En bref
- Les poèmes les plus lus aux obsèques en France sont « La mort n'est rien », « Demain, dès l'aube » de Victor Hugo et quelques vers de Lamartine : tous sont libres de droits.
- « La mort n'est rien » n'est ni de Charles Péguy ni de saint Augustin : le texte vient d'un sermon du prédicateur anglais Henry Scott Holland, prononcé en 1910.
- Le plus beau poème n'est pas le plus célèbre, c'est celui qui ressemble au défunt. Un texte court, lu lentement, porte davantage qu'un long texte lu vite.
- Douze vers se lisent en une minute environ. Au-delà de deux minutes, l'attention de l'assemblée décroche, surtout quand l'émotion gêne la lecture.
- En église, la lecture d'un poème se fait selon l'usage de la paroisse : demandez au prêtre ou à l'équipe d'accompagnement des funérailles où il trouve sa place.
Le poème le plus lu aux enterrements en France est « La mort n’est rien », un texte que l’on attribue à tort à Charles Péguy et qui vient d’un sermon anglais de 1910. Juste derrière vient « Demain, dès l’aube » de Victor Hugo. Mais le plus beau poème pour des obsèques n’est pas forcément le plus connu : c’est celui qui ressemble à la personne disparue, et qu’on arrive à lire jusqu’au bout. Voici les textes classiques, leur véritable origine, des textes originaux à reprendre, et la façon de choisir.
Les poèmes classiques qu’on lit aux obsèques
Quatre textes reviennent dans la grande majorité des cérémonies. Tous sont dans le domaine public, on peut donc les imprimer sur un livret ou les lire sans autorisation.
| Poème | Auteur, date | Longueur | Durée de lecture | Pour qui |
|---|---|---|---|---|
| La mort n’est rien | Henry Scott Holland, 1910 | environ 20 lignes en prose | 1 min 30 | tout défunt, cérémonie religieuse ou civile |
| Demain, dès l’aube… | Victor Hugo, 1847 | 12 vers | 1 min | un enfant, un parent, un être très proche |
| L’Isolement (extrait) | Alphonse de Lamartine, 1820 | 4 à 8 vers choisis | 30 s | un conjoint, un compagnon de vie |
| Les Roses de Saadi | Marceline Desbordes-Valmore, 1860 | 9 vers | 45 s | une femme, une mère, une grand-mère |
Les durées sont indicatives : elles correspondent à une lecture posée, avec des pauses entre les strophes. Personne ne lit vite à un enterrement, et c’est bien ainsi.
« La mort n’est rien », et son vrai auteur
Le texte commence ainsi, dans la traduction française la plus répandue : « La mort n’est rien, je suis seulement passé dans la pièce d’à côté. Je suis moi, vous êtes vous. Ce que j’étais pour vous, je le suis toujours. » Il continue en demandant aux vivants de prononcer le nom du défunt comme avant, de rire des petites choses qu’ils aimaient ensemble.
Son auteur est Henry Scott Holland, chanoine de la cathédrale Saint-Paul de Londres. Il l’a prononcé dans un sermon du 15 mai 1910, jour de Pentecôte, alors que le corps du roi Édouard VII, mort quelques jours plus tôt, était exposé à Westminster. Les livrets de cérémonie l’attribuent régulièrement à Charles Péguy ou à saint Augustin : aucune source ne confirme ces attributions. Si vous l’imprimez, écrivez « d’après Henry Scott Holland ».
Une précaution : dans le sermon d’origine, Holland oppose deux réactions instinctives face à la mort, la terreur et la sérénité. Ce passage donne voix à la seconde, que le prédicateur juge ensuite insuffisante à elle seule, parce qu’elle oublie la déchirure de la séparation. Le texte détaché console beaucoup de familles. Il peut aussi heurter un proche pour qui la perte est tout sauf « rien ». Si le décès est brutal, la lecture mérite d’être discutée en famille avant d’être choisie.
« Demain, dès l’aube » de Victor Hugo
Victor Hugo a écrit ce poème pour sa fille Léopoldine, noyée dans la Seine à Villequier en 1843. Il est daté du 3 septembre 1847, veille du quatrième anniversaire de sa mort, et publié en 1856 dans Les Contemplations. Le voici en entier :
Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends. J’irai par la forêt, j’irai par la montagne. Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées, Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit, Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées, Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe, Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur, Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Tout le poème tient dans son dernier vers : on croit lire un rendez-vous amoureux, et l’on découvre une tombe. Lu à voix haute, ce retournement fait son effet sans qu’on ait besoin de l’expliquer. C’est un texte qui convient surtout à la perte d’un enfant ou d’un parent très proche ; pour un défunt âgé parti paisiblement, il peut sembler trop déchirant.
Lamartine et Desbordes-Valmore
De L’Isolement de Lamartine, on retient presque toujours un seul vers : « Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé. » Il suffit souvent à lui seul, en ouverture ou en conclusion d’un hommage, surtout pour un veuf ou une veuve. Le poème complet, long et très descriptif, se prête mal à une lecture intégrale.
Les Roses de Saadi, de Marceline Desbordes-Valmore, ne parle pas de mort. Il raconte des roses rapportées pour quelqu’un, emportées par le vent, dont il ne reste que le parfum sur une robe. C’est précisément pour cela qu’on le lit : l’image d’un souvenir qui reste quand tout s’est envolé console sans prononcer le mot qui fait mal.
Comment choisir le poème qui convient
Le choix dépend de trois choses : qui était la personne, qui lit, et quel type de cérémonie.
Partir du défunt, pas de la liste. Une personne qui aimait la mer, le jardin, la marche ou les chansons de son enfance appelle un texte qui en parle. Un poème célèbre choisi parce qu’il est célèbre sonne creux, même bien lu. À l’inverse, quatre lignes moins connues qui évoquent son univers marquent l’assemblée.
Tenir compte de celui qui lit. Un texte qu’on n’arrive pas à prononcer sans s’effondrer devient une épreuve pour tout le monde. Les vers courts et réguliers se lisent mieux sous le coup de l’émotion que la prose aux longues phrases. Prévoyez toujours une seconde personne capable de prendre le relais, avec une copie du texte.
Respecter le cadre de la cérémonie. Aux obsèques civiles, au crématorium ou au cimetière, la liberté est totale. À l’église, la célébration a sa propre structure, et un poème profane se lit plutôt à l’accueil, après la communion ou au dernier adieu. Le prêtre ou l’équipe d’accompagnement des funérailles indique où il trouve sa place.
Pour la suite, les mêmes réflexes valent pour d’autres textes du deuil : ce qu’on écrit à une famille endeuillée se choisit aussi selon le lien, et les quelques lignes gravées sur une plaque funéraire reprennent souvent un vers lu le jour des obsèques.
Des textes originaux à lire ou à adapter
Ces textes ont été écrits pour ce site. Ils sont libres de reprise, et faits pour être modifiés : remplacez les gestes et les lieux par ceux de la personne disparue.
Pour un grand-père ou une grand-mère
Tu n’as jamais fait de grands discours. Tu disais « mange, tu as maigri » et « appelle quand tu es arrivé ». C’était ta façon de dire tout le reste, Et nous l’avions compris depuis longtemps. Aujourd’hui, c’est à nous de parler un peu plus fort, Pour que tu entendes, de là où tu es, Que nous sommes bien arrivés.
Pour un parent, cérémonie sans référence religieuse
Il reste ta voix dans la maison, Ton manteau à la patère, tes lunettes sur le journal plié. Il reste ce que tu nous as appris sans le dire : Tenir parole, finir ce qu’on commence, rire de soi. Tu n’es plus là pour le voir, Mais tout cela continue, chaque jour, à travers nous.
Pour un ami parti trop tôt
On avait toujours le temps. Le temps d’un prochain voyage, d’une prochaine soirée, D’une conversation qu’on remettait à plus tard. Tu nous laisses ces projets en suspens, Et cette leçon que tu ne voulais pas nous donner : Le temps qu’on a, c’est celui d’aujourd’hui.
Pour une personne âgée, partie paisiblement
Tu as eu une longue route, et tu l’as faite en entier. Des saisons de travail, des tablées pleines, des enfants devenus grands. Ce n’est pas un départ qu’on pleure ce matin, C’est une présence qu’on remercie. Repose-toi. Tu l’as bien mérité.
Lire un poème le jour des obsèques
Quelques précautions pratiques évitent les moments de flottement.
- Imprimez le texte en gros caractères, sur une feuille rigide ou un carton. Une feuille légère tremble dans les mains et le papier se froisse.
- Lisez-le à voix haute trois ou quatre fois les jours précédents. On repère ainsi les mots qui accrochent et les endroits où respirer.
- Annoncez le texte en une phrase : son titre, son auteur et, si c’est le cas, pourquoi vous l’avez choisi. « Maman aimait ce poème de Hugo, elle le récitait encore à quatre-vingts ans » vaut toutes les introductions.
- Laissez un silence à la fin, au lieu d’enchaîner. Ce silence fait partie de la lecture.
Si le poème figure sur le livret de cérémonie, vérifiez l’orthographe et l’auteur avant l’impression : une attribution erronée se remarque toujours, et le livret est gardé longtemps par la famille. Les semaines suivantes, certaines familles reprennent d’ailleurs un vers du poème dans la carte de remerciements envoyée après le décès.
Ce qu’il vaut mieux éviter
Certains choix reviennent souvent et passent mal.
Les textes trop longs. Au-delà de deux minutes, une lecture fatigue, surtout après plusieurs prises de parole. Un extrait bien choisi vaut mieux qu’un poème complet.
Les poèmes qui contredisent la famille. Un texte qui parle de résurrection lors d’obsèques voulues laïques, ou à l’inverse un texte qui nie toute forme de suite devant une famille croyante, crée un malaise. En cas de doute, on choisit un poème sur le souvenir, qui convient à tous.
Les attributions fantaisistes. Internet attribue de nombreux textes de deuil à Victor Hugo, à Saint-Exupéry ou à saint Augustin sans aucune source. Si vous ne retrouvez pas le recueil d’origine, présentez le texte sans nom d’auteur plutôt qu’avec un nom faux.
Les textes sous droits imprimés sans autorisation. Lire à voix haute un poème contemporain pendant une cérémonie privée ne pose en pratique pas de difficulté. Le reproduire intégralement sur un livret distribué, ou sur un faire-part, est une autre affaire : pour un auteur récent, mieux vaut citer un court extrait. Sur un faire-part de décès, un vers suffit d’ailleurs largement.
Questions fréquentes
Quel est le poème le plus lu aux enterrements ?
En France, « La mort n'est rien » est de loin le texte le plus lu aux obsèques, religieuses comme civiles. Il vient d'un sermon d'Henry Scott Holland, prononcé à Londres en 1910, et circule en traduction française. « Demain, dès l'aube » de Victor Hugo arrive juste derrière, surtout pour la perte d'un enfant ou d'un parent très proche.
Qui a écrit « La mort n'est rien » ?
Le texte est extrait d'un sermon du chanoine anglais Henry Scott Holland, prononcé en mai 1910 à la cathédrale Saint-Paul de Londres. On l'attribue souvent à Charles Péguy ou à saint Augustin, mais aucun des deux n'en est l'auteur. Sur un livret de cérémonie, l'attribution correcte est « d'après Henry Scott Holland ».
Combien de temps doit durer la lecture d'un poème aux obsèques ?
Une à deux minutes au maximum. Un poème de douze vers se lit en une minute environ, en prenant son temps. Si plusieurs proches prennent la parole, mieux vaut un texte court par personne qu'un long texte qui fatigue l'assemblée.
Peut-on lire un poème à un enterrement à l'église ?
Souvent oui, mais pas toujours au même moment. Les lectures de la messe ou de la célébration sont tirées de la Bible, et un poème profane trouve plutôt sa place à l'accueil, après la communion ou au moment du dernier adieu. L'usage varie d'une paroisse à l'autre : on le vérifie avec le prêtre ou l'équipe qui prépare la célébration.
Peut-on écrire soi-même le poème ?
Oui, et c'est souvent ce qui touche le plus. Un texte personnel n'a pas besoin de rimes : quelques lignes rythmées, qui nomment des gestes et des lieux propres au défunt, suffisent. Relisez-le à voix haute avant la cérémonie pour repérer les phrases trop longues à dire.
Sources et méthode
- Victor Hugo, « Demain, dès l'aube… », Les Contemplations, livre IV « Pauca meae », 1856, texte daté du 3 septembre 1847
- Henry Scott Holland, sermon « The King of Terrors », cathédrale Saint-Paul de Londres, 15 mai 1910 (Pentecôte), publié dans le recueil Facts of the Faith (1919)
- Alphonse de Lamartine, « L'Isolement », Méditations poétiques, 1820
- Marceline Desbordes-Valmore, « Les Roses de Saadi », Poésies inédites, 1860
- Textes originaux rédigés par la rédaction, libres de reprise