’état fédéral tomberait. A ce jour, le gouvernement américain n’a pas réagi à cette déclaration d’indépendance. Il semblerait aussi que le mouvement n’ait pas fait l’unanimité au sein de la population lakota.

Qui est Russell Means?

Russell Means, un Sioux Lakota Oglala, est né à la réserve de Pine Ridge (Dakota du Sud) en 1939, mais sa famille s’établit à San Francisco en 1942

En 1968, Means rejoint l’AIM (American Indian Movement) et devient rapidement l’un de ses leaders les plus influents. L’année suivante, Means fait partie du groupe d’Indiens qui occuperont l’île d’Alcatraz pendant 19 mois. Il devient en 1970 le premier directeur national de l’AIM, et organise, au cours des années 70, plusieurs occupations symboliques et spectaculaires, comme celle du Mont Rushmore(1970), du Bureau des Affaires Indiennes de Washington (1972), et en 1973 celle du site du massacre de Wounded Knee.
Dans les années 80, l’AIM connaît de grave divisions, Means, contesté, s’en éloigne, et se rapproche du Parti Libertaire, qui lutte pour les droits des minorités.

De façon générale, depuis la fin des années 70, Russell Means a souvent soutenu la cause d’autres minorités luttant pour leur indépendance, ce qui a pu lui être reproché par d’autres leaders de l’AIM. Ainsi en 1986, il fait le déplacement au Nicaragua pour exprimer son soutien aux indiens Miskito, qui étaient alliés des Etats-Unis et de la guérilla contre le gouvernement nicaraguayen. In 1987, Means fait campagne pour la présidence du Parti Libertaire,remporte un grand soutien, mais finit par perdre les élections au profit du membre du Congrès Ron Paul.

Pour Russel Means, être désigné par le vocable « American Indian » est préférable et plus juste que le politiquement correct « Native American. », car « quiconque est né en Amérique est un Native American, dit-il. Selon lui, l’utilisation du mot « Indien » ne proviendrait pas, comme on l’a cru, d’une confusion avec les habitants des Indes, mais de l’expression italienne « indios », qui signifie « en Dieu » ou « ainsi que Dieu les a faits ». Il considère également que, dans la mesure où les traités et autres documents légaux se réfèrent aux « indiens » et non aux « native americans », toute procédure judiciaire visant à dénoncer de tels documents se doit de reprendre les mêmes termes.

On peut reprocher parfois à Russell Means ses positions extrêmes, et même parfois ses sympathies.
Il n’en demeure pas moins qu’en tant que porte-voix de la cause indienne, il a largement sa place au Panthéon des héros de ce peuple. Il est d’ailleurs considéré comme l’indien le plus célèbre depuis Sitting Bull, ce qui lui a valu d’être immortalisé par Andy Warhol dans ses American Indian Series de 1976 (tableau de la collection du Dayton Art Institute).

Russell Means, acteur
Russell Means entame une carrière d’acteur en 1992 dans le Dernier des Mohicans, avec le rôle du chef Chingachgook. Il a également participé à la mini-série évènement produite par Steven Spielberg, Into the West.

L’histoire des Lakota, de la souveraineté à la dépossession. (source Wikipedia)

Les Lakotas (ou Lakhota ou Lak’ota), sont une tribu autochtone américaine mieux connue en français sous le nom de Sioux. Ils forment un groupe de sept tribus (« la Grande Nation Sioux »).

Les Lakotas vivent dans le Dakota du Nord et le Dakota du Sud (États-Unis). Les sept branches lakotas sont : Brulé, Oglala, Sans Arcs, Hunkpapa, Mnikowoju, Siksika (Pieds-Noirs et Chaudière).

Les Sioux ont adopté le cheval au début du XVIIIe siècle. Leur société était centrée autour du bison. Il ne restait que 20 000 Lakotas au milieu du XVIIIe siècle. Leur nombre est maintenant 70 000, dont 20 500 parlent leur langue ancestrale.

Les Lakotas ont connu avec l’arrivée des Blancs des épidémies puis des massacres. Plusieurs traités ont été signés au fil du temps entre leur Nation et les colons, mais ceux-ci ne les respectèrent pas, et le territoire attribué aux Lakotas ne cessa de diminuer, cette diminution, ajoutée au massacre des bisons, entraînant des famines.

Aujourd’hui, les Lakotas vivent pour la plupart dans les cinq réserves du Sud-Ouest du Dakota : Rosebud (où vivent les Sicangu ou Brûlés), Pine Ridge (où vivent les Oglala), Lower Brulé (où vivent les Lower Sicangu), Cheyenne River (où vivent plusieurs autres des sept tribus Lakotas, dont les Pieds-noirs et les Honkepapa), et Standing Rock (qui est aussi peuplée par plusieurs tribus).

Mais on trouve aussi des Lakotas dans le Nord dans la réserve Fort Peck du Montana, celle de Fort Berthold du Nord-Ouest du Dakota du Nord, et dans plusieurs petites réserves de la Saskatchewan et du Manitoba, où leurs ancêtres arrivèrent après la guerre des Collines Noires. Un grand nombre de Sioux vivent aussi à Rapid City et autres villes des Collines noires et dans la région de Denver.

Étymologie: Le mot lakhóta signifie à l’origine « sentiment d’affection, amitié, unité, allié ».

Historiquement les Lakota ont 7 « sous-tribus » divisées en communautés et sous-communautés.

Le massacre de Wounded Knee
Le massacre de Wounded Knee eut lieu dans le Dakota du Sud le 29 décembre 1890. Environ 200 indiens de la tribu Lakota Minneconjou des Sioux (dont plusieurs dizaines de femmes et d’enfants) furent décimés par l’armée des États-Unis. Le terme de « massacre » fut employé par le Général Nelson A. Miles dans une lettre du 13 mars 1917 au commissaire aux affaires indiennes.

Cinq cents soldats du 7e régiment de cavalerie des États-Unis, appuyé par quatre mitrailleuses Hotchkiss encerclèrent un campement d’indien Lakota avec ordre de les convoyer en train vers Omaha dans le Nebraska. Le commandant du 7e avait reçu l’ordre de procéder à un désarmement préalable. Il existe différentes versions du massacre mais les historiens s’accordent sur le fait que les tirs ont commencé pendant le désarmement des Indiens. Un coup de fusil a retenti et les Indiens, désarmés et encerclés, ont été mitraillés. Vingt-cinq soldats de la cavalerie ainsi que 153 indiens Sioux ont alors été tués, y compris 62 femmes et enfants. Les cadavres indiens furent enterrés dans une fosse commune sur le lieu du massacre. D’autres Sioux sont morts de leurs blessures ultérieurement. Les soldats tirant de quatre cotés à la fois, certaines des victimes militaires ont probablement été touchées par leurs camarades.

Le contexte avant Wounded Knee
En février 1890, le gouvernement des États-Unis avait rompu un traité passé avec les Lakota en divisant la Grande réserve Sioux de l’État du Dakota du Sud (qui englobait la plus grande partie de l’État) en cinq réserves dont la totalité était plus petite. Cette trahison intervint dans le but de satisfaire les intérêts des propriétaires de l’Est et était conforme à la politique clairement affichée du gouvernement « de rompre les relations tribales » en obligeant « les Indiens à se conformer au mode de vie de l’homme blanc, pacifiquement si possible ou sinon par la force ».

Une fois les réserves « ajustées », les tribus furent séparées en unités familiales sur des parcelles de terrain de 320 acres. En raison de la sécheresse, les récoltes de 1890 se révélèrent insuffisantes pour assurer l’alimentation des Sioux, et ce alors même que le gouvernement avait réduit les rations de moitié. Le bison ayant été pratiquement éradiqué de la plaine quelques années plus tôt, les Sioux furent affamés.

La Danse des esprits (Ghost Dance)
En 1890, Jack Wilson, un chef religieux indien connu sous le nom de Wovoka déclara que pendant l’éclipse totale du soleil du 1er janvier 1889, il avait reçu la révélation d’être le Messie de son peuple. Le mouvement spirituel qu’il créa devint connu sous le nom de « Danse des esprits » (Ghost Dance), mélange syncrétique de spiritualisme Paiute et de christianisme Shaker. Bien que Wilson ait prédit la disparition des hommes blancs, il a également enseigné que jusqu’au jour du Jugement dernier, les amérindiens devaient vivre en paix et ne pas refuser de travailler pour les blancs.

Chez les Sioux, les deux premiers convertis à cette nouvelle religion furent Kicking Bear et Short Bull, de la réserve de Pine Ridge.
La danse des Esprits se propagea rapidement chez les Sioux, démoralisés et affamés. Effrayés, les agents indiens demandèrent l’aide de l’armée. Bien que la majorité des Indiens de la réserve de Pine Ridge ait été convertie, le chef Sitting Bull n’en faisait pas partie. Cependant, ayant garanti la liberté religieuse, il s’attira les foudres du Général Miles, qui ordonna son arrestation. 43 policiers indiens essayèrent de l’arrêter le 15 décembre 1890 à la « Standing Rock Agency ». Pour des raisons peu claires, une fusillade suivit et Sitting Bull fut parmi les douze tués.

Après la mort de leur chef, 400 Hunkpapa Lakota fuirent à la réserve indienne de Cheyenne River des Lakota Minniconjou. 38 Hunkpapa Lakota du village de Sitting Bull trouvèrent refuge au campement des Lakota Minniconjou de Big Foot dans la réserve de Cheyenne River. Miles ordonna aussitôt l’arrestation de Big Foot mais l’armée temporisa, espérant que sa réputation de pacifiste préviendrait les hostilités. Quand les Hunkpapa arrivèrent, apeurés par l’arrivée de nombreux soldats dans la réserve, les 300 Minniconjous décident d’abandonner leur village et de rejoindre le chef Red Cloud (qui ne faisait pas partie du mouvement de la Danse des Esprits) à l’agence de Pine Ridge.

Ignorant les intentions des Indiens, et craignant que la destination de Big Foot ne soit le bastion des danseurs des Esprits dans les Bad Lands, le général Miles déploya le 6e et le 9e régiment de cavalerie pour bloquer les Minniconjou.

Le clan de Big Foot fut intercepté par le Major Samuel Whitside et environ 200 hommes du 7ème régiment de cavalerie (massacré à Little Big Horn par les Sioux 14 ans auparavant). Whitside transfèra Big Foot (qui souffrait d’une sévère pneumonie) vers une ambulance de campagne et escorta les Lakota à leur camp pour la nuit à Wounded Knee Creek. L’armée fournit aux Lakota des tentes et des rations. Les Indiens furent comptés : 120 hommes et 230 femmes et enfants.

Le matin suivant, les Lakota trouvèrent face à eux le reste du régiment, avec son commandant, le colonel James W. Forsyth, arrivé pendant la nuit, ainsi qu’une batterie de canons Hotchkiss du 1er régiment d’artillerie. Les armes étaient disposées sur une petite colline surplombant le campement. Forsyth informa Whitside que les Lakota devaient être transférés dans un camp militaire à Omaha dans le Nebraska.
Le massacre eut lieu au matin.

Conséquences
Une fois la tempête de neige calmée, les militaires embauchèrent des civils pour enterrer les victimes Lakota. 146 Lakota ont été ainsi enterrés dans une fosse commune : 84 hommes et garçons, 44 femmes, et 18 enfants. De plus, 7 blessés Lakota sont morts à l’hôpital de Pine Ridge des suites de leurs blessures.

Le Colonel Forsyth, désavoué par le Général Nelson Miles, fut immédiatement relevé de son commandement. Une enquête militaire approfondie menée par Miles critiqua les dispositions tactiques prises par Forsyth tout en l’exonérant de sa responsabilité. Le Secrétaire à la guerre rétablit alors Forsyth dans son commandement du 7e régiment de cavalerie. La cour a jugea que, pour la plupart, les soldats de la cavalerie avaient essayé d’éviter les atteintes aux non-combattants. Néanmoins Miles continua à critiquer Forsyth qui selon lui avait délibérément désobéi aux ordres. C’est du général Miles que vient l’opinion selon laquelle Wounded Knee est un massacre délibéré plutôt qu’une tragédie provoquée par des décisions malheureuses (l’opinion publique américaine étant alors généralement favorable à Forsyth).

Vingt « médailles d’honneur » furent attribuées à des soldats du 7e de cavalerie pour leur conduite durant le massacre.
Aujourd’hui, les Indiens réclament toujours leur requalification en « médailles du déshonneur ».

Bury my heart at Wounded Knee

A la fin du XXe siècle, les critiques se firent plus vives. Beaucoup considèrent l’évènement comme une des plus grandes atrocités de l’histoire des États-Unis. Il a été commémoré par la chanson engagée « Bury My Heart at Wounded Knee » (« Enterre mon cœur à Wounded Knee ») écrit par Buffy Sainte-Marie. Il est aussi le sujet d’un livre à succès de l’historien Dee Brown publié en 1971 : »Enterre mon cœur à Wounded Knee : la longue marche des Indiens vers la mort » (Bury my heart at Wounded Knee, an Indian history of the American West). New York : Holt, Rinehart & Winston.
En 2007 a été tirée de ce livre la mini-série évènement de HBO, 17 fois nommée aux Grammy Awards.
A voir également sur l’histoire de la conquête de l’Ouest, l’autre mini-série évènement produite par Steven Spielberg, Into the West.

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Et parce que la musique, au-delà des mots, reste, Johnny Cash a, avec ses notes graves et sa voix, raconté Wounded Knee…

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3 réponses à Russell Means et les Lakotas

  1. Patrick dit :

    Remarquable article sur un sujet qui me passionne depuis de longues années.
    Justesse des mots et de l’analyse pour dire les terribles souffrances endurées, l’acculturation engendrée et la fierté de ces peuples.
    Un article essentiel.
    Bravo et merci !

  2. Ravie de ton passage ici, Patrick, et enchantée que cet article sur les peuples Indiens ait pu toucher ta fibre de sympathie pour eux.
    A bientôt!

  3. Bertrand dit :

    Depuis toujours admiratif de la Culture des Indiens des Plaines, cet article est très bien rédigé comprenant des mots et un enseignement pédagogiquement clairs.

    A mettre entre toutes les mains.

    Mitakuye Oyasin

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