Scarlett O’Hara, la peste magnifique

Scarlett O’Hara, pour bien des gens, est une tête à claques insupportable, une égoïste sans coeur, une garce patentée, une effroyable coquette sans aucune profondeur.

Pour moi, elle est juste terriblement humaine…Elle ne vise pas à être détestée, mais ose prendre le risque de l’être, dans une société où tout n’est que conformisme et, où le rôle séculairement défini pour les femmes est enfermé dans une chappe de plomb.

Dans le Vieux Sud, les femmes de la bonne société doivent être sages, modestes, ne pas se mettre en avant, avoir l’air ignorantes même lorsqu’elles savent tout. Elles doivent être dévouées à leur foyer, se ranger derrière l’avis de leur époux même quand il a tort. Elles doivent être des piliers de la maison, prendre en charge son organisation, ne pas penser à elles mais gérer sans cesse le bien-être des personnes dont elles ont la charge.

Dans l’idéal, elle aimerait bien être une grande dame comme sa mère, quand elle aura le temps…

La force de Scarlett, c’est l’adaptabilité et l’absence de tabous. Elle ose être elle-même, pas parfaite, pas jeune femme modèle, mais affirme sa volonté de fer dans un monde où tout s’écroule.

Scarlett n’a pas un sale caractère, elle a la force et les travers de son caractère affirmé.

Une petite musique symphonique?

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Scarlett O’Hara est l’une de mes héroïnes culte. Le fim produit par David O.Selznick, au tournage semé d’embûches et de dépressions nerveuses, est un chef d’oeuvre. Mais le roman de Margaret Mitchell, paru en 1936, l’est tout autant.

L’évocation historique, culturelle, sociale, de la période précédant la guerre de Sécession, est admirable de précision, tant dans l’étude des personnages et de leur mode de vie, que dans les détails du quotidien. Il ne se veut pas une apologie de l’esclavage, juste une photographie, un instantané pris à un moment donné.

Le contexte historique de la guerre de Secession (1861-1865), de ses batailles, de la ferveur du rêve fou des treize Etats sécessionnistes, est admirablement restitué.

Celui de la Reconstruction après la défaite, de ses heurts et de ses douleurs, s’il peut paraître parfois partisan (Margaret Mitchell est issue d’une vieille famille du Sud), n’est jamais simpliste.

Mais revenons à Scarlett O’Hara…

Sa force, c’est son charme puissant et sa détermination à obtenir ce qu’elle veut.

Sa faiblesse, c’est son absence totale de psychologie…Car il faut singulièrement en manquer, pour courir une bonne partie de sa vie après un homme qu’elle croit aimer – le très fade, très cultivé, et très dépassé par les évènements Ashley Wilkes – en passant à côté du seul homme qui la voit telle qu’elle est vraiment, et l’aime pour ce qu’elle est.


Rhett Butler. Sa moustache d’hidalgo, son humour cynique, et son dévouement sans limites. Il y a une « passion de la vie » (c’est le terme employé par Ashley pour caractériser Scarlett, thème repris à son compte par Rhett), une absence totale de respect pour les convenances, et même une sorte d’animalité communes entre Rhett Butler et Scarlett O’Hara. La seule différence entre eux est la lucidité, immédiate chez Rhett, bien trop tardive chez Scarlett.

Rhett voit tout, n’est dupe de rien, tandis que Scarlett s’illusionne avec son fameux « j’y penserai demain »

Si Scarlett O’Hara nous parle encore autant, c’est qu’elle est terriblement moderne. Elle est une femme qui essaie d’être elle-même dans son temps, et même, en dépit de lui. Sa quête du bonheur, qui semble insensée et très peu féminine à ses contemporains, est avant tout une recherche d’être au plus juste de soi. Scarlett aurait pu écrire, avant Jacques Salomé, Le courage d’être soi. Certes, elle s’égare un bon paquet d’années, mais au moins, elle a le mérite d’essayer de sortir du moule dans lequel elle est née.

Si vous aviez des préjugés contre le film Autant en Emporte le vent, contre le livre éponyme de Margaret Mitchell, et même contre le personnage de Scarlett O’Hara, reconsidérez-les. On ne joue pas dans la même cour – mais alors pas du tout…- que Sissi Impératrice ou Angélique Marquise des Anges.

(Bien sûr j’aime aussi ces deux dernières péronnelles, mais ça, c’est mon problème et il n’y a rien à en dire de plus.)

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24 réponses à Scarlett O’Hara, la peste magnifique

  1. gdblog dit :

    C’est vrai que j’ai des préjugés sur le film autant en emporte le vent (que je n’ai donc pas vu) et ce type d’histoire mais ta description tend à les faire vaciller …

  2. @gdblog

    Alors si je peux me permettre un conseil, mon cher GD, c’est avant toute chose de lire le gros pavé de Margaret Mitchell…Tu verras, il passe tout seul…Puis, regarde le film. Et reviens m’en dire des nouvelles.

  3. Sonia C dit :

    Beau coup de plume Babeth! Ces bulles avec leurs cortèges de mots dedans n’ont pas vocation à éclater en goutelettes irisées mais à rester en suspend dans l’air, pour que nous soyons nombreux à nous régaler de ces mots vrais, drôles, émouvants, énervants, étonnants!
    Et merci pour avoir exhumer Scarlett de sa naphtaline! J’ai comme toi une passion pour la fille de Tara, quintessence de mes héroïnes favorites! ;-)

  4. @Sonia C

    Eh oui, ma chère Sonia, on a toutes un peu de Scarlett en nous…
    Merci de ta visite et de tes mots… N’hésite pas à choisir une bulle au hasard et à t’y poser à nouveau. Je t’embrasse.

  5. Azariel dit :

    J’ai eu un sourire lorsque tu as écrit : « Le fim produit par David O.Selznick », car au final, difficile de dire de qui est le film tant il y eut des metteurs en scène derrière la caméra, Selznick ayant eu l’habitude des les épuiser nerveusement, mis à part deux ou trois réalisateurs avec qui il s’entendait (comme Hitchcock, qu’il a laissé bosser en paix).

    Je n’ai vu Gone with the Wind que récemment, je n’avais encore jamais eu la curiosité de voir ce film, et étonnamment, c’est surtout Clark Gable qui m’a marqué, car en si peu de présence à l’écran, je trouve qu’il a impregné la pellicule de manière magistrale, chacune de ses apparitions étant… (les mots me manquent).

  6. @Azariel
    Oui, j’ai pris le soin de ne parler que du producteur, tant le nombre des réalisateurs qui ont défilé fut grand…Au final le film est signé Victor Fleming, car c’est lui qui est resté le plus longtemps! Même George Cukor a participé, pour certaines scènes intimistes du début, notamment celles à la garden party des Douze Chênes. Mais le grand Cukor fut remercié assez rapidement par Selznick, au grand désespoir de toutes les actrices, qui l’adoraient et qui adoraient être dirigées par lui…

  7. patrick dit :

    bonjour Elisabethh !
    très bon article… comme de coutume en ces lieux !
    tu as raison de dépoussiérer les préjugés et les idées toutes faites sur ce grand classique. ton analyse psychologique de scarlett o’hara est très pertinente. et tu as raison de parler du livre, grand classique de la littérature américaine qui mérite d’être relu et redécouvert.
    amicalement,
    PAT

  8. @patrick
    Je suis ravie, Patrick, que mon article contribue à t’intéresser au cas Scarlett…Elle est un vrai personnage de femme, complexe et le contraire de mijaurée…
    Je t’ai lu sur ton site…Je suis ravie pour toi. Je vais revenir te le dire plus précisément chez toi.

    Bonne soirée à toi, et à bientôt.

  9. Gilles Arnaud dit :

    Bonjour Elizabeth,

    Le personnage de Scarlett est l’ambivalence même.
    Mais elle porte littéralement le film, Gone with the wind serait une épopée vide de sens sans elle.

    Scarlett est tout sauf un personnage lisse et formaté. Elle traverse les décennies et le charisme reste intact !

    Alexandra

  10. Reine dit :

    Bonjour Elisabeth, je viens de relire en quelques jours, Autant en emporte le vent puis Scarlett, la suite. Pour moi Scarlett O’ Hara est une merveilleuse femme pleine de paradoxe. Derrière la petite fille gâtée et égocentrique, se cache une femme pleine de coeur et de courage. Quel dommage que tu ne parles pas de la suite, mais peut-être ne l’as tu pas lu? Dans ce cas, je te le conseille vivement car même si l’écriture n’est pas la même, la suite des amours malheureuses de Scarlett et Rhett est un vrai bonheur. A bientôt.

  11. @Reine

    Bonjour Reine, je partage évidemment ton analyse sur Scarlett…
    De quelle suite parles-tu? De celle parue il y a une dizaine d’années, ou de celle, plus récente, qui revisitait toute l’histoire mais côté Rhett Butler? (Le Clan Rhett Butler)

    J’ai lu les deux, j’ai trouvé très bonne l’idée de réécrire l’histoire du point de vue de Rhett…mais je crois qu’en Scarlettologie, nul n’a égalé Margaret Mitchell, auteur de ce seul et sublime roman!

    Bonne soirée à toi.

  12. purplescarlett dit :

    je sais que cet article date un peu, mais je viens de le découvrir, et il m’a fait très plaisir!

    je « milite » pour la réhabilitation de Scarlett depuis pas mal de temps…
    déjà au lycée, quand je lisais Autant en emporte le vent dans les couloirs et qu’on me disait méchamment « oh mais c’est nul ce que tu lis, c’est un vieux roman à l’eau de rose » ça me mettait hors de moi!
    souvent ce genre de commentaires vient de personnes qui n’ont pas fait l’effort d’ouvrir le livre pour se faire leur propre opinion mais suivent, tels des moutons de Panurge, l’avis général de la masse populaire qui considère Scarlett comme une idiote égocentrique et arriviste…
    pourquoi personne ne voit cette force et ce courage en elle? pourquoi personne ne voit le féminisme de ce roman? Scarlett pourrait être un modèle pour de nombreuses jeunes femmes, et c’est dommage qu’elle ne soit pas perçue comme cela…

    ce personnage est mon idole, mon modèle, j’ai eu la chance de tomber par hasard sur ce livre étant très jeune, et, quoiqu’on en dise, Scarlett m’a montrée qu’on pouvait être une femme forte et indépendante, et surtout faire son chemin dans la vie et la société malgré le regard et les critiques des gens. et ça, ça n’a pas de prix.

    merci pour cet article!

  13. @purplescarlett

    Je crois effectivement que la majorité des personnes qui prennent Autant en emporte le vent pour un roman à l’eau de rose ne l’ont tout simplement pas ouvert…
    Outre l’intérêt historique minutieusement documenté (Margaret Mitchell était journaliste), les rapports psychologiques entre les personnages, et le personnage de Scarlett lui-même est finement analysé, et beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît.

    A moi aussi, quand j’étais ado, elle a pu m’inspirer. Son fameux  » je ne veux pas penser à ça maintenant, j’y penserai demain », notamment…

    Merci de ta visite, Purplescarlett!

  14. Catherine dit :

    Votre article ne fait que rendre justice à un très beau roman, un très beau film. Et votre analyse des personnages est pertinente.

    Je vais lire la dernière suite d’ici peu.

    Bien à vous

    Catherine

  15. Marine dit :

    Bien que je sois jeune, j'ai lus ce livre de très nombreuse fois et vu le film aussi. je dois avouer qu'avant de regarder le film, j'avais peur d'être déçus ( c'est ce qui m'arrive souvent après avoir regarder un film tiré d'un livre )
    J'avais tort de m'inquieter, le film est exactement comme le livre. les Acteurs sont ecxellent et leur jeu aussi. Scarlette y est très bien représenté. Et ce que je garde d'elle sont ses nombreuses mimique tel que ses expressions quelle fait paraitre avec ses sourcils et son regard.
     C'est un model de femme, forte, qui ne ce laisse pas abattre avec une forte volonté comme celle d'aider les siens. On veut la faire paraitre égoïste alors qu'elle ne l'ai pas.
    Je voulais faire partager mon avis, peut-être inutile, car ce film m'a profondément marqué l'esprit.

  16. Merci Marine, d’être passée ici soutenir Scarlett!
    Quel que soit l’âge de ses fans, elle parle à tout le monde…

  17. Jolile dit :

    Scarlett est aussi une victime familiale et sociale, doublement stigmatisée par ses origines françaises et irlandaises (aux yeux des wasp américians, deux aspects de la lie de la terre)  : elle est le garçon que ses parents n'ont pas eu et doit agir comme tel, elle n'a pas comme Melanie une vie droite comme un rail de celle qui a une place assurée dans la vie.  Scarlett est une éternelle déclassée.
    C'est le portrait d'une femme qui essaie farouchement de vivre et de faire face aux évènements et qui apprend avec son ignorance, son statut handicapant de femme et ses défauts, le courage et la vie  ….. C'est le portrait d'un aveuglement, d'une grande névrosée et d'une perdante, , plus noire encore dans le roman que dans le film, mais d'une âme de chef qui ne trouve pas vraiment à s'employer dans le rôle classique des femmes de son époque.  
    Elle a une trentaine d'année à la fin du film. Tara sera peut-être le seul amour de sa vie, elle qui ne sait pas aimer, et qui ne s'en donne pas la permission, même envers ses enfants, mais peut-être aussi un aspect de sa rédemption et de son apaisement : comme elle a choisi tout de même le futur et la réalité de Rhett contre le passé et l'illusion que représente Ashley, elle choisit dans la solitude, et la terre et l'action au lieu de s'effondrer et de se soumettre. Bref, elle ne renonce pas et l'avenir n'est pas écrit.  

  18. Très fine analyse…Merci beaucoup!

  19. Laure dit :

    Magnifique article sur un de mes personnages favoris! Vous avez su tout à fait cerner ce personnage complexe et me mettre en mots de façon très pertinente. Personnage fascinant que Mlle Scarlett…
    Merci

  20. Merci Laure. Scarlett est très inspirante, je dois dire…

  21. Anonymousa dit :

    Merci beaucoup pour cet article, il m’a énormément aidée à faire ma propre analyse pour l’épreuve d’histoire de l’art…

  22. Yayaboom dit :

    Bonjour!
    Je tombe par hasard sur cet article à l’analyse tout à fait plaisante…
    Baignée dans Autant en emporte le vent, le film (à partir de 6 ans) puis le roman (une fois ado), Scarlett O’hara est la seule héroïne que j’ai jamais aimée et dont j’ai pu m’inspirer sans même m’en rendre compte! En effet, ce personnage est vecteur de force et de courage pour affronter les obstacles de la vie, quels qu’ils soient…
    J’ai remis le nez ces dernières vacances dans la suite (Scarlett, d’Alexandra Ripley) en tombant dessus chez mes grands-parents et l’ai relu 4 fois en l’espace de 3 semaines, moi qui n’avais pas remis le nez dans un livre pour le plaisir depuis + de 15 ans!!!
    Eh bien à 37 ans, le plaisir est toujours le même et jai été transportée par ce personnage, et bien sûr l’idylle avec Rhett Butler!!
    En revanche, j’ai été très très déçue par la suite télévisée. Bien sûr, on ne pouvait pas retrouver le même plaisir sans les mêmes acteurs, mais le scénario qui avait pourtant bien commencé en suivant le roman d’Alexandra Ripley, a complètement dévié sur la fin et a complètement transformé la teneur du personnage de Scarlett dans la tournure des événements rencontrés dans le film alors qu’il avait si bien évolué dans le roman! J’en suis à rêver qu’un nouvel essai soit réalisé plus proche du roman!! Avis à un réalisateur ambitieux???!!!

  23. j.etienne dit :

    Je trouve ce personnage courageux et indépendant
    Ce n’est pas une garce ,elle se sert des conventions pour justement se libérer des contraintes sociales qui pèsent sur les femmes de l’époque.
    Ce qui me plaît c’est qu’elle n’est pas « punie » à la fin du film comme dans beaucoup
    d’autres films hollywoodiens moralisants.
    OK,Rett finit par la plaquer mais comme on sait qu’elle est increvable…
    Vivien Leigh accomplit une performance extraordinaire.

  24. Anadon dit :

    J’ai revu ce film récemment.. mon préféré ( avec Thelma et Louise). Après tant de fois…
    Il n’a pas vieilli…, les personnages sont incroyables…
    Scarlett est éblouissante, elle GÈRE…elle gère, elle gère….elle souffre, mais elle est consciente d’etre La seule a pouvoir supporter.. quitte à passer pour une méchante,arrogante, égoïste, surnoise, égocentrique, …
    Mélanie…..
    C’est divin…
    Si Bonnie Blue , ne tombait pas du poney,
    J’aurais appeler ma fille comme ça!!
    SUBLIME

    J

    Arrogante, égoïste…, rien de ça ….. elle a peur, elle protège, elle ne lache rien..

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