Treme: une série magistrale de HBO sur la Nouvelle Orleans après Katrina

A l’adolescence, période des premières grandes découvertes et des premières fois, j’ai été fascinée, happée même, par le jazz, le blues, et toutes leurs déclinaisons. Cette musique a parlé à mon âme, et ne l’a jamais quittée depuis.

La Nouvelle-Orléans tient encore une place à part.

Parce qu’elle est le vieux Sud enrichi de dizaines d’autres influences, parce qu’elle est le berceau du jazz, que ses habitants vivent la musique comme ils respirent, et que l’histoire hante les ruelles de chaque quartier, avec des relents vivaces d’une vieille langue française emblématique et tutélaire.

(Et aussi parce que Scarlett O’Hara y a passé sa lune de miel avec Rhett Butler. Et même parce qu’un jour gris, un Tramway nommé Désir y a emporté les rêves de Blanche Dubois.)

Une nuit d’été, dans une autre vie, je suis arrivée à la Nouvelle Orléans sous une pluie torrentielle, presque irréelle. Mais dès le lendemain, la pluie avait disparu, comme un souvenir. Alors j’ai visité les ruelles du French Quarter, suivi une parade qui passait, écouté du live jazz dans un club historique, et humé les effluves du gombo dans chaque restaurant. Le lac Pontchartrain étendait ses vagues tranquilles, et l’air était d’une douceur moite.

Je ne suis jamais retournée à la Nouvelle Orléans, mais elle est demeurée dans mon coeur.

J’écoute toujours ses hérauts mythiques, ses chantres magnifiques des anciennes générations comme des nouvelles. Harry Connick Jr bien sûr, mais aussi Wynton Marsalis, le Grand.

Juste pour le plaisir, là, avant que je continue…

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(incroyable version New Orléans de Layla à 2mn, après le speech d’Eric Clapton, solo de trompette magique de Wynton à 8mn30. Et le jeune trombone. Et les cuivres. Quel bonheur! Je m’égare et j’oublie d’écrire…)

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(magnifique reprise live d’Harry Connick Jr de l’hymne national de la Nouvelle Orléans)

Et puis l’ouragan Katrina est arrivé, à la fin de l’été 2005, dévastant la ville et la moitié de la côte. Bien plus que des décombres de pierres, Katrina a entraîné l’exode massif des habitants et de leurs musiques.

En septembre 2008, trois ans après le drame, je pensais encore à eux, et j’avais écrit cet article sur ce blog.

Je viens de découvrir Treme, et je ne m’en remets pas… D’abord le générique composé par John Boutté (un vrai musicien New Orléanais que l’on voit à plusieurs reprises dans son propre rôle dans la série), avant que vous compreniez pourquoi je ne m’en remets pas.

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Treme est le nom du plus ancien quartier noir et créole de la ville, composé d’ esclaves affranchis, et considéré comme le berceau du jazz. La série de HBO, créée par David Simon (The Wire) explore avec finesse et un constant souci de réalisme les destins croisés de plusieurs habitants de la Nouvelle-Orléans, trois mois après le passage de Katrina: un chef Indien de Mardi Gras, une jeune restauratrice, un écrivain professeur à l’université de Tulane, des musiciens…

Avec une rigueur quasi-documentaire, les créateurs de la série prennent le temps…Vraiment. De nous faire vivre des morceaux live en entier dans les clubs locaux, avec au milieu des acteurs les musiciens emblématiques de la ville dans leur propre rôle, tels que John Boutté, Aaron Neville, Coco Robicheaux, Dr John, Kermit Ruffins…Certains de ces musiciens d’ailleurs, véritables gloires de la Nouvelle-Orléans, sont des quasi inconnus dans le reste du pays, et même du monde.

Le temps aussi de nous faire pénétrer dans l’univers du Mardi Gras, des parades, d’insister sur les aberrations du système d’indemnisation, la désorganisation générale de l’administration, mais aussi, toujours, sur l’indéfectible amour des habitants pour chacune des pierres de leur ville et leur culture.

Les personnages sont poignants et les acteurs totalement habités par leur rôle. La musique omniprésente, envers et contre tout – et contre tous, aussi, si l’on sait qu’une partie de l’opinion aux Etats-Unis s’est demandé s’il fallait vraiment reconstruire la Nouvelle-Orléans! – est un hymne à la ville et à son histoire.

Pour vous donner un avant-goût de la série, je ne peux résister au plaisir de vous faire découvrir ici la diatribe enflammée de l’écrivain Craighton Bernette, interprété par le grand John Goodman.

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2 réponses à Treme: une série magistrale de HBO sur la Nouvelle Orleans après Katrina

  1. Chéraqui dit :

    Vous avez aimé « Treme », vous adorerez « Sur écoute » (de la même équipe »..
    (Mais sans doute connaissez-vous déjà)
    Super vidéos, super blog, merci.

  2. Je nourris le projet ( à court terme!) de voir The Wire (je préfère le titre en VO…) dans son intégralité. J’ai également une hâte immense de me délecter de la deuxième saision de Treme. Heureuse que vous ayiez apprécié ce blog, revenez souvent!

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